mardi 5 juin 2012

Le populisme dans tous ses états, ou presque


Populismes : la pente fatale

Il n’est pas inutile, de temps à autre, lorsque les temps sont menaçants, de prendre un peu de champ, le temps de la réflexion, et de tenter d’y voir clair à la faveur d’une étude qui rompe avec le commentaire à la petite semaine, voire au jour le jour, auquel nous sommes le plus souvent réduits. Car jamais l’Histoire n’a pris autant le mors aux dents sans que l’on sache comment conduire sa monture. De tous côtés, les problèmes s’aggravent, augmentant en proportion le degré d’inquiétude. Et les pauvres réponses fusent dans la précipitation imposée par les médias, avides d’opinions fraîches, bonnes à répercuter, même si elles sont épidermiques, irresponsables, voire dangereuses.
Dans cette cacophonie, il est réconfortant de voir paraître un livre informé, réfléchi, clair, sans jargon corporatiste, sans morgue facultaire, bien qu’issu de l’université, qui s’impose le temps de la récolte d’information et de la réflexion à tête reposée à propos d’un thème qui est l’un des plus préoccupants d’aujourd’hui : le populisme.
Voilà un terme éminemment chargé de connotations, hostiles d’ordinaire, qui ne vient le plus souvent aux lèvres que pour être, dans la plupart des cas, accompagné d’invectives. Il est même rarement revendiqué par ceux qui pourraient s’en réclamer, tant il est accablé par sa mauvaise réputation. Dominique Reynié s’est imposé, dans un premier temps du moins, de le considérer objectivement, de l’observer sous tous ses angles, pour mieux voir ce qu’il recouvre, et pour s’apercevoir qu’il s’agit d’une notion attrape-tout, qu’il est bon de décomposer pour mieux y voir clair.
Reynié était professeur à Science-Po à Paris, et vient d’être appelé à la direction de l’éminent établissement, suite à la disparition tragique de son prédécesseur. La qualité de son ouvrage, couronné de divers prix, a dû être pour quelque chose dans cette promotion.
C’est que l’exploit n’est pas mince de s’attaquer à une hydre à multiples têtes qui, ne fût-ce qu’au sein de l’Europe d’aujourd’hui, présente autant de variantes qu’il y a de pays dans ou à la périphérie de l’Union. Car l’auteur a la prudence de s’en tenir à nos contrées, même si de temps à autres l’allusion à un mouvement comme le Tea Party américain peut venir nourrir son propos. Il est vrai qu’avec le « Sammobrona » polonais, le « Smer » slovaque, le PRM roumain, moins connus que les Linke allemands, le National Party britannique, l’UDC suisse, ou le FPö autrichien, et la liste n’est pas exhaustive, il a déjà de quoi faire.
Ce qu’il montre bien, c’est que ces mouvements exercent une influence impressionnante sur les grandes formations, comme la France vient d’en donner le spectacle, les politiques traditionnelles étant tenues de les assimiler sous peine d’être précipitées dans les oubliettes de l’histoire, tentatives de récupération qui pourraient bien au demeurant n’être que des manières de reculer d’inévitables échéances.
Curieusement, un phénomène a manifestement échappé au radar de l’auteur : celui de la NVA en Belgique flamande. Singulière lacune, il faut le dire, car notre explorateur y aurait trouvé un spécimen très riche d’enseignements. Mais cela ajoute un agrément pour le lecteur belge : fort de la boîte à outils que Reynier lui tend si obligeamment, il peut s’exercer à la politologie locale par ses propres moyens. Une invitation à l’auto-analyse, en somme. Elle ne peut être que salubre.
Jacques De Decker

Références du livre :"Populismes : la pente fatale" de Dominique REYNIÉ Editions PLON, Collection : Tribune libre Prix : 20 € , 288 pp


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE SPECTRE DU POPULISME
Trois spectres hantent ce début de XXIème siècle: la nationalisme, l'intégrisme et le populisme.
Cela fait des mois, des années que nous guettons sur DiverCity la croissance de cette hydre immonde à trois tête dont Brecht avait raison d'affirmer que son ventre est encore chaud.
La mystique nationaliste, le national populisme a atteint son point culminant dans sa forme nazie et dans sa déclinaison soviétique. On n'en veux plus de ces religions irrationnelles et mortifères.
Encore un livre à dévorer donc et à digérer pour en faire son miel.
Il nous manque un Malraux européen, un Herman Hesse, un Thomas Mann, un Vaclav Havel et pas un BHL maniéré qui élève la voix pour dire sur un ton de prophète à nos hommes d'Etats lilliputiens qu'ils font fausse route. Pour renvoyer les Marine, les Wilders, les De Wever et autre apprentis sorciers et dictateurs à leurs grimoires.
Quand le peuple ne comprend plus ce qui lui advient, ils se tourne vers les faux prophètes, quand la jeunesse est déboussolée comme partout où les dictatures à la Sardanapale  d'orient ont chancelé comme autant de colosses aux pieds d'argiles; comme dans les banlieues de Paris, de Londres, de Rotterdam et de Bruxelles alors vient le temps des intégristes, fondamentalistes.
Le grand danger c'est quand tous ces jusqu'auboutistes bornés mais dévorés d'ambition  s'appuient les uns sur les autres pour entamer une nouvelle danse macabre.
Beaucoup ont eu le regard mouillé en admirant les antiques souverains britanniques regardant défiler stoïques, debout dans les rafales de pluie, stiff upperlip, les mille embarcations singulières transformant la Tamise en une toile, à la vénitienne, a Canaletto effect, comme le répétera à satiété le commentateur de la BBC.  Joli spectacle mais  complètement ringard et à contre courant. Le nationalisme britannique eurosceptique et passéiste est le contraire de ce dont a besoin l'Europe en pleine tourmente.
Spectacle wagnérien, carillon flottant, les ultimes descendants des Battenberg, des Saxe Cobourg neptuniens, sanglés dans leurs uniformes d'apparat aux ors éteints, aux grands cordons délavés par les pluies et les années sous leur dais d'apparat, parmi les roses, les buis. Salut de Tower Bridge et de tout un peuple d'insulaires insolents, excentrique emmaillotés dans les couleurs de l'Union Jack.
Populisme bon enfant, mais populisme quand même.

MG

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