mardi 19 juin 2012






Nico Hirtt réplique à Pierre Hazette

Pierre Bouillon

Dans le Soir du 13 juin, Pierre Hazette explique sa proposition de supprimer le 1er degré commun du secondaire et d’opérer le choix entre général, technique et professionnel dès la 1e secondaire. Dans son argumentation, l’ancien ministre MR de l’Enseignement évoque notamment “l’intelligence de la main”, qui marquerait certains élèves qu’il conviendrait de diriger vers les formations plus pratiques. Cette expression met en colère Nico Hirtt (Appel pour une école démocratique – Aped), qui la juge scabreuse. Sur le site de l’association, il écrit que le scénario préconisé par Pierre Hazette reviendrait à organiser l’école secondaires en “filières hiérarchisées” et que ce système ne viserait à “perpétuer d’une génération à l’autre — et de justifier idéologiquement — une distinction plus fondamentale : celle des classes sociales.”

PIERRE HAZETTE ET L’INTELLIGENCE DE LA MAIN

par Nico Hirtt

Dans Le Soir du 13 juin 2012, Mr Pierre Hazette (MR) plaide en faveur d’une suppression du « premier degré commun ». Son argumentation peut se résumer ainsi : trop d’élèves sont actuellement en souffrance au premier degré. Ils y traînent pendant quelques années, avant d’être réorientés, au terme d’un ou deux échecs, vers les filières de qualification qui, estime l’ancien ministre de l’Enseignement, leur conviennent mieux. En obligeant ces élèves à rester dans le tronc commun, dit-il, on nie « l’intelligence de la main ». Voilà une prise de postions claire, qui appelait de notre part une réponse tout aussi claire.

1. Le concept d’intelligence « de la main », que Mr Hazette entend comme opposée à l’intelligence « théorique » ou « abstraite », est particulièrement scabreux et, en tout cas, inopérant dans le débat
concernant les filières et le tronc commun. Si l’on tient à distinguer différentes formes d’intelligence, pourquoi alors se limiter à ces deux types-là ? Ne pourrait-on pas distinguer pareillement des
intelligences « artistique », « esthétique », «sportive », « citoyenne », « sociale » ou «relationnelle»?  Et à l’intérieur même de l’intelligence « théorique », il conviendra sans doute de ne pas confondre les intelligences « mathématique », « littéraire », « philosophique », « économique », « scientifique » et autres. Il n’aura pas échappé à Mr Hazette que les formations techniques et professionnelles actuelles ne font souvent plus appel à la dextérité manuelle ou à la force physique, mais bien davantage à des capacités précisément théoriques et abstraites. Ce qui distingue le bon électricien, ce n’est pas son habileté dans le maniement du tournevis ou de la pince à dénuder le fil, mais plutôt sa compréhension des principes du câblage électrique ou de la communication entre appareils dans un réseau domotique. Qu’y a-t-il donc de commun entre les intelligences requises pour devenir éducateur, coiffeur, mécanicien auto, secrétaire, agent de tourisme ou maçon ? Toutes ces filières de qualification peuvent-elles se réduire à une commune « intelligence de la main » ?

2. La distinction duale des intelligences telle qu’agitée par Mr Hazette semble être surtout une invention de toutes pièces en vue de justifier une autre division dichotomique : la scission de l’enseignement secondaire en filières hiérarchisées. Et cette division-là n’est elle-même que le moyen de perpétuer d’une génération à l’autre — et de justifier idéologiquement — une distinction plus
fondamentale : celle des classes sociales. Observons les jeunes à l’âge de 15 ans. Ceux qui sont issus du décile socio-économique supérieur, qui ont donc les parents les plus riches, se trouvent
scolarisés à raison de 85% dans l’enseignement général et 13% dans le technique. Deux sur cent seulement sont dans l’enseignement professionnel ou accusent plus d’un an de retard scolaire. Portons
maintenant notre regard à l’autre extrémité de la hiérarchie sociale, sur les enfants du décile inférieur : à 15 ans, 90% d’entre eux sont dans l’enseignement de qualification ou ont plus d’un an de retard
scolaire. 10% seulement sont en 3e ou en 4e année de transition. L’orientation vers les filières de qualification ne s’effectue donc pas selon de quelconques « formes d’intelligence » mais, avant tout,
selon l’origine sociale. Voilà ce que sont les filières : uninstrument de ségrégation et de sélection sociale. Et il se trouve que plus cette sélection s’opère tôt, plus elle est drastique.

