mardi 10 juillet 2012

L'Occident est tétanisé par le printemps arabe"




Entretien Bosco d'Otreppe
"On a peur que le moindre mouvement que l’on fasse puisse aller dans un sens négatif et entrainer une radicalisation encore plus importante. Et pourtant, la peur est une si mauvaise conseillère..."

Cofondateur et directeur de l'ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center), Claude Moniquet porte un regard particulier et sceptique sur le printemps arabe. Il l'exprime avec force dans son dernier ouvrage paru "Printemps arabe, printemps pourri". LaLibre.be a tenu à l'interroger.

DES L’ENTAME DE VOTRE LIVRE, VOUS EPINGLEZ LE ROLE DE LA PRESSE ET DES MEDIAS OCCIDENTAUX LORS DE CES SOULEVEMENTS. COMMENT LE JUGEZ-VOUS ?

Il y avait beaucoup d’attentes chez les journalistes, et je pense qu’ils ont pris ce qui se passait comme l’avènement de leurs attentes. De manière assez simpliste, ils nous ont dit que de méchants dictateurs allaient partir et seraient remplacés par de gentilles démocraties. Bien sûr, j’ai remarqué quelques exceptions, dont celle de La Libre Belgique, dans laquelle j’ai lu des articles concernant la Syrie, par exemple, qui n’étaient pas dans la "ligne officielle", et où l’on donnait la parole à des chrétiens syriens qui avouaient craindre de se faire massacrer par les rebelles à la suite d’une éventuelle chute de Bachar Al-Assad. Dans sa majorité, cependant, la presse a joué un rôle néfaste tant elle a pris ses désirs pour des réalités.

VOUS TEMOIGNEZ AUSSI DE SITUATIONS TRES DIFFICILES DANS LA PLUPART DES PAYS TOUCHES PAR LE PRINTEMPS ARABE...

Chaque pays est différent, et c’est la Tunisie qui s’en tire le mieux. Mais vous y avez eu, il y a quelques jours encore, des émeutes, dans lesquelles des salafistes, donc des islamistes extrémistes, ont attaqué des bâtiments gouvernementaux, des restaurants et des cafés. Vous avez des villes dans lesquelles la consommation d’alcool est interdite, dans certaines de celles-ci on a forcé des femmes à se voiler, ce qui n’était plus arrivé depuis des dizaines d’années. On a au pouvoir un gouvernement d’islamistes et de techniciens modérés, mais sur le terrain ils sont dépassés sur leur droite.

Quant à l’Égypte, la situation est là aussi très claire. Les Frères musulmans au pouvoir ont dit qu’ils allaient respecter le droit des femmes et des chrétiens, mais qu’il était hors de question qu’une femme ou qu’un chrétien soit nommé président. Dès le départ, on classe donc les citoyens en fonction de leur genre ou de leur religion et l’on établit la supériorité des uns sur les autres. Par ailleurs, les Frères musulmans se sont aussi prononcés pour la défense des mutilations génitales féminines. Nous sommes en face de gens qui ne sont quand même pas très éclairés.

En Libye enfin, c’est le désordre le plus absolu. Des bandes armées se partagent le pays et l’on est très loin de voir naître une démocratie. Ce ne sont que quelques exemples.

ET QUE VOUS INSPIRE LA SITUATION ACTUELLE EN SYRIE ?

La situation y est compliquée et tragique. D'un côté, on a le pouvoir de Monsieur Assad qui n’a aucune légitimité et qui est un pouvoir féroce. De l’autre, on retrouve des islamistes radicaux qui, animés par la haine de la minorité alaouite dont fait partie Bachar Al-Assad, ne sont pas meilleurs. Dans leurs slogans, leur but avoué est de tuer les Alaouites et de chasser les chrétiens.

On ne peut souhaiter la victoire de Bachar, qui est un dirigeant sanguinaire, mais on ne peut non plus souhaiter une victoire des insurgés qui n’arrangera rien. Nous assisterions à des troubles entre groupes rivaux qui perdureront et feront encore beaucoup de morts. Les Alaouites représentent 15% de la population syrienne, c’est beaucoup, et les chrétiens constituent à peu près 10% de cette population. Ils ne vont pas se faire massacrer sans opposer une farouche résistance. C’est une dimension du conflit que l’on évoque assez peu chez nous.

VOILA POURQUOI VOUS DITES QUE LA DEMOCRATIE DANS CES PAYS N'EST POUR L’INSTANT QU'UNE ILLUSION ?

