jeudi 28 juin 2012

Le vrai visage de Sharia4Belgium



Christian Laporte


La pensée de Sharia4Belgium (S4B), fondé en 2010 par un citoyen belge d’origine marocaine, Fouad Belkacem, alias Abu Imran, est de type radical-extrémiste.

Travaillant depuis des décennies sur l’islam en Europe, le sociologue Felice Dassetto (UCL) a publié une intéressante analyse du groupe extrémiste Sharia4Belgium dont le leader vient encore d’être condamné. En voici les principales conclusions

1 Radical-extrémiste. La pensée de Sharia4Belgium (S4B), fondé en 2010 par un citoyen belge d’origine marocaine, Fouad Belkacem, alias Abu Imran, est de type radical-extrémiste. "Sa seule société acceptable est celle d’un Etat fondé sur la charia, entendez : une loi divine devenant un droit positif qui doit régir l’Etat et la société. La société occidentale est foncièrement mauvaise et inacceptable sur tous les plans : économique, politique, culturel, moral", mais pour le groupe, c’est sûr, "l’Europe deviendra musulmane". S’il ne prône pas l’action armée, il écarte tout compromis. Par contre, S4B utilise méthodiquement les médias et le Web pour se rendre visible.

2 Influences. Pour comprendre S4B, il faut faire un saut outre-Manche : "Le contexte britannique est sa matrice en termes de réseau et d’action. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce groupe est flamand, connecté aux Pays-Bas, dans des environnements où l’influence britannique est plus importante." La stratégie de l’action radicale dans un contexte musulman moderne a deux sources idéologiques :"La racine des Frères musulmans d’abord, le contexte britannique ensuite, qui est un lieu d’excellence de diffusion et de production de la pensée de type politique et salafiste." Pour Felice Dassetto "l’idée de charia européenne est devenue possible dans le contexte ‘communautarien’ ou de ‘développement séparé’ britannique. De par la conception du fonctionnement de la société et de l’Etat, s’est développée l’idée d’un système judiciaire qui dit la norme islamique en parallèle au système judiciaire civil. Et il y a une ambiguïté entre la charia comme voie spirituelle, comme éthique et morale et sa lecture comme jurisprudence."

3 Le djihad autrement. Après le 11 septembre, S4B fait partie des groupes qui veulent relancer le djihad en Europe par d’autres moyens que le recours aux armes. Felice Dassetto situe parmi ses inspirateurs Anjem Choudary, qui fut à la base des groupes Sharia en Europe. Cet avocat et citoyen britannique, qui s’est fait amplement entendre contre les caricatures de Mahomet ou encore contre le Pape après le discours de Ratisbonne, et veut "grignoter pas à pas le territoire des villes sous contrôle de la charia". Autre particularité : "L’action de Sharia4... n’a aucun intérêt à se faire bien voir par les non-musulmans; il s’agit d’accroître les tensions avec eux pour attirer des musulmans et arriver à un point de rupture. C’est le djihad mené de l’intérieur " Dans cette vision, les groupes Sharia4... sont des "minorités agissantes qui touchent un grand nombre par leurs actions démonstratives".

4 Nouvel islam politique. Pour Dassetto, "nous assistons peut-être à la reformulation d’un islam politique. Après la version destinée aux pays musulmans des années 1970-1990 et la mondialisation par al Qaeda des années 1990-2000, émerge peut-être, juxtaposée aux précédentes, une nouvelle forme de djihadisme intraeuropéen. On a déjà dit qu’il n’était pas armé mais il n’en vise pas moins une rupture entre les populations dans l’espoir de provoquer l’affrontement et une victoire de l’islam" . Tout est-il perdu pour autant ? Non, car le sociologue insiste sur l’"intérêt de la conception belge", notre modèle de vivre ensemble qui n’est ni le communautarisme britannique, ni le républicanisme pur et dur : "C’est une construction collective sous-tendue par une profonde culture démocratique." Car "il faudrait voir si cette vision identitaire à la belge - d’une étonnante modernité ! - n’est pas grippée du côté flamand en raison de la clôture engendrée par l’idéologie nationaliste. C’est qu’une vision hybride qui ne renonce pas à une identité propre se conjugue mal avec un nationalisme exacerbé".