3. En ce sens, derrière l’apparent respect que Mr Hazette affiche pour « l’intelligence de la main » et le geste technique, se cache un inavouable mépris des classes populaires. Car ce sont bien elles qui
sont visées ici. Ce sont elles que l’on entend expulser de l’enseignement général, au prétexte qu’elles n’auraient pas l’intelligence adéquate. C’est la vieille rengaine, aussi ancienne que
les débats sur la scolarisation du peuple : ces enfants-là — les enfants d’ouvriers des manufactures, les enfants de paysans pauvres, les enfants d’esclaves noirs du Mississippi, les enfants d’indigènes
des colonies… — ne sont pas faits pour étudier. Quand Thiers et Guizot en France, Leopold Ier en Belgique, les envoient craintivement à l’école, c’est seulement pour qu’ils y étudient la morale, la
religion, le calcul et le système des poids et mesures. Plus tard, sous Ferry ou sous Albert Ier et Leopold III, l’histoire, la géographie, les sciences et la technologie ne leur seront dispensés
qu’au goutte à goutte, en fonction des nécessités de l’endoctrinement politique ou des besoins en main d’oeuvre qualifiée.
A intervalle régulier, un curé, un patron ou un ministre libéral à la retraite s’indigne dans les journaux : qu’avons-nous besoin d’inculquer ces savoirs-là à ces pauvres têtes de prolétaires ? Cela ne peut que les rendre malheureux. Et dangereux. Renvoyons-les à leurs champs, à leurs ateliers, à leurs machines-outils.

4. Faut-il, comme le soutient Mr Hazette, dispenser un jeune de l’accès à certaines matières théoriques au prétexte qu’il n’éprouve pas d’intérêt pour ces disciplines-là ? Au point même que ce pauvre
enfant en serait rebuté… A vrai dire, j’aurais cru Mr Hazette plus coutumier d’un discours sur l’effort. Seulement voilà : le seul effort qui trouve grâce aux yeux de nos libéraux, c’est celui que l’on fournit en vue d’une réussite individuelle. Travailler plus ? Seulement pour gagner plus ! Or l’effort qu’exige de l’élève une formation commune telle que nous l’entendons au sein de l’Aped est d’une nature bien différente : il s’agit d’apporter à tous les jeunes l’ensemble des capacités qui feront d’eux des citoyens capables de comprendre les grands enjeux de société et de prendre une part active
à la nécessaire transformation de cette société. Pour nous, l’école démocratique est l’une des conditions de l’avènement d’une société démocratique qui reste à conquérir et à construire. Une telle vision de l’enseignement, comme institution chargée d’une mission d’émancipation collective, est totalement absente des conceptions de la plupart des hommes politiques de droite, et malheureusement aussi souvent de gauche. Les uns comme les autres, ne pensent plus désormais l’école que comme instrument au service de l’économie. A les entendre, le seul fruit de l’instruction, c’est le « capital humain ».

5. D’ailleurs, même d’un point de vue de formation professionnelle, l’orientation précoce des élèves vers les filières qualifiantes, proposée par Mr Hazette, est une mauvaise idée. D’abord parce que,
tous les professeurs de pratique professionnelle vous le diront, les meilleurs éléments qui sortent de l’enseignement qualifiant sont ceux qui y sont entrés en 5ème année, après une solide formation générale, et non ceux que l’on a orienté précocement vers les filières professionnelles. Deuxièmement, cette orientation à 12 ans signifie qu’on leur fermerait définitivement la porte à d’autres carrières,
dont ils ignorent sans doute jusqu’à l’existence au moment d’entrer dans l’enseignement secondaire. Et puis, qu’est-ce que cela signifie, pour un enfant de 11 ans, d’avoir de l’intérêt pour telle ou telle
discipline scolaire ? On ne peut aimer ce que l’on ne connaît pas. Celui qui n’a jamais fait ni entendu de musique classique ne peut l’aimer. Celui qui n’a jamais jardiné ne peut aimer le jardinage.
Celui qui n’a jamais fait d’algèbre ou de géométrie ne peut apprécier les mathématiques.

