vendredi 13 juillet 2012

Cecilia Malmström : "l'immigration sera nécessaire pour l'Europe"





LE MONDE

Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

Cecilia Malmström, commissaire européenne aux affaires intérieures, devait rencontrer, mardi 10 juillet, à Paris, Manuel Valls. Au menu, principalement : l'avenir de l'espace sans frontières de Schengen après l'approbation, par le ministre de l'intérieur français, du principe du rétablissement des contrôles aux frontières en cas de circonstances "exceptionnelles".

LE DEBAT SUR SCHENGEN A ETE DECLENCHE PAR LES EVENEMENTS DU "PRINTEMPS ARABE". A CE PROPOS, VOUS ESTIMEZ QUE L'EUROPE A RATE UNE "OPPORTUNITE HISTORIQUE". POURQUOI ?

Que, dans notre voisinage immédiat, des populations fassent pacifiquement tomber des dictateurs et réclament la liberté et les droits de l'homme fut un événement majeur. Or qu'avons-nous dit à des gens qui s'inspiraient de nos valeurs ? Que nous étions en crise et que nous avions peur de "vagues bibliques" d'immigrés... Notez que 4 % seulement de ceux qui ont fui la Libye se sont dirigés vers l'Europe ! Notre attitude a entraîné une détérioration de nos relations avec ces pays et créé une suspicion qui commence seulement à être surmontée.

VOUS AVEZ DECLARE RECEMMENT QUE L'IMMIGRATION N'ETAIT, POUR L'EUROPE, "PAS UNE MENACE MAIS UNE CHANCE" ET MEME "UN FACTEUR DE CROISSANCE". UN DISCOURS QUI SURPREND...

Bien sûr, mais je le maintiens. L'immigration sera nécessaire, étant donné notamment l'évolution de la démographie dans la plupart de nos pays. On estime qu'en 2030, sans nouvelle immigration, la population européenne en âge de travailler aura diminué de 12 %. Des chefs d'entreprise me confient régulièrement leur difficulté à recruter des gens qualifiés alors même que le chômage est au plus haut. L'Allemagne manque d'ingénieurs ; d'ici à 2020, le secteur européen de la santé devrait manquer de 2 millions de personnes.

Or un rapport de l'OCDE vient de montrer que beaucoup de personnes susceptibles d'émigrer sont moins tentées par l'Europe et davantage par le Brésil, le Canada ou l'Australie, voire l'Angola ou le Mozambique. Cela pourrait, à terme, nous causer de grosses difficultés. La même OCDE montre d'ailleurs que la pression migratoire sur l'Europe s'allège. Mais, bien sûr, ce peut être un effet temporaire de la crise que nous connaissons.

LA PEDAGOGIE SUR CETTE "NOUVELLE IMMIGRATION" EST DONC NECESSAIRE MAIS, VISIBLEMENT, LE PROPOS EST DIFFICILE A TENIR...

Oui, mais la réalité est là. Le rôle de la Commission de Bruxelles est aussi d'encourager les politiques à la prendre en compte. D'envisager les problèmes sur le long terme et de s'élever au-dessus des contingences nationales. Les milieux académiques considèrent d'ailleurs que ce que je dis est parfaitement banal...

LA MONTEE DES FORCES POPULISTES ET XENOPHOBES, Y COMPRIS DANS CETTE EUROPE DU NORD DONT VOUS VENEZ, EMPECHE QUE L'ON ENTENDE VOTRE MESSAGE. COMMENT FAIRE ?

Il est vrai que Geert Wilders, par exemple, me transforme désormais en ennemi principal des Pays-Bas... Plus fondamentalement, je plaide pour un véritable partage de la charge entre Européens en matière d'immigration et d'asile. Je dis que l'intégration est, dans la plupart des grandes villes, un échec et que la ghettoïsation est une réalité dont les politiques sont responsables parce qu'ils n'ont pas agi avec suffisamment de vigueur. Je réclame aussi une meilleure utilisation de la main-d'œuvre existante.

