vendredi 22 juin 2012

"Picnic the Streets " : ce n’est qu’un début







Philippe Van Parijs Professeur aux universités de Louvain (Chaire Hoover d’éthique économique et sociale) et d’Oxford (Faculté de droit).

Lettre ouverte à Monsieur Freddy Thielemans,
Bourgmestre de la Ville de Bruxelles


Bruxelles: Thielemans annonce un budget 2011 à l’équilibre


Monsieur le Bourgmestre,

Comme vous le savez, nous étions plus de deux mille assis le dimanche 10 juin dernier sur la Place de la Bourse ensoleillée, surtout des jeunes, Belges et non-Belges, francophones et néerlandophones, avec nos sourires et nos tartines, mais sans votre autorisation. Ce fut un moment magique pour notre ville. Même le Wall Street Journal et Al Jazeera ont pris la peine d’y faire écho.

Vous n’avez vous-même pas tardé à réagir. Cinq jours plus tard à peine, vous avez rendue publique votre décision de libérer le boulevard Anspach du trafic automobile chaque dimanche après-midi de cet été. Vous pouviez du reste le faire sans complexe, tant le pique-nique avait suscité d’engouement parmi vos collègues mandataires bruxellois de toute coloration. Les échevins Christian Ceux (CDH) et Philippe Close (PS), les députées Els Ampe (Open VLD) et Marie Nagy (Ecolo), le sénateur Alain Courtois (MR), le secrétaire d’état Bruno De Lille (Groen), le ministre Pascal Smet (SP.A), tous avaient tenu à exprimer leur sympathie par leur présence souriante devant la Bourse.

Il s’agit là d’une victoire importante contre le fatalisme, dont il y a lieu de vous remercier et qu’il s’agira de fêter dignement ce dimanche 24 juin, lors du premier Picnic Anspach que vous faites plus que tolérer. Cette victoire suffira-t-elle à satisfaire les pique-niqueurs ? Evidemment non. Il ne s’agit après tout que d’interrompre le trafic automobile moins de 2 % du temps sur 10 % des boulevards du centre pendant deux mois sur douze. Or, tous sont persuadés qu’un réaménagement bien plus général et permanent est indispensable. Vous aussi d’ailleurs, puisque vous avez tenu à rappeler que vous aviez dans vos cartons un plan de mobilité pour le centre-ville qui pourrait être réalisé à partir de 2014.

Le problème, vous le savez, est que cela fait longtemps que la Ville commande des études et fait des plans sur cette partie du Pentagone. Ainsi, le 26 mars 2004, la presse annonçait que la Ville disposait désormais d’un plan directeur basé sur des études du Groupe Planning entamées en 1998 : « Les grands boulevards au cœur de Bruxelles seront réaménagés en zone de circulation lente à la mesure du flâneur. Les trois kilomètres de l’axe Max-Anspach-Lemonnier recevront de larges trottoirs, des arbres et seulement deux voies de circulation sur toute la longueur » et la Place de Brouckère « deviendra un grand espace public ». Mieux encore : « La Ville de Bruxelles soutient le plan, le financement est disponible. La demande de permis est pour bientôt. Les travaux commenceront probablement fin 2005. » Or on attend toujours.

A cela vous répliquez que votre nouveau plan est meilleur. Vous avez raison. Au contraire du plan de 2004, le plan actuel rend la traversée Nord-Midi impossible pour les voitures et fait de la Place de la Bourse une véritable place piétonne. Bravo ! Mais vous comprendrez que plus de dix ans d’immobilisme n’incitent pas tout le monde à vous faire une confiance aveugle. Il serait certes très injuste de faire de vous le seul coupable. Mais ceux qui méritent le plus de nous gouverner ne sont-ils pas ceux qui parviennent à agir malgré les obstacles, pas ceux qui parviennent à rejeter sur d’autres la responsabilité de leur inaction ?

Heureusement, cet été va vous donner l’occasion de prouver par des actes que nous pouvons désormais prendre vos promesses au sérieux. Comment ?

Voici quelques suggestions que je vous fais, avec toute la modestie qui sied à qui ne porte pas vos lourdes responsabilités ni n’a à se faire du souci pour les prochaines élections.

1. La fermeture du boulevard Anspach au trafic le dimanche après-midi, avez-vous dit d’emblée, pourrait être assortie d’exceptions. La première interviendrait déjà pour les soldes du 1er juillet. Mais ne pensez-vous pas que la foule attendue prendra plus de plaisir à jouir de toute la largeur du boulevard qu’à se presser sur des trottoirs trop étroits, encaisser le vacarme des voitures et inhaler leur pollution ?

2. Prudent, vous n’avez concédé à ce stade que trois heures par dimanche sur une portion des boulevards pendant deux mois. En l’absence de désastres inattendus (embouteillages monstres, ébriété de masse ?), qu’est-ce qui pourrait vous empêcher de décréter avant la fin de l’été une extension significative de la zone piétonne dans l’espace comme dans le temps ?

3. La circulation en boucle, sans traversée Nord-Sud, telle que prévue par votre nouveau plan, ne mérite-elle pas d’être testée pour du vrai, en tout ou en partie, dès cet été ? Pour cela, pas besoin de nouvelles études ni d’aménagements lourds et coûteux. Quelques blocs de béton bien placés devraient suffire, que l’un ou l’autre artiste pourrait même décorer d’élégants graffitis.