6. Mr Hazette a pourtant raison lorsqu’il relève et qu’il stigmatise le mépris constant de la pensée éducative dominante envers les formations à caractère technologique. Mais de ce constat, il convient
de tirer une conclusion radicalement différente de la sienne. Face au juste diagnostic d’un déficit de technologie à l’école, Hazette préconise une solution absurde : introduire de la technologie à partir
de 12 ans, mais exclusivement pour les élèves qui ont une prétendue « intelligence de la main » (c’est-à-dire, ceux qui souffrent dans les cours théoriques) et encore, seulement de façon très spécialisée. On
continuerait donc de produire, d’une part des analphabètes de la littérature et des mathématiques, d’autre part des analphabètes de la technologie et de la production. A cette vision duale de l’école, nous opposons une vision commune : un programme d’enseignement qui
assurerait, dès le début de la scolarité et jusqu’à la fin de l’enseignement obligatoire, une formation à la fois générale etpolytechnique pour tous. L’école commune doit, pour paraphraser les
termes de l’ancien ministre, développer « toutes les intelligences »,
c’est-à-dire, apporter des capacités de compréhension et d’action dans tous les domaines, y-compris la technologie, le travail manuel, le travail de la terre, la production artistique… Il faut introduire le
travail productif à l’école, parce qu’il est à la fois un sujet essentiel d’apprentissage — d’où viennent les richesses ? — et le support par excellence de toute pédagogie active.

7. Il reste néanmoins une réalité incontournable et sur laquelle s’appuie solidement toute la doctrine de Mr Hazette : le premier degré commun est un échec. Indéniablement, cette ambition généreuse bute sur
la réalité d’une trop grande hétérogénéité des acquis des élèves au sortir de l’école primaire. Alors on triche comme on peut. En adaptant des programmes théoriquement identiques à des publics disparates
d’écoles qui se spécialisent tantôt dans l’enseignement général, tantôt dans le qualifiant. Mr Hazette nous montre une automobile sans moteur et en conclut qu’il est impossible de faire une automobile. Le
prétendu premier degré secondaire commun est une automobile sans moteur. Il ne pourra fonctionner tant que l’on ne parviendra pas à éradiquer la faiblesse et la disparité des apprentissages au niveau de
l’école primaire. La chose est possible, mais elle nécessite une action courageuse et multiforme : diminuer la taille des classes dans les premières années de scolarité ; se doter de programmes clairs et
exigeants ; donner plus de temps à l’école pour lui permettre d’intégrer les apprentissages dans les situations de la vie, pour lui permettre de s’ouvrir sur la diversité des savoirs et des techniques, pour permettre à tous les enfants d’y trouver le bonheur d’apprendre ce qu’ils aiment afin de mieux accepter d’apprendre ce qu’ils n’aiment pas encore. Enfin, briser les quasi-marchés scolaires, générateurs de
ségrégation sociale et académique, en supprimant les réseaux et en assurant de façon automatique une place à chaque enfant dans une école. A ces conditions, il sera possible, après quelques années, de
réaliser enfin chez nous ce que d’autres ont déjà réussi : prolonger le tronc commun de formation jusqu’à l’âge de 15 ou 16 ans.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE ECOLE MALADE D'UNE SOCIETE A L'AGONIE

Le grand mérite de Nico Hirtt est de relancer le débat sur l'enseignement en Communauté française, quand tous les esprits sont tournés vers l'euro foot et l'euro fric, sharia4Belgium, Valérie Tweetweiler et désormais les élections en Egypte.

Combien d'ados en examen ne négligent-ils pas, en ce moment-même, leurs matières scolaires pour aller hurler en rue leurs préférences de supporter en matière footballistique.

Un ami se désespère parce que son gamin de dix-huit ans, au demeurant superbement doué, expert en console vidéo, ne s'est pas présenté à l'examen ce matin, après avoir fait la fête cette nuit : "j'ai pas su me lever".

Cette anecdote a valeur de métaphore illustrant le divorce entre une école à bout de souffle et des ados modelés, déformés, par une société qui les conditionne aux jeux vidéos, aux réseaux sociaux, aux sports et aux loisirs télévisés, à la pornographie etc., Pas besoin d'allonger la liste.

On peut parler à juste titre d'une génération de mutants, de barbares.

Les Barbares sont là ! s'exclame Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir, dans un article remarquable où elle s'interroge sur les raison du succès foudroyant en Flandre de "Let's google" traduction d'un livre en italien I Barbari publié en… 2006 ! et signé par Alessandro Baricco, l'écrivain de Soie et Océan mer.

Mais qu'ont-ils donc de si effrayant ces Barbares ?

Wouter Van Driessche dans son dossier du Standaard (21 avril 2012): "Internet et le zapping permanent ne signifient-ils pas l'apocalypse de la culture, la perte de sens définitive de notre civilisation?
(...) « Nous avons tous levé les yeux au ciel en voyant nos ados qui font leurs devoirs en googlant, tandis qu'ils twittent, facebookent, smsent et chattent, tendent une oreille sur la dernière production de
Skrillex, une autre sur leur GSM tout en regardant un truc débile à la télévision. Il y a des professeurs qui disent que ce sont des génies multitâches mais l'autre hypothèse n'est-elle pas beaucoup plus
plausible ? A savoir : ils seraient une génération d'idiots en devenir qui ruinent leur cerveau en un temps record ? Pour ne pas parler de leur conscience culturelle. »

Pour Baricco "Ce n'est pas la barbarie qui est à nos portes mais « une mutation qui nous regarde tous, nous traverse tous et induit des comportements qui nous sont communs à tous ».

