lundi 9 juillet 2012

JO : la position ambigüe de l'olympisme sur le voile islamique




Par Le Nouvel Observateur

La décision de la Fifa d'autoriser le port du voile islamique pour les footballeuses va t-elle pousser le CIO à clarifier sa position sur le sujet ?



Rogaya Al-Gassra lors du premier tour du 200m aux Jeux Olympiques de Pékin. (LI/CHINE NOUVELLE/SIPA)

Selon la charte olympique, toute "démonstration ou propagande politique, religieuse ou raciale" est interdite. Pour autant, cette règle n'est pas toujours respectée. Aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008, quatorze délégations comptaient des athlètes voilées dans leurs rangs. Un vrai pied de nez au Comité international olympique (CIO), qui céda pour la première fois tant il était dépassé par lé phénomène. La question refait surface à moins d'un mois des JO de Londres à l'occasion de la décision prise par l'International football association board (Ifab), jeudi 5 juillet, d'autoriser des joueuses de football à porter le voile. Cette nouvelle législation pourrait pousser le CIO à faire de même. D'autant plus que le Comité olympique est mis sous pression par d'autres acteurs. L'Arabie Saoudite a récemment demandé la création d'un label islamique pour les Jeux de Londres.

"AUCUNE SORTE DE DEMONSTRATION POLITIQUE OU RELIGIEUSE"

Le voile (ou hijab) est "un signe culturel et non religieux". Voilà comment l'Ifab, l'organisme responsable des règles du football et de leur évolution au sein de la Fifa, a justifié sa décision d'autoriser les footballeuses à porter le voile. Une manière habile de contourner les règles du Comité international olympique qui selon l'article 51-3 de sa charte, interdit toute "démonstration ou propagande politique, religieuse ou raciale". Si cette façon de poser le débat n'a pas (encore?) persuadé le CIO, elle a néanmoins convaincu la Fifa, initialement opposée à cette décision. Le Comité olympique perd là un allié de poids dans la bataille contre le voile islamique dans le sport.

"LE SPORT EST UNE FETE DU CORPS, LE HIJAB UNE STIGMATISATION DU CORPS FEMININ"

Mais le débat reste ouvert. Autant l'interdiction que l'acceptation d'athlètes voilées parait problématique. Les féministes, qui furent les premières à monter au front sur cette question, s'offusquent d'une telle décision. Pour la présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), Anne Sugier, "le sport est une fête du corps, le hijab une stigmatisation du corps féminin". Au nom de la dignité humaine, des femmes athlètes ne devraient pas se soumettre à porter une tenue qui les discrimine, d'autant plus lors d'évènements sportifs.

A l'inverse, certains défenseurs de l'universalité du sport et de l'olympisme souhaitent voir ces athlètes musulmanes participer aux Jeux de Londres. Et voient cela comme un signe d'émancipation.

Dès 1983, la question fut abordée par Simone de Beauvoir lorsqu'elle créa la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF). La LDIF ne demandait alors qu'une chose: que la charte olympique soit respectée. Cette revendication fut d'ailleurs reprise par Marguerite Duras lors des JO de Barcelone en 1992. Cela n'a apparemment pas suffit car à Pékin, en 2008, quatorze délégations comptaient dans leurs rangs des athlètes voilées. Le CIO fit alors une entorse à son règlement en considérant que le port du voile ne correspondait pas à une propagande politique ou religieuse. En réalité, la règle interdisant tout signe ostentatoire a toujours été contournée.

UN COMITE OLYMPIQUE TRES DISCRET

Certes le contexte était différent, mais lors des JO de Berlin en 1936, le IIIe Reich voyait d'un très bon œil que le salut nazi soit de rigueur sur les podiums. Plus tard, lors des JO du Mexique en 1986, les poing levés et gantés de cuir noir des athlètes américains Tommie Smith et John Carlos en soutien des Black Panthers les fit rentrer dans la légende. Récemment, lors des Jeux de Pékin en 2008, les athlètes français n'avaient pas obtenu le droit de porter un badge en signe de protestation contre les violations des droits de l'Homme de la Chine au Tibet et au Soudan. Le Comité olympique n'a donc jamais tenu une ligne claire sur le sujet.

Qu'en sera-t-il aux JO de Londres ? Sous la pression de l'Arabie Saoudite, le CIO laissera-t-elle des athlètes voilées participer à la compétition ? Auquel cas le Comité ne se saisirait pas de "l'opportunité" offerte par la Fifa de clarifier sa position pour le moins ambigüe. Pis, elle entretiendrait une certaine hypocrisie autour de la question du voile dans le sport.

Gabriel De Azevedo - Le Nouvel Observateur


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VOILE ET SALUT NAZI?

Le rapprochement entre le voile, le salut nazi ou celui des panthères noires est saisissant. Il s'agit de toute évidence d'un signe extérieur de ralliement à une idée, à des valeurs à un mouvement. On ne saurait le nier, quelle que soit la valeur accordée à cette identification par celles et ceux qui y adhèrent.

MG

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