mercredi 4 juillet 2012

Burundi. En marge des festivités, un discours présidentiel très dur sur la colonisation





Philippe encaisse le choc du passé





 


Pour un interminable défilé de plus de quatre heures, lundi à Bujumbura, le président congolais Joseph Kabila avait pris place aux côtés du prince Philippe et de la princesse Mathilde dans la tribune officielle. © Belga.

Reportage à Bujumbura

Installé dans la tribune d’honneur juste à côté du président congolais Joseph Kabila, le prince Philippe, accompagné de son épouse Mathilde, a pris un grand bain africain, lundi, lors des célébrations du cinquantenaire de l’indépendance du Burundi. Pour sa première visite en Afrique centrale, le prince hériter, qui représente pour la première fois aussi son père en ce genre d’occasion, s’est retrouvé en compagnie de dignitaires venus de tout le continent noir : présidents du Kenya, de Somalie, de Centrafrique, de Guinée équatoriale, de Tanzanie, sans oublier les responsables de l’Union africaine, dont le président de la Commission, Jean Ping.

Précédant le défilé de la société civile, des corps constitués puis de l’armée, un saut de parachutistes a ravi les citoyens burundais. Une atmosphère bon enfant pour une célébration que les Burundais ont voulu grandiose.

On n’est pourtant pas passé très loin d’un incident. Samedi, lors d’un discours télévisé à la nation, le président Nkurunziza a rappelé à ses concitoyens les grands évènements qui ont marqué l’histoire récente du Burundi. Avec des mots assez durs contre le colonisateur belge, qui ont fait penser à un certain discours du Premier ministre congolais Patrice Lumumba, en juin 1960 lors de l’indépendance congolaise, qui avait poussé le roi Baudouin à quitter la salle. « Les Belges ont eu en commun avec les Allemands le retrait du pouvoir de décision aux dirigeants burundais. D’autres comportements ont attristé les Burundais : ils ont été considérés comme des “bêtes sans intelligence”, ont été bastonnés, et les parents ont été exposés à des humiliations en recevant des coups de lanières devant leurs enfants. Les jeunes filles ont été violées en présence de leurs parents, surtout pendant la guerre qui opposait les Belges et les Allemands au Burundi. (…) C’est sous le mandat belge que se sont manifestés les premiers signes de la fracture de l’unité nationale, lorsque l’on a commencé à mesurer la largeur des narines, la hauteur du crâne, la longueur des bras et autres membres, pour identifier et distinguer les composantes ethniques de la société burundaise. Le colonisateur a alors pris des mesures et adopté un comportement de nature à inoculer le virus de la division entre les Burundais qui partageaient tout en commun jusque-là. »

Bigre : la charge est sévère… mais historiquement juste. La Belgique s’est-elle sentie insultée ? « Ces paroles étaient dures, mais vraies, reconnaît l’ambassadeur de Belgique au Burundi, Jozef Smets, qui a été lui-même décoré par le président pour avoir « aidé à la réconciliation et à la liberté de la presse ». Et le discours dans son ensemble est équilibré : le président a indiqué aussi que c’est le colonisateur belge qui a introduit l’éducation et les soins de santé modernes au Burundi, ainsi que de nouvelles cultures vivrières et industrielles. » Pas de crispation donc. D’autant que, lundi soir, lors d’une réception organisée par l’ambassade de Belgique face au lac Tanganyka, le deuxième vice-président du Burundi, Gervais Rufyikiri a pris la parole devant les princes accompagnés des ministres Reynders (Affaires étrangères) et Magnette (Coopération au développement) pour saluer les bonnes relations entre Belgique et Burundi. Ce vice-président est le principal interlocuteur des Belges pour les dossiers d’aide au développement : la Belgique est le premier donateur bilatéral du Burundais, avec 150 millions d’euros pour 4 ans, auxquels viennent de s’ajouter 50 millions d’aide conditionnelle.

Est-il bien raisonnable d’aider autant un pays où on déplore encore des arrestations arbitraires, des exécutions extrajudicaires et un harcèlement de la société civile et de la presse, avec un journaliste condamné il y a quelques jours à la prison à vie ? Ce n’est pas le prince Philippe qui peut répondre à cette question. Puisqu’il remplace le Roi, et que le Roi ne prend la parole officiellement que pour les discours de Noël et du 21 juillet, et ne donne jamais d’interview ; le prince Philippe est tenu à la même réserve.

Pendant que les ministres Reynders et Magnette prononçaient leurs discours lundi soir, Philippe et Mathilde se tenaient debout, les regards de la nombreuse assistance braqués sur eux. Philippe sérieux, Mathilde avec un léger sourire, mais muets. Ils ont par contre pu discuter avec les invités à la réception, dont des Belges actifs sur le terrain, très heureux de rencontrer le couple princier.

Pour les questions de fond, c’est donc Didier Reynders qui est en charge. Son message est clair : « Le Burundi doit lutter contre les arrestations arbitraires et autres violations des droits humains. Mais il y a dans ce pays une pauvreté dramatique. Si la Belgique décidait d’abandonner le Burundi, elle abandonnerait aussi la population, alors que nous sommes derrière d’importants projets en matière de santé, d’éducation et d’agriculture et de promotion de la bonne gouvernance. Nous devons accompagner ce pays, sans hésiter à parler de ce qui ne va pas avec ses dirigeants. »


REYNDERS ET KABILA EVOQUENT UNE SOLUTION POUR L’EST DU CONGO

Après le (très) long défilé du cinquantenaire burundais, une rencontre deux fois reportée a eu lieu entre le président Kabila et le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders. En tête à tête : Kabila apprécie Reynders qu’il a rencontré fin mars dernier lors de sa visite à Kinshasa, il le trouve clair et franc, mais sans brutalité.

Au menu de cette rencontre, la situation dans l’est du Congo où des nombreux rapports et témoins accusent le Rwanda de soutenir la mutinerie d’officiers du M 23 qui sèment le désordre dans la région. Conséquence : 220.000 nouveaux déplacés et de nombreuses victimes. « L’idée, a expliqué le ministre belge à l’issue de la rencontre, est de lancer une action commune du Congo et du Rwanda à leur frontière commune pour mettre fin à la mutinerie. Selon l’Onu et d’autres sources, le Rwanda fait partie du problème, ce qu’il nie. A ce pays de faire désormais partie de la solution !C’est d’ailleurs le message que je vais faire passer aujourd’hui même au Premier ministre rwandais. »

« Pour gérer cette frontière, reprend le ministre belge (Kabila, lui, a évité tout contact avec la presse belge), il faudrait mobiliser la mission de l’ONU (la Monusco) en collaboration avec ces deux Etats. Il faut maintenant que les présidents du Rwanda et du Congo se parlent directement. Du côté belge, nous essayons de maintenir les problèmes de l’est du Congo à l’agenda européen, comme je l’ai fait la semaine dernière lors du conseil affaires étrangères à Luxembourg, mais aussi à l’ONU. »

KIESEL,VERONIQUE


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SUCCESSION?

Le roi est fatigué, son fils le représente au Burundi et le 21 juillet approche à grands pas. Une rumeur circule sur internet depuis des mois. Celle d'une abdication le jour de la fête nationale en faveur de Philippe.

Wait and see.





Aucun commentaire: