jeudi 5 juillet 2012

Le roc de la réalité




Jean-François Kahn  Journaliste et essayiste

Le Soir

Faut-il que la gauche ait douté des Français pour leur dissimuler à ce point la vérité, pendant la campagne électorale, sur l’état réel du pays et les mesures de rigueur draconiennes qu’elle serait obligée de prendre, contrairement à tous ses engagements, pour éviter une dérive à l’italienne.
Faut-il que la droite doute d’elle-même pour que ses principaux leaders, Jean-François Copé en tête, s’opposent aussi pathétiquement à tout examen critique – rebaptisé droit d’inventaire – d’une gouvernance sarkozyste dont on n’a pas fini de payer les dégâts.

Parmi les battus, archi battus, des élections législatives en France, on trouve l’inénarrable Nadine Morano, cette « Madame sans gêne » qui se situe politiquement un peu à la droite de Gengis Khan, mais également Jack Lang, Ségolène Royal et François Bayrou.

Pour Bayrou, c’est d’autant plus rageant qu’il a, apparemment, gagné les élections présidentielles.

J’ai bien dit : « apparemment ». Car, en réalité, il a recueilli moins de 10 % des suffrages. Mais toutes les mesures qu’annonce, aujourd’hui, le vainqueur, François Hollande, sont celles que préconisait Bayrou, mais que les socialistes officiellement récusaient.

En clair : on va couper dans les dépenses publiques et ça va faire mal.

D’autant que l’on assistera, bientôt, à ce retournement inouï : la droite, elle, condamnera et dénoncera ce qu’elle exigeait hier.

Telle est la situation deux semaines après le triomphe socialiste.

Un triomphe ?

Tout au moins à lire et à écouter les commentaires de nos grands médias.

Pensez donc : à l’issue du deuxième tour des élections législatives françaises, le Parti Socialiste – qui avait déjà conquis la présidence de la

République – a obtenu une majorité absolue à lui tout seul. Et la gauche a écrasé la droite : 349 sièges contre 229 seulement. Impressionnant.

Raz-de-marée rose ?

Pas si sûr, cependant.

L’effet d’optique est, en réalité, si évident que cela mériterait de devenir un cas d’école.

Au premier tour, en effet, les droites et extrêmes droites – 48,4 % – avaient légèrement devancé les gauches et extrêmes gauches – 47,2 %.

Au second tour les gauches ont repris l’avantage : 51,17 % contre 48,49 %.

Ce n’est déjà plus tout à fait un raz-de-marée.

Or, record historique, 45,36 % des électeurs se sont abstenus et près de 4 % ont voté blanc.

D’où il résulte que les gauches triomphantes ont recueilli 26 % des suffrages des inscrits.

Pourquoi un tel niveau d’abstention ? Pour deux raisons. La première : les jeunes, en particulier les jeunes des cités, qui voulaient « dégager Sarkozy », ont considéré, dès lors que la chose était faite, que le boulot était terminé. La seconde : beaucoup d’électeurs du Front National du premier tour, dont le candidat avait été éliminé au second, ne se sont pas rendus aux urnes.

Ainsi retrouve-t-on, en pointillé, le schéma de l’élection présidentielle : une gauche qui gagne, nettement, parce que Marine Le Pen estime avoir intérêt à la défaite de la droite – l’UMP – pour provoquer son explosion.

Le Parti Socialiste aurait donc intérêt à ne pas se laisser griser par un triomphe qui est, en partie, en trompe-l’œil. Et à regarder la réalité en face.

Plusieurs constats devraient l’inquiéter : 63 % des moins de 25 ans, 56 % des 25 à 34 ans, 51 % des employés, 59 % des ouvriers se sont abstenus. Autrement dit, une nette majorité de jeunes, d’employés et d’ouvriers (et 60 % de ceux qui gagnent moins de 1.200 euros par mois) ont, à l’occasion d’un scrutin crucial, refusé de voter à gauche. Ce qui suffirait à expliquer pourquoi, dans le fief par excellence du socialisme ouvrier, pour ne pas dire ouvriériste, Marine Le Pen a frôlé les 50 % de suffrages, alors qu’un candidat qui se situe à la droite du Front National a été élu à Orange, qui fut longtemps une municipalité communiste.

A l’inverse : la majorité de ceux qui touchent plus de 3.000 euros par mois a largement voté… mais à droite.

