mercredi 6 juin 2012

Un Etat, deux mémoires collectives ?




Christian Laporte (La Libre)

Pas de futur pour la Belgique sans passé commun : à méditer.

Ce n’est évidemment ni durant l’été de 2007 ni davantage en 2010-2011 que l’on a commencé à remettre en cause l’existence même de la Belgique mais sans doute la crise institutionnelle n’avait-elle jamais atteint un tel degré de paroxysme, sauf peut-être aux heures les plus chaudes de la grande grève de 60 ou du "Walen buiten" louvaniste.

Toujours est-il que cela a rapproché des chercheurs du Nord et du Sud mais aussi d’éminents académiques venus d’au-delà de nos frontières qui se sont retrouvés autour d’une interrogation fondamentale : n’est-ce pas le fossé qui se creuse entre les mémoires collectives qui explique l’impossibilité de faire des compromis et surtout de se parler en adultes sans tout le temps chercher à se tailler des croupières ?

La question n’était pas tout à fait neuve dans les cénacles intellectuels: depuis 2004, un groupe pluridisciplinaire de chercheurs belges francophones s’était spécialisé dans les études sur la mémoire collective et avait déjà réalisé divers travaux autour de celle-ci, mais ce n’est qu’à partir de 2008 qu’il a vraiment commencé à s’intéresser au "cas belge".

Deux journées d’étude plus tard - une en 2008 et une autre en 2009 - nos chercheurs, et plus particulièrement Olivier Luminet qui travaille sur les émotions et la mémoire à l’UCL, ont eu l’occasion de sensibiliser des spécialistes étrangers à la question. Et non des moindres puisqu’il s’agissait du psychologue américain Bill Hirst et du philosophe australien John Sutton, éditeur des fameuses "Memory Studies".

Ils ont convenu de se pencher tous ensemble sur le "cas belge" en vue de le faire connaître aussi dans le monde anglo-saxon, mais il fallait de toute évidence y associer aussi des chercheurs flamands. Ce qui fut fait et tellement bien fait qu’à côté d’une version anglaise de leurs cogitations communes, ils viennent de publier "Belgique-België, un Etat, deux mémoires collectives" qui est publié à la fois en français (chez Mardaga) et en néerlandais (chez Snoeck). Une étude d’autant plus utile qu’elle s’est penchée sur des stéréotypes très ancrés, tels "l’assisté" et "le collabo" que seraient selon certains les Wallons et les Flamands, mais plus cliché que ça, on meurt! Cela dit, il ressort que les mémoires collectives renforcent certains conflits mais, en même temps, certaines situations présentes influencent le recours et l’interprétation d’événements passés. C’est ce qui permet d’expliquer par exemple les tensions qui entourent toujours le passé de guerre et la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Qu’on pense aux demandes d’amnistie mais également aux comparaisons souvent audacieuses entre l’Occupation allemande et la situation des francophones dans la périphérie bruxelloise vue à travers les lunettes d’Olivier Maingain.

Qui mieux que le politologue Xavier Mabille pouvait "recentrer" ce débat ?

Pour le président du Crisp, "en postulant que la mémoire n’est pas la trace naturellement laissée par le passé et que la mémoire collective n’est pas d’abord d’ordre national, l’étude se donne effectivement les moyens d’étudier la construction des mémoires collectives de la Belgique". La conclusion globale ? Certes la dualité communautaire et linguistique n’est pas le seul facteur de tensions, mais il faut à tout le moins que le Nord et le Sud essaient enfin de comprendre la vision de "l’Autre" avec ses spécificités. Il n’est pas trop tard... mais il est urgent de le faire !

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SCHIZOPHRÉNIE A LA BELGE

Le livre se lit en quelques heures mais il laissera une trace dans la mémoire comme un griffe sur un microsillon qui le rend désormais inaudible. Un ouvrage indispensable pour comprendre pourquoi on ne se supporte plus entre Flamands et Wallons, pourquoi on ne s'est jamais aimés et on ne s'accordera jamais. Être natif de la capitale rendrait les choses encore plus compliquées.

La Belgique ne peut que se dissoudre en Europe, s'évaporer comme dit celui qui fond comme un bonhomme de neige au printemps.

"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil."( René Char).

Le problème c'est que le Belge n'a pas d'inconscient collectif. Au vrai il en a deux, et pour tout aggraver, ils se modifient au fil des temps.

Non seulement nous sommes pétris des clichés de nos communautés culturelles respectives, mais ces clichés évoluent au fil du temps.

C'est que montre ce livre brillant.

Notre identité belge se désintègre lentement mais sûrement et on voudrait que les immigrés, leurs enfants et leurs petits enfants s'intègrent...

Seule une approche interculturelle fondée sur un respect et des valeurs partagées rendra possible le vivre ensemble entre Belges de souches et d'importation. Comprendre donc la vision de "l’Autre" avec ses spécificités. Il n’est pas trop tard... mais il est urgent de le faire.

 MG











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