Donc, il ne s'agit pas d'ouvrir les portes en grand, mais de s'interroger sur la façon de faciliter une nouvelle immigration légale - ce qui est d'ailleurs aussi une manière de lutter contre l'immigration illégale.

DE L'AUTRE COTE DU SPECTRE POLITIQUE, ON VOUS SUSPECTERA D'ORGANISER UN EXODE DES CERVEAUX, LE "BRAIN DRAIN", ET DE PRIVER CERTAINS PAYS DE LEURS MEILLEURS ELEMENTS...

C'est une question primordiale. Notez toutefois qu'en Tunisie de nombreux personnels infirmiers sont au chômage : pourquoi refuser dès lors qu'ils viennent, pour une période limitée, en France ou ailleurs ? L'Inde et la Chine comptent un surplus d'ingénieurs qui, une fois formés de manière complémentaire en Europe, pourraient être très utiles à leur pays. Ce n'est pas le "brain drain" qu'il faut organiser, mais le "brain gain" ["la croissance des cerveaux"].

COMMENT CONVAINCRE A LA FOIS LES DIRIGEANTS ET L'HOMME DE LA RUE QUI, SOUVENT, RESSENT CONFUSEMENT L'IMMIGRATION COMME UNE MENACE ?

J'ai le sentiment, et des études le confirment, que le citoyen est souvent plus ouvert que certains politiques. Il réclame davantage d'information et il a le sentiment que certains courants manipulent la réalité. Les mêmes études confirment que l'immigration est d'ailleurs souvent un thème plus important pour les milieux politiques que pour les électeurs. Lors de mes rencontres avec des ministres, ils me confient parfois qu'ils sont d'accord avec moi mais ne peuvent pas le dire trop haut... Les images de bateaux de clandestins arrivant à Lampedusa sont apparemment plus fortes que les données objectives.

VOUS FONDIEZ BEAUCOUP D'ESPOIR SUR UN CHANGEMENT DE POUVOIR EN FRANCE. OR, LORS DE SON PREMIER CONSEIL EUROPEEN, A LUXEMBOURG, EN JUIN, MANUEL VALLS A, POUR L'ESSENTIEL, APPROUVE LES POSITIONS DEFENDUES PAR CLAUDE GUEANT SUR LA NECESSITE DE RETABLIR LES CONTROLES AUX FRONTIERES. DEÇUE ?

La question centrale est de déterminer précisément les situations "extraordinaires" pouvant motiver un rétablissement des contrôles. Chacun sait que je ne suis pas d'accord avec le dernier compromis en date et que je réclame toujours une supervision des situations nationales par la Commission - en collaboration avec les pays membres, bien sûr - afin que cet examen soit réellement indépendant et transparent. La décision du Conseil n'est pas formalisée, le Parlement n'a pas voté. Il reste donc une possibilité de reprendre le débat en septembre.

COMMENT APPRECIEZ-VOUS LA POSITION DE M.VALLS ?

Sa situation était très difficile, avec un Conseil européen quelques jours après son arrivée au ministère de l'intérieur. Je me réjouis de le rencontrer.

VOUS ESPEREZ LE FAIRE CHANGER D'AVIS ?

On verra.

AVEC QUELS ARGUMENTS ?

On verra.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PERPLEXITÉ

Certes, ces arguments ne manquent pas de poids, mais...

De fait, "la population européenne en âge de travailler aura diminué de 12 % d'ici deux décennies."

Mais le vrai problème  c'est la "difficulté à recruter des gens qualifiés alors même que le chômage est au plus haut."

La Belgique, et singulièrement Bruxelles, est handicapée par une masse de jeunes chômeurs sous qualifiés qui se marginalisent et sont happés par la criminalité et, de plus en plus, par la mouvance islamiste=salafiste. On n'en fera ni des médecins ni des ingénieurs, ni du personnel soignant de qualité  ("l'Allemagne manque d'ingénieurs ; d'ici à 2020, le secteur européen de la santé devrait manquer de 2 millions de personnes.")