En conséquence, une grave question se pose à l’issue de ces élections (qui ont, en revanche, consommé la débâcle du sarkozysme) : confronté à une situation économique et financière beaucoup plus dégradée que la droite, dont le bilan est calamiteux, ne le prétendait, une politique de rigueur, condition du redressement, va s’imposer. Or, pourra-t-on la mener à bien en n’ayant réussi à mobiliser que 25 % des électeurs ? Et un élargissement de cette base sociale ne s’impose-t-il pas ?

Que penser, enfin, d’un mode de scrutin qui accorde 4 sièges en tout et pour tout à des partis dont les leaders ont rassemblé 28 % des suffrages et 18 sièges à un autre (les écolos) qui n’en ont recueilli que 2,5 % ?

Est-ce la meilleure façon de revivifier notre démocratie ?



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DEMOCRATIE ROCK AND ROLL?



Ce dont nous parle, en réalité, JF Kahn dans son analyse au fluide glacial, c'est de l'ambiguïté de la démocratie Potemkine!

Démocratie Potemkine? Oui, démocratie du leurre, de l'illusion qui ferait croire à Hollande et aux siens qu'ils ont tout pouvoir sur les Français quand beaucoup leur sont hostiles.

Le scrutin majoritaire est fondé sur le principe que les Anglais nomment le Winner Takes All! Le gagnant rafle la mise et le perdant perd tout! C'est le contraire de notre  système belge (proportionnel voir l'article de wikipedia ci-dessous) qui reflète mieux le paysage politique et permet les coalitions que seul le légendaire compromis à la belge rend (ou plus exactement "rendait") acceptable. On le voit, la Flandre se rebiffe désormais contre ce système qui met à la tête du pays un premier ministre qui incarne tout ce que sa majorité déteste: il est socialiste, il est wallon, il est d'origine immigrée! Et voilà pourquoi Bart De Wever le fanfaron  radical de la droite profonde déguisé en démocrate rigolard fait un tabac dans le plat pays.  Eric Van Rompuy (frère de Herman et CD&V comme lui) est « dégoûté » par le « cinéma » auquel se livrent actuellement la N-VA et le sp.a. Le député CD&V a vivement attaqué Bart De Wever, -c'est tout à fait nouveau-  pour son« arrogance et sa prétention ». « De Wever ne s’occupe plus de politique mais seulement de stratégie électorale." « Son mépris du parlement et ses refus de débattre de BHV et de l’enseignement avec ses collègues présidents de parti et parlementaires au Sénat et au parlement flamand ont ouvert les yeux. Il était temps ».

En est-il bien sûr? Certes cette déclaration d'un des pontes du CD&V   vaut son pesant de gaufres de Liège (que De Wever a bannies désormais de son régime draconien) il n'empêche que les trois partis traditionnels flamands  (CD&V, Vld et Psa) sont aux abois

L’exécutif flamand est en pleine crise: le gouvernement flamand est très nerveux depuis quelques semaines.
Pour Carl Devos, "l’actuel gouvernement flamand est un gouvernement de transition, entre Peeters I et Peeters III ou De Wever I er... Le véritable adversaire de ce dernier n’est pas Elio Di Rupo mais l’actuel ministre-président". "Il faut redouter que les troubles continueront jusqu’au chaos car avec plus d’un an d’avance, la campagne électorale de 2014 sera lancée " (Christian Laporte)

Le Parti des Pirates qui monte qui monte en Allemagne prône quant à lui la démocratie directe sur internet. L'incident qui s'est produit à Tielt (De ouders van Kacey (15) werden het hele weekend bestookt met dreig- en haattelefoontjes) montre avant qu'il ne soit testé les limites d'un système qui permet touts sortes de dérives sur les réseaux sociaux.

Ce qui est certain, c'est que la crise de l'euro en cache une autre: la crise aigüe que traverse la démocratie en Europe et qui, si on n'y prend garde, risque de lui être fatale!

MG

COALITION OR WINNER-TAKES-ALL? A WARNING FROM BRITAIN AND GREECE

The golden age of two-party politics is over. But both countries lack the culture of political compromise credible coalitions need

Such is the traditional animus towards coalitions in this country that it is often enough for anyone seeking to prove the supposed superiority of single-party government.

 This is, to say the least, slightly ironic because it involves picking on the two democracies of any significant size in Europe that by and large have avoided multiparty government – one reason (though by no means the only one) why both seem to find it so hard to make it work even though it serves so many other countries perfectly well.

In the UK the duopoly was first broken in 1974 – the year in which Greece returned to democracy after a period of military rule. There, the impression of exclusively two-party politics was always something of an illusion created by an electoral system that also (albeit in its own way) provided a winner's bonus to one of the big two, helping to ensure that they alternated in government while the far-left (rather like the Liberals and their successors in Britain) languished some way behind in terms of votes and seats.