5 Pourquoi adhérer à S4B ? Felice Dassetto réfute le simplisme et les slogans qui fleurissent trop sur les plateaux de télé : l’adhésion part souvent d’une situation de manque. De considération ou parce que les jeunes musulmans en ont marre d’être discriminés à l’emploi ? En fait "il serait temps de faire un bilan global de la présence musulmane en Belgique ainsi que des relations réciproques". D’autant plus que "des politiques à voie unique, parfois indispensables comme une politique répressive ne suffiront pas à réduire des noyaux de radicalisme" . Le sociologue a aussi constaté une convergence de postures avec le groupe autour de Souhail Chichah à l’ULB : dans la manière "de faire des actions démonstratives et éclatantes" et "du point de vue de l’analyse préalable de la situation sociale et du mode d’action, les deux groupes peuvent être confondus".

6 Comment en sortir ? Dassetto veut qu’on relève quatre défis : "Combattre l’ignorance réciproque, créer au contraire des relations et des débats réciproques, en revenir à une réflexion sur les fondements de l’Etat de droit et enfin amener les musulmans à s’interroger sur leur propre production de pensée."

Le document intégral est consultable sur www.uclouvain.be/406350.html


COMMENTAIRE DE DIVERCITY


ATTENTION CECI EST FONDAMENTAL

COMPRENDRE C'EST DEJA AGIR!

On peut faire confiance à Christian Laporte, il débusque, mieux que personne les sujets qui fâchent et sait les traiter avec l'esprit critique nécessaire. Nous avons rendu compte du livre remarquable de Dassetto: "l'iris et le croissant", ouvrage austère mais indispensable pour qui veut comprendre l'évolution de l'islam dans la région Bruxelloise. Dassetto est incontestablement le meilleur analyste de l'islam en Belgique puisqu'il est prématuré de parler d'un islam belge


Sharia4Belgium est, selon lui à prendre très au sérieux

1. Parce qu'il proclame urbi et orbi que "La société occidentale est foncièrement mauvaise et inacceptable sur tous les plans : économique, politique, culturel, moral",

2. Parce que pour le groupe, c’est sûr, "l’Europe deviendra musulmane". Et s’il ne prône pas l’action armée, il écarte tout compromis.

3. Parce que S4B utilise méthodiquement les médias et le Web pour se rendre visible.

4. Parce que "La stratégie de l’action radicale dans un contexte musulman moderne a deux sources idéologiques :"La racine des Frères musulmans d’abord, le contexte britannique lieu d’excellence de diffusion et de production de la pensée de type politique et salafiste."

5. Parce que "l’idée de charia européenne est devenue possible dans le contexte ‘communautarien’ ou de ‘développement séparé’ britannique."

6. Parce qu'il y a une ambiguïté entre la charia comme voie spirituelle, comme éthique et morale et sa lecture comme jurisprudence."

7. Parce que, S4B fait partie des groupes qui veulent relancer le djihad en Europe par d’autres moyens que le recours aux armes.

8. Parce que "L’action de Sharia4... n’a aucun intérêt à se faire bien voir par les non-musulmans; il s’agit d’accroître les tensions avec eux pour attirer des musulmans et arriver à un point de rupture. C’est le djihad mené de l’intérieur.
 
9. Parce que les groupes Sharia4... sont des "minorités agissantes qui touchent un grand nombre par leurs actions démonstratives".

10.Parce que "les jeunes musulmans en ont marre d’être discriminés à l’emploi . En fait "il serait temps de faire un bilan global de la présence musulmane en Belgique ainsi que des relations réciproques".

11. Parce qu'une "Une politique répressive ne suffira pas à réduire des noyaux de radicalisme qui semblent converger avec les actions du groupe autour de Souhail Chichah à l’ULB."

12.Parce que, selon Dassetto nous sommes confrontés à quatre défis : "Combattre l’ignorance réciproque, créer au contraire des relations et des débats réciproques, en revenir à une réflexion sur les fondements de l’Etat de droit et enfin amener les musulmans à s’interroger sur leur propre production de pensée."

C'est dire si cette analyse interpellante vient à point nommé.
Nous avons besoin d'y voir clair face à une succession d'événements qui, au premier regard ont l'air isolés mais, ne le sont pas.
Tout est lié par des liens qui tissent la complexité de nos sociétés européennes.

Comprendre, dit la Libre, c'est déjà agir!

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