Malmström réclame "une meilleure utilisation de la main-d'œuvre existante." Vite dit! On fait comment pour changer la mentalité de ces jeunes loosers plus tentés par l'argent facile et la délinquance que par l'effort et l'investissement de soi?

De plus elle  plaide "pour un véritable partage de la charge entre Européens en matière d'immigration et d'asile." On en est loin, très loin. Constatons que "Bruxelles accueille trois fois plus de demandeurs d'asile que la Flandre" soit "12 demandeurs pour 1.000 habitants, bien au-delà de la moyenne nationale de 5,2 demandeurs pour 1.000 habitants. Proportionnellement à sa population, la Flandre apparaît par ailleurs nettement moins hospitalière que la Wallonie et surtout que Bruxelles."

Pourquoi?

Mère Flandre qui redoute l'arrivée des immigrés résidant à Bruxelles sur son territoire, refuse toute velléité d'élargissement de la capitale. Elle entend bien de la sorte enfermer la population bruxelloise dans son carcan. Voilà pourquoi le parti de De Wever exige un "wooncode" draconien et un parcours de "inburgering" qui exige une bonne connaissance du néerlandais.

Donc, dit la commissaire: "il ne s'agit pas d'ouvrir grandes les portes  mais de s'interroger sur la façon de faciliter une nouvelle immigration légale - ce qui est d'ailleurs aussi une manière de lutter contre l'immigration illégale." Est ce à dire qu'elle prône sans le dire une immigration qualitative ("L'Inde et la Chine comptent un surplus d'ingénieurs") un véritable "brain gain"  et non pas cette immigration de masse sous-qualifiée qui met à mal nos CPAS sans grand bénéfice pour le pays?

"Herbeumont occupe la tête du classement avec 239 candidats à l'asile pour 1.000 habitants. À l'autre extrémité du tableau, 39 villes et communes n'accueillent pas le moindre demandeur d'asile." Est ce que ce pays est sérieux?

Si on n'y prend garde, la crise aidant, ceci est de nature à créer partout un élan de sympathie pour des formations telles que celle de De Wever en Flandre dont le succès s'explique largement par son hostilité à Bruxelles migrantenstad.

MG


BRUXELLES ACCUEILLE TROIS FOIS PLUS DE DEMANDEURS D'ASILE QUE LA FLANDRE

Le  VIF

La région de Bruxelles-Capitale héberge 13.710 demandeurs d'asile en attente de statut, soit une proportion de 12 demandeurs pour 1.000 habitants, bien au-delà de la moyenne nationale de 5,2 demandeurs pour 1.000 habitants. Proportionnellement à sa population, la Flandre apparaît par ailleurs nettement moins hospitalière que la Wallonie et surtout que Bruxelles, rapporte mardi le quotidien Le Soir.

Bruxelles accueille trois fois plus de demandeurs d'asile que la Flandre

© Belga

En chiffres relatifs, la région bruxelloise, avec 12 demandeurs pour 1.000 habitants, accueille trois fois plus de candidats à l'asile que la Flandre (moins de 4 demandeurs pour 1.000 habitants). Globalement, s'il fallait équilibrer l'effort, Bruxelles devrait accueillir un maximum de 6.000 demandeurs, contre 14.000 actuellement, et la Flandre atteindre un plancher de 33.000, contre 25.000 actuellement.

"Il faut cependant tenir compte des nuances au sein d'une même région", précise le sociologue Jan Hertogen. "Ainsi la province d'Anvers affiche une proportion de 6 demandeurs pour 1.000 habitants, soit plus que les moyennes wallonne et nationale."
À l'échelle du pays, sur 57.000 demandeurs d'asile inscrits en 2012, environ 24.000 sont pris en charge dans des centres d'accueil collectifs. Les villes et communes qui disposent d'un centre d'accueil ou de transit hébergent proportionnellement davantage de demandeurs d'asile.

Herbeumont occupe ainsi la tête du classement avec 239 candidats à l'asile pour 1.000 habitants. À l'autre extrémité du tableau, 39 villes et communes n'accueillent pas le moindre demandeur d'asile.

Avec Belga







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