lundi 16 juillet 2012

Ceder, un "converti" ex-Belang encombrant pour la N-VA








Christian Laporte

Face à cet encombrant ralliement, plusieurs élus de la N-VA ont donc demandé à Bart De Wever de mettre fin à l’arrivée de Vlaams Belangers

En février dernier, la ministre socialiste flamande Freya Van den Bossche avait croisé le fer sur Twitter avec un député fédéral de la N-VA, Peter Dedecker, à propos du ralliement de quelque deux dizaines de mandataires du Vlaams Belang au parti de celui-ci. "On peut tourner ça comme on veut, mais 20 Vlaams Belangers dans les rangs de la N-VA, ça fait beaucoup" avait écrit la jolie Gantoise qui s’était fait remonter les bretelles par Bart De Wever en personne. Celui-ci lui avait demandé "de quoi elle se mêlait" mais avait tenu à la rassurer en même temps en affirmant que le profil des candidats est examiné "avec le plus grand soin". Car, disait-il, "les extrémistes de droite n’ont aucune chance chez nous". Le discours était moins clair dans la bouche du vice-président de la N-VA, Ben Weyts, qui se voulut, lui, rassembleur : "la N-VA ne souhaite pas diviser la société entre bonnes et mauvaises personnes".

Depuis une semaine, le débat fait pourtant rage au sein même du parti entre une frange de la N-VA qu’on qualifiera de progressiste avec notamment Jan Peumans, Eric Defoort et aussi, semble-t-il, Siegfried Bracke et la haute direction du parti à propos du ralliement au début de ce mois du sulfureux ex-Belanger dilbeekois Jurgen Ceder qui a certes quitté le Vlaams Belang dans la foulée de Frank Vanhecke depuis de nombreux mois mais qui n’en a pas pour autant renié toutes les idées qu’il défendait au sein du parti d’extrême droite flamand. Lors de l’annonce du ralliement de Ceder, Bart De Wever avait déclaré dans "De Morgen" que "des terroristes pouvaient devenir chef d’Etat, alors pourquoi un membre du Vlaams Belang ne pourrait-il pas devenir partisan de la N-VA ?"

Selon le "Standaard" de ce week-end, le débat a pourtant rebondi au sein du bureau du parti nationaliste, plusieurs voix autorisées redoutant que cette arrivée ne nuise à l’image d’ouverture présentée par la N-VA. C’est que le profil de Jurgen Ceder est nettement plus affirmé que celui des "petits poissons" qui ont troqué leur casaque brune pour celle plus démocratique de la N-VA.

De fait, Jurgen Ceder a fait partie de l direction du parti d’extrême droite après un passage par la présidence de la NSV, la Nationalistische Studentenvereniging lors de ses études à la KUL. Assez bizarrement, le site Web de cette association estudiantine qui n’hésite pas à se mêler au Voorpost et qui organise des soirées de formation avec d’anciens membres du Vlaamse Militanten Orde - une milice privée pourtant interdite depuis près de 30 ans - ne mentionne pas ses états de services. Selon certains observateurs de la vie estudiantine louvaniste, le fait que Ceder joignait parfois le geste (violent) à la parole n’y était pas étranger. Sous son "règne", dans les années 1980, lors d’un raid sur le Stuc, un cercle culturel progressiste, le "voorzitter" aurait donné un coup de pouce (ou plutôt de poing) pour envoyer à la clinique avec une double fracture ouverte de la jambe un étudiant qui ne partageait pas ses vues Jurgen Ceder rejoignit ensuite le Vlaams Blok et fut, autre raison de la gêne des N-VA "éclairés", un des auteurs du plan en 70 points qui devait régler définitivement la question de l’immigration en Belgique.

Face à cet encombrant ralliement, plusieurs élus de la N-VA ont donc demandé à Bart De Wever de mettre fin à l’arrivée de Vlaams Belangers, repentis ou non notamment... "parce que le parti n’en a pas besoin !" Eric Defoort qui n’aime ni de près ni de loin les plus extrêmes comme il l’a déjà dit à "La Libre" demande clairement qu’on n’accueille plus de telles personnalités. "Si ces personnes, qui avaient une fonction centrale au sein du Belang, rejoignent la N-VA, cela ne peut que créer des malentendus pour la ligne politique de la N-VA. Afin d’éviter tout quiproquo, je dirais qu’il faut maintenant y mettre un terme". Un appel apparemment entendu puisque Bart De Wever a promis d’en tenir compte;

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES ENNEMIS DU VIVRE ENSEMBLE;

"On peut tourner ça comme on veut, mais 20 Vlaams Belangers dans les rangs de la N-VA, ça fait beaucoup".