«Aujourd'hui, nous devons accepter l'hypothèse qu'on peut renoncer à la profondeur tout en ne renonçant pas au sens des choses. On l'a simplement déplacé après cette mutation, sur la surface.

Autrefois, descendre au cœur de cette vérité demandait du temps, de la patience et de la concentration. Aujourd'hui, la vérité étant à la surface, pour la trouver, il faut non plus se concentrer sur un point,
mais faire un voyage en vitesse sur la surface du monde avec la capacité de prendre les choses çà et là. Le talent est dans le voyage.
Surfing rime avec surface!. Autrefois,  superficiel voulait dire idiot, aujourd'hui le grand talent de notre nouvelle civilisation,c'est que c'est la superficialité qui devient lieu de sens et de puissance. »

Mais que diable faisons-nous de cela ? Et surtout que fait l'école de tout cela. J'imagine que monsieur Hazette, agrégé de lettres, ancien professeur de latin et de grec appartient à la génération des grands-
pères qui ont beaucoup de mal à comprendre leurs petits-enfants, les mutants de la génération Z.


"Generation Z is highly connected, as many of this generation have had lifelong use of communications and media technologies such as the World Wide Web, instant messaging, text messaging, MP3 players, mobile phones and YouTube, earning them the nickname "digital natives". This generation has also been born completely into an era of postmodernism and globalization."

Mais que monsieur « AZ » se rassure: "Notre culture n'est pas menacée stupidement par Le Grand Rien. Elle mue en quelque chose de neuf." Je considère comme un privilège de pouvoir vivre cela aujourd'hui. Les temps n'ont jamais été aussi excitants. » ( extrait de: Les nouveaux Barbares paru dans Courrier International . Accessible en… surfant sous le titre « Vive la superficialité ».)

J'ai pris un solide coup de vieux en lisant tout ceci. A moins que ce ne soit un coup de jeune!

Choc frontal, uppercut en plein visage. Sonné, j'ai googlé sans glaner grand’ chose sur le sujet. Googler c'est raser la surface des choses comme le dieu de la genèse flottant sur l'univers en création.
Aussitôt,je me suis surpris en flagrant délire à vouloir "approfondir"; aller à la racine des choses quand j'ai senti un frémissement  dans la cime de l'arbre, comme un souffle neuf, une promesse de mutation.

Nourri aux classiques, comme monsieur Hazette, gavé de grec et de latin, je suis de ceux qui ont besoin de recroiser dix fois une info avant de plonger la plume dans l'encrier. Quelle plume, quel encrier ? Cela fait plus de dix ans que l'encre sèche dans mes stylos et que je n'emploie plus que le clavier pour
m'exprimer; trois ans  que je suis "addict" à ce blog qui réagit ou tente de le faire en temps réel. Comme Jourdain pataugeant dans sa prose, je barbote dans le temps réel, de plus en plus loin du passé
qui m'a modelé entre les bancs de l'école, les séminaires érudits et les rayons de ma bibliothèque.

Arrivé au terme d'une vie de lectures, de scribouillages et de velléités d'approfondissement, je constate qu'en tout, toujours je suis resté, à la surface des choses.

Wittgenstein dénonçait, il y a près d'un siècle l'influence néfaste qu'ont, sur la pensée, les habitudes d'une culture vivante et que n'ont pas, selon lui,  l'influence des vestiges d'une culture révolue.

Habitudes de culture vivante? Traduit en termes d'aujourd'hui cela voudrait dire: culture du zapping, de l'immédiateté, de l'instantané.

Sommes-nous vraiment en train de changer d'ère?

On peut en effet l'imaginer et il est bien certain que l'école fait peu de cas de cette mutation.

Il y a quinze ans déjà, ma fille qui venait de déposer son mémoire se fit reprocher par son professeur : "mademoiselle: internet n'est pas une source!" C'est dire le divorce entre enseignement et société.

Cet exemple en vaut mille.

Nous le devinons tous: dans une société qui change, face à une génération de mutants, l'école ne peut pas ne pas changer! Or elle s'obstine à ne pas vouloir changer globalement, même si une minorité
d'enseignants se réforment hardiment et à leur propre initiative. J'en connais!

Quiconque s'occupe de près ou de loin d'ados en âge de scolarité, se rend compte de l'ampleur du décalage entre les attentes d'une génération d'enseignants quinqua, voire quadragénaire face à la génération Z.

Mais que faire face à cela?

Bricoler le mécano des structures d'enseignement comme le proposent l'ex-ministre Hazette et son contradicteur? Emplâtre sur une jambe de bois.  On sait depuis l'échec de la génération Dehaene (contemporain de Hazette) sur quoi débouche un excès de plomberie institutionnelle quand il faut changer toute la structure de la maison. Mais dans quel sens?

Edgar Morin ce jeune homme de nonante-deux ans a compris cela très tôt.

"Sa pensée" écrit un blogueur, " est à des années-lumière de la réalité de notre système éducatif actuel. Et pourtant elle devrait, sans doute, susciter et stimuler notre réflexion sur les questions fondamentales qu'elle soulève, p.ex. la place de l'analyse systémique face à la parcellisation des savoirs et à l'autonomie des disciplines, l'importance des représentations de l'élève dans la construction des savoirs, les rôles respectifs, dans les processus d'apprentissage, d'un enseignement de type déductif, magistral, logiquement structuré, et d'un enseignement de type inductif, fondé sur l'observation, l'expérience, l'étude de documents, etc.
Mais les enseignants d'aujourd'hui peuvent-ils s'investir dans la mise en œuvre concrète des " sept savoirs ", alors que l'institution semble plutôt valoriser les bonnes vieilles méthodes du passé, alors aussi que la culture du résultat, qui est dans l'esprit du temps, pourrait conduire – à vérifier cependant –à l'acquisition prioritaire des savoirs évalués ou évaluables ? >>

Face aux mutants qui peuplent les classes seule une génération d'enseignants eux-même mutants peut réussir à  motiver et à intéresser les ados zappeurs fanatiques de Google et de Facebook.

Certains enseignants l'ont compris et ce ne sont pas forcément les plus jeunes!  Leur réussite est foudroyante.

Morin, vieux sage souriant, se dit volontiers autodidacte.

Il y a fort à penser que les ados qui peuplent nos classes et qui sont si réticents à l'effort, à l'abstraction, à l'approfondissement sont des autodidactes en puissance qui pratiquent spontanément l'adage de Dewey: "learning by doing". C'est vrai que le savoir est partout: en rue, dans les échanges, sur internet, sur les réseaux sociaux, toutes choses que dans sa superbe, l'école de grand papa Hazette a beaucoup de mal à intégrer, à assimiler. Ah ! ces mauvais élèves sclérosés désormais, autrefois premiers de classe…

« Il s’agit d’apporter à tous les jeunes l’ensemble des capacités qui feront d’eux des citoyens capables de comprendre les grands enjeux de société et de prendre une part active à la nécessaire transformation
de cette société. L’école démocratique est l’une des conditions de l’avènement d’une société démocratique qui reste à conquérir et à construire. »(Aped)


Difficile de ne pas être d'accord avec cela!

Mais il est parfaitement utopique d’espérer que l’école pourra gommer les inégalités en bricolant sa structure d'organisation à coup de lois et de décrets. Il s'agit désormais de dégager une vision hardie visant le long terme en se concentrant sur une révision profonde du projet éducatif, des programmes, et surtout de la formation, initiale et continue des enseignants.

Dire comme le Ministre Hazette que serions passés de l’école de la passion à l’école de la compassion ne résout rien.

Le rôle du politique serait, non pas comme le préconise monsieur Hazette, de rétablir le culte de l’effort, le goût d’apprendre et de se dépasser mais bien de "leur apprendre le métier de vivre " (Rousseau) dans une société en plein désarroi.

Il serait grand temps de se pencher au chevet d’un enseignement général, technique et professionnel moribond et fort malmené.

Cela ne peut se faire, selon nous, qu'en organisant des Etats Genéraux de l'Enseignement en Communauté française, réunissant tous les acteurs concernés, les Pouvoirs organisateurs, les enseignants, leurs syndicats, les parents et leurs représentants sans oublier les principaux intéressés: les élèves eux-mêmes. Parce que, si l'école change peu, en revanche, ses élèves sont de toute évidence des mutants.
C'est une entreprise de longue haleine qui risque d'ébranler de nombreuses convictions, de bousculer bien des routines.

A défaut d'une réforme hardie et radicale de son enseignement,l'Europe sombrera très rapidement dans le déclin qui s'amorce mais qui peut encore, à l'heure actuelle être évité.

« Le poisson pourrit par la tête » dit un vieux proverbe chinois!

MG

QUE PEUT APPORTER AUX ENSEIGNANTSLA PENSEE D'EDGAR MORIN ?

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