The reasons why are not too hard to fathom. In the so-called golden age of two-party politics, voters were more tribal and more trusting of whichever team of politicians "people like them" were supposed to vote for. With mass education, mass media and mass affluence, voters became more consumerist and more volatile – inclined to choose for themselves rather than follow the dictates of custom and class.

(...)Meanwhile, globalisation seemed to make it harder than ever for mainstream parties to deliver on their promises. All this, plus the entry into the market of political entrepreneurs offering populist solutions, ensured that disillusioned voters were even more inclined to explore alternatives to the busted flushes that they'd put up with for far too long.

That said, we should be wary of falling into the bien-pensant trap of thinking that so-called consensus democracies will always have the edge over their majoritarian equivalents. The Netherlands, so long the archetype of the former, seems increasingly unable to produce governments that work, while France – the only significant European example of majoritarianism outside the UK – offers one of the few rays of hope in what are dark days indeed.



SCRUTIN MAJORITAIRE ET SCRUTIN PROPORTIONNEL

SCRUTIN MAJORITAIRE

Le scrutin majoritaire est le mode d'élection le plus ancien et celui qui est actuellement pratiqué en France pour l'élection des députés. Il peut être uninominal (choix d'un seul nom) ou plurinominal (choix d'une liste de plusieurs noms). Ce mode de scrutin permet d'accorder le siège ou les sièges au candidat ou à la liste ayant obtenu la majorité des voix. La majorité peut être, selon les cas, absolue (plus de la moitié des suffrages exprimés) ou relative (candidat ou liste ayant recueilli le plus de voix).
 Le scrutin se déroule sur un seul tour (Ex : Grande Bretagne) ou sur deux tours (Ex : France). Dans ce dernier cas, si la majorité absolue (moyennant éventuellement un nombre minimal de suffrages) n'a pas été obtenue au premier tour, un second tour est organisé avec les candidats ayant rempli les conditions prévues (ex : pourcentage des inscrits). Le deuxième tour laisse la possibilité aux petits partis de conclure des alliances pour obtenir des élus là où ils sont les plus forts en échange de report de voix ailleurs.
Le scrutin majoritaire se pratique sur une zone géographique appelée circonscription électorale.


SCRUTIN PROPORTIONNEL

Le scrutin proportionnel permet de faire en sorte que les élus (députés, conseillers municipaux...) reflètent le plus équitablement possible la diversité des opinions des électeurs.

Chaque parti politique présente une liste de candidats au suffrage. Les sièges sont attribués à chacune des listes en divisant le nombre de voix obtenues par le quotient électoral (nombre de voix nécessaires pour obtenir un siège). Les sièges restant à pourvoir sont déterminés selon une méthode préalablement fixée. (ex : méthode du plus fort reste, méthode de la plus forte moyenne)

Il existe deux façons bien distinctes de choisir les candidats :

le vote par listes bloquées où l'électeur ne peut faire que le choix de la liste dans sa totalité. Les candidats, en fonction du score obtenu sont choisis dans l'ordre d'inscription sur la liste. C'est donc le parti qui, par l'ordre de présentation des candidats, décide de ses élus en fonction du nombre de sièges auxquels il a droit.
le vote préférentiel où les électeurs peuvent choisir au sein d'une liste un ou plusieurs candidats (différentes variantes de vote préférentiel existent). Les élus d'une liste sont choisis en fonction du nombre de voix que chacun d'entre eux a obtenu. Exemples de pays ayant adopté ce mode de scrutin : Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Italie, Belgique. Le vote préférentiel présente l'avantage de permettre une représentation plus fidèle à la réalité politique du pays.

AVANTAGES ET INCONVENIENTS
Le mode de scrutin majoritaire, par son effet d'amplification des victoires, présente l'avantage de désigner une majorité stable, en mesure de gouverner. Cependant, son principal défaut est de ne pas conférer à l'assemblée désignée une représentation fidèle du corps électoral. Le découpage par circonscription rend possible un "charcutage électoral" permettant d'éliminer des candidats "indésirables" à qui il faut beaucoup plus de voix que dans la circonscription voisine pour se faire élire.

Le mode de scrutin proportionnel est plus juste et plus démocratique mais il lui est reproché de générer une instabilité gouvernementale. Les partis qui sont en mesure de gouverner doivent souvent mettre en oeuvre des alliances ou des coalitions avec d'autres formations politiques afin d'obtenir une majorité à la chambre des représentants. Le jeu des coalitions peut donner à certains petits partis "charnières" un rôle primordial, plus important que leur poids réel, dans la constitution d'une majorité parlementaire.




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