Dans une précédente analyse nous avions parlé de vases communicants: récipients qui sont unis par un tube et dans lesquels un liquide se trouve toujours au même niveau.

Il ne peut y avoircommunication  que entre liquides de même nature et de même densité. C'est une évidence!

Une des grandes questions qui nous taraudent concerne l'avenir des rapports entre la droite et l'extrême-droite en Europe et aux Etats Unis (Tea Parties)

Cette question en rejoint une autre, tout aussi angoissante: Voulons-nous une société interculturelle, cosmopolite, internationaliste ou voulons nous maintenir  et renforcer l'identité nationale, la préférence nationale, régionale, locale, identitaire?

On le constate, non sans effroi : la politique devient, de plus en plus un terrain d'affrontement entre  les idées cosmopolites et les valeurs identitaires. Bart De Wever au  "Morgen" : "des terroristes ont pu devenir chef d’Etat, alors pourquoi un membre du Vlaams Belang ne pourrait-il pas devenir partisan de la N-VA ?"

Les antagonismes traditionnels  droite-gauche cèdent de plus en plus la place à des clivages nationaux-non nationaux. Marine Le Pen, comme Bart De Wever, sont habiles à estomper les contours entre droite extrême et extrême-droite dans le dessein de les banaliser aux yeux d'un électorat qui perd ses repères.

Si bien que le débat politique oppose de plus en plus ceux qui tiennent la nation pour une simple modalité d'organisation sociale désormais dépassée et ceux (les nationalistes) pour qui elle résulte d'une mystérieuse métamorphose par laquelle le peuple devient pratiquement un corps, une âme, un être vivant en perpétuel devenir.

Le national-libéralisme ou national-populisme (on ne saurait mieux définir de deweverisme et le Rassemblement Bleu Marine) prône une alliance de l'ultra-libéralisme  et du réenracinement identitaire.

A cet égard on peut considérer que le nationalisme et l'intégrisme religieux (catholique, juif mais surtout musulman: l'islamisme soft ou hard) sont deux formes différentes d'une même hantise qui tient désormais lieu d'idéologie: "l'hétérophobie" autrement dit, la haine de l'autre!

C'est bien en effet la même bête immonde qui au Sud comme au Nord se nourrit de la misère sociale pour appeler au rejet de l'autre  parce qu'il est différent : le mécréant et le non-musulman chez les islamistes; le Wallon paresseux, l'immigré profiteur, le progressiste dispendieux chez le nationaliste flamand.

Gageons que dans le nouveau "désordre mondial" où partout triomphent les particularismes locaux , les nationalistes ici, les intégristes là-bas (et ici), n'ont pas fini d'applaudir mutuellement leurs déclarations réciproques affirmant leurs volontés conjointes de ne plus vivre ensemble.

En Flandre, comme en France au demeurant, la grande question de demain est celle de l'union possible, voire probable entre la droite et l'extrême-droite, à l'image de la quasi fusion de la gauche et de l'extrême gauche sous Mitterrand.

Il se pourrait bien qu'un effondrement probable de l'Etat-providence à l'européenne cédant de plus en plus sous les coups de bouttoir des nationalistes ultra-libéraux, induise  demain une partie de bras de fer entre des islamistes chauffés à blanc et des nationalistes enhardis par leurs succès électoraux. Ce schéma catastrophe, entrainerait, on le devine aisément, la mort de la démocratie, une hypothèse qui n'est peut- être pas à exclure.

Il est sans doute temps encore de rendre ce schéma improbable.

Si François Hollande devait échouer en France, il deviendrait toutefois carrément inévitable.




On ne peut s'empêcher de s'inquiéter de plus en plus de l'évolution que suit la Flandre depuis la résistible ascension du citoyen De Wever qui n'est pas sans rappeler celle du caporal Adolphe Hitler dans les années vingt en Allemagne.
                                                             
MG  

Aucun commentaire: