vendredi 20 juillet 2012

Fabiola et le dictateur Franco, ou la face obscure de la Reine Blanche




Portée aux nues par une biographie espagnole, la veuve du roi Baudouin garde sa réputation sans tache. Ses sympathies pour le dictateur Franco font partie de ces vérités historiques généralement tues. Mais l’historienne Anne Morelli travaille à les établir. Le Vif/L’Express lève le voile sur cette part d’ombre de la Reine des Belges.


Justice est faite. A 84 ans, Fabiola a enfin droit à sa première biographie intégralement espagnole. La cinquième reine des Belges ne peut qu’être enchantée de cette tardive marque d’attention. Fermin Urbiola, journaliste bien connu en Espagne, a fait du beau travail. Son livre est devenu un best-seller en péninsule ibérique. Traduit en français et en néerlandais, il semble promis au même succès sous nos latitudes (1).

Mais l’historienne Anne Morelli (ULB) prépare la riposte. Elle affirme n’être pas rentrée bredouille de sa plongée dans les archives espagnoles, notamment dans les papiers du général Franco, et y a puisé matière à déchirer le voile pudiquement jeté sur la face obscure de la « Reine blanche.» Le brûlot est encore en gestation, mais son titre est déjà tout trouvé : « Fabiola, un pion dans le jeu politique de Franco ». La trame d’une part d’ombre sur laquelle la Reine, invitée par Le Vif/L’Express à en dire plus, préfère garder le secret.

Dans les faits, autant qu’en Belgique, Fabiola avait fait un tabac en Espagne, lorsque elle fit officiellement irruption dans la vie sentimentale du roi Baudouin, à l’automne 1960. Autorisés à se déchaîner, les journaux rivalisent de louanges à l’égard de cette méconnue dont la vie est examinée sous toutes les coutures. Elle est aristocrate, jeune fille de très bonne famille, élevée dans la stricte observance du catholicisme ibérique, infirmière dans un hôpital militaire, constamment au chevet des plus démunis : la promise est tout simplement parfaite. Passés au peigne fin, son profil, ses goûts, son mode de vie font les délices de la presse populaire féminine. Le couple Franco en personne se joint à la fête et orchestre volontiers la manœuvre avant le mariage entre Fabiola et Baudouin. « L’Etat espagnol voulut se joindre aussi à l’ample et intense marée nationale de reconnaissance envers la jeune aristocrate. Ce fut justement l’épouse de Franco, Carmen Polo, qui voulut (sic) se charger de l’événement, avec sa fille, la marquise de Villaverde », rapporte Fermin Urbiola. « Les deux se présentèrent à l’hôtel particulier des Mora, devant une nuée de photographes et de reporters, pour donner le plus de solennité possible à l’acte de donation du cadeau de l’Etat, une couronne, à la fiancée et future Reine des Belges. » L’épouse du ministre espagnol des Affaires étrangères, Fernando Castiella, homme au passé idéologiquement chargé, est aussi de la partie.

Et Fabiola s’accommode fort raisonnablement de ces marques d’attention prodiguées jusqu’au sommet du pouvoir franquiste. Elle ne rechigne pas à prendre la pose aux côtés de l’épouse du dictateur. Elle assume parfaitement son rôle d’ambassadrice de charme de l’Espagne, forcément franquiste.

Et jusqu’en 1975, et la mort de Franco, Fabiola comme Baudouin maintiendront les liens avec le dictateur. Parce que, comme l’explique Anne Morelli dans l’interview qu’elle nous accorde, « il y avait un lien amical entre les souverains belges et le Caudillo. »

Pierre Havaux

(1) Fermin J. Urbiola, Fabiola Reine depuis toujours, éd. Mols, 2012.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE SABRE ET LE GOUPILLON

Nombreux sont les anciens Belges qui vouent un culte à feu le roi Baudouin, l'ami de Mobutu et du Caudillo. Ce qu'on dit peu dans ces milieux c'est que "La reine c'était le roi" selon un raccourci cinglant dont André Cools avait le secret.  Le refus de signature de la loi sur l'avortement c'est elle! Sans le subterfuge de l'empêchement de régner temporaire de Wilfried Martens, c'était à coup sûr l'"abdicachion"!

Il faut lire les commentaires des internautes du Vif pour mesurer toute l'arrogance de cette castillane collet monté élevée sous le signe du sabre et du goupillon.

De quoi rendre plus aimable, par contraste, l'insipide Paola ou la mièvre Mathilde.  Elisabeth de Bavière, la reine du Concours, fut-elle notre seule souveraine digne de ce nom?

Mais ne boudons pas notre plaisir et fêtons gaiement la fête nationale, ce sera peut être la dernière.

MG

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