4. De toutes les places de Bruxelles, celle qu’habitants et visiteurs s’accordent le plus facilement à juger scandaleusement envahie par les voitures est la place du Sablon. Faudra-t-il attendre « Picnic the Squares » pour la libérer à son tour, en commençant par le dimanche après-midi ?

Ce ne sont là que quelques suggestions. Vous en avez peut-être de meilleures. Mais si rien de tout ceci ne se fait d’ici à septembre, la génération Facebook, généreuse et efficace comme elle l’a été, n’aura pas seulement le droit de repasser à l’action. Elle en aura le devoir. Pas pour vous ennuyer, mais pour vous aider à prendre, contre les égoïsmes et les myopies, les décisions urgentes qu’appelle l’intérêt général.

Réhabiliter radicalement les espaces publics de nos villes est bien plus qu’une « idée tout à fait charmante ». C’est une priorité absolue si nous voulons que nos enfants et petits-enfants puissent vivre mieux que nous tout en devant consommer moins. Notre ville, capitale de l’Europe, se doit de montrer le chemin.

En attendant le plaisir de pique-niquer en votre compagnie ce dimanche, je vous prie de croire, Monsieur le Bourgmestre, à mes sentiments les plus bruxellois.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PIQUE LE MAIRE ET NIQUE LA BAGNOLE!

Philippe Van Parijs n'a pas par hasard la même dégaine que Don Quichotte et Freddy Thielemans un physique à la Sancho Pansa.

Ensemble, ils forment une paire mythique de complices pittoresques aux tempéraments et aux objectifs  complémentaires.


C'est à se demander si Thielemans n'attendait pas qu'un signal, voire un alibi pour rendre l'espace public Bruxellois à ses habitants. C'est lui et son Collège échevinal qui ont, il ya à peine un mois, mis les Ucclois et les Ixellois en émoi avec sa menace d'interdire le bois de la Cambre en semaine comme le week-end et pendant les vacances. Après tout, Bruxelles-Plage c'est son enfant chéri!


LA BELGIQUE EMBOUTEILLEE : « PAS DE SOLUTION MIRACLE »




Les automobilistes perdent le plus de temps dans les embouteillages en Belgique que dans les autres pays d'Europe et en Amérique du Nord. C'est une étude américaine qui le révèle : les bouchons à Bruxelles et Anvers sont plus importants qu'à New York, Paris ou Londres. Il n'y a qu'à Milan que les problèmes de trafic sont plus aigus.

Interrogée sur le sujet sur Radio 1, Hilde Crevits, la ministre flamande de la Mobilité, a reconnu qu'elle n'était pas surprise par ce constat. Pour elle, les causes sont connues mais « il n'y a pas de solution miracle ». « Il est important de continuer à investir partout où c'est nécessaire et possible », a-t-elle estimé.

Les villes les plus touchées en Belgique sont celles de Bruxelles et d'Anvers. On y perd en moyenne, sur base annuelle, respectivement 72 et 71 heures dans la circulation. Gand, Charleroi et Liège complètent le Top 5 des villes belges où il y a le plus de ralentissements.

La ministre pointe plusieurs causes, principalement en Flandre :

– « Tout d'abord nous nous déplaçons beaucoup en voiture, même pour de courtes distances » ;

– « Le réseau routier pose problème car le moindre accident entraîne d'énormes embouteillages, nous n'avons pas d'alternatives » ;

– « Il y a beaucoup de chantiers en cours - et je suis responsable pour cela ».

Sa conclusion : « Il faut continuer à investir, dans les routes, d'abord, mais également dans les transports publics et dans la sécurisation des routes – pour éviter les accidents qui perturbent le trafic ».

G.D (Le Soir)



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MOTO, TRANSPORTS EN COMMUN ET TELETRAVAIL!

Chacun (sauf van Parijs) réagit en fonction de sa propre situation.  Autrement dit égoïstement! Il est certain qu'un représentant de commerce utilisera son véhicule autrement qu'un fonctionnaire. Ce dernier arrive le matin en râlant à cause du trafic, range sa voiture au parking et râle à nouveau le soir en le quittant à cause des embouteillages provoqués par "les autres" qui tous sont contrariés pour la même raison. Augmenter le nombre de bandes de circulation n'est sûrement pas la solution.

La mobilité, nécessite de la souplesse (horaires flexibles) et un changement de mentalité, de tous.

L'absurde c'est de vouloir  construire de nouveaux mégacentres commerciaux et  des pôles d'activité hors ville.

Créer des routes supplémentaires n'est pas la solution, il conviendrait de promouvoir des transports publics vraiment efficaces, de détaxer les deux-roues (motorisé ou non) (10% de motos en plus diminue le trafic de 40% mais il faudra aménager les routes à cette fin et lancer une large compagne d'information pour sécuriser ce mode de transport dangereux mais rapide. La qualité de vie en ville doit impérativement être améliorée pour retenir les Bruxellois à Bruxelles. C'est cela aussi le message de Van Parijs.

Autre piste: le télétravail mais le patronat belge n'en veut pas. Pourtant, cela réduirait le trafic, la pollution et cela laisserait plus de temps libre aux travailleurs tout en prestant les mêmes plages horaires.





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