Dans nos pays, nous avons mis 200 ans pour construire notre démocratie. En Belgique, jusqu’en 1964, les femmes avaient besoin de l’autorisation de leur mari pour exercer un métier ou même ouvrir un compte en banque. Penser que des pays arabes, qui ont des niveaux sociaux, économiques et culturels nettement plus bas que ceux qui étaient les nôtres quand ce processus a commencé, peuvent faire en quelques mois ou quelques années le trajet que l’on a fait en deux siècles est une folie. Chez nous ils font le trajet à l'envers en une génération. C'est bien cela le drame!

Je crois que l’on a une tendance nette à confondre deux choses : la démocratie et le vote. Une fois que les gens ont voté tout va bien, pensons-nous. Le droit de vote c’est un peu l’aspiration ultime. Mais il faut commencer par bâtir une démocratie par une démocratie sociale qui établit et respecte les droits des femmes, les droits des jeunes, les droits syndicaux, les droits de liberté d’expression... Quand tout cela est établi, alors on peut passer au processus électoral. Faire l’inverse, c’est commencer à construire une maison par le toit, cela ne peut pas marcher.

ET DANS CE PROCESSUS, QUEL DOIT ETRE LE ROLE DE NOS PAYS ?

Nos pays ont joué un très mauvais rôle dans ces affaires. Quand les dictateurs étaient au pouvoir, on leur a conseillé de démocratiser leurs régimes. Mais Moubarak, par exemple, n’a jamais pris en compte ces conseils. Nous n’avons peut-être pas exercé les pressions nécessaires.

Pourtant, il y a moyen d’exercer des pressions discrètes pour ne pas mettre les gens dans des positions de faiblesse, et de dire aux chefs d’État : "on ne va pas soutenir des mouvements contre vous, mais si vous voulez compter sur notre aide économique, par exemple, vous devez faire telle ou telle réforme sur toute une série de libertés fondamentales". Nous pourrons alors associer notre aide au progrès vérifié de ces réformes.

On ne l’a pas fait à l’époque des dictateurs, et malheureusement je ne pense pas qu’on le fera maintenant parce que l’Occident est un peu tétanisé par ce printemps arabe. D'abord, il nous a pris par surprise, ensuite on l’a décrit comme la possibilité qu’il y ait moins d’extrémisme. En définitive, à l’exemple des Frères musulmans au pouvoir en Égypte, nous en constatons plus à l’arrivée. On a peur que le moindre mouvement que l’on fasse puisse aller dans un sens négatif et entrainer une radicalisation encore plus importante. Et pourtant, la peur est une si mauvaise conseillère...

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PRINTEMPS POURRI?

Constatons et confirmons que "c'’est la Tunisie qui s’en tire le mieux" malgré de récentes émeutes " dans lesquelles des salafistes, donc des islamistes extrémistes, "ont joué un rôle délétère. attaqué des bâtiments gouvernementaux, des restaurants et des cafés.

Constatons qu'en ’Égypte" les Frères musulmans au pouvoir "classent les citoyens en fonction de leur genre ou de leur religion en établissant la supériorité des uns sur les autres. De plus ils se prononcent pour la défense des mutilations génitales féminines. Ce ne sont pas des gens très éclairés." On s'en doutait un peu.

"Dans nos pays, nous avons mis 200 ans pour construire notre démocratie. Penser que des pays arabes, qui ont des niveaux sociaux, économiques et culturels nettement plus bas que ceux qui étaient les nôtres quand ce processus a commencé, peuvent faire en quelques mois ou quelques années le trajet que l’on a fait en deux siècles est une folie." Certes, mais constatons au passage que  chez nous les plus fanatiques, et parmi eux pas mal de jeunes plongent dans l'obscurantisme et font le trajet à l'envers en une génération. C'est bien cela le drame!

Dernière constatation: "l’Occident est quelque peu tétanisé par ce printemps arabe. D'abord, il nous a pris par surprise, ensuite on l’a décrit comme la possibilité qu’il y ait moins d’extrémisme. En définitive, à l’exemple des Frères musulmans au pouvoir en Égypte, nous en constatons plus à l’arrivée."

On retiendra principalement que le salafisme est de fait une forme extrême et particulièrement pernicieuse de l'islamisme politique.

Il faut le combattre la-bàs, ici, partout!

MG



LES LIBERAUX EN TETE EN LIBYE?

AFP

Les libéraux ont enregistré une "nette avance" dans les deux principales villes de la Libye.

La coalition des libéraux a annoncé dimanche être en tête dans la plupart des circonscriptions en Libye, les islamistes reconnaissant "une nette avance" de leurs principaux concurrents aux élections législatives à Tripoli et Benghazi.

"Selon les premières informations recueillies (par la coalition) la coalition est en tête dans la plupart des circonscriptions électorales", a déclaré à l'AFP Faiçal al-Krekchi, secrétaire général de l'Alliance des forces nationales, qui réunit plus de 40 petits partis autour des architectes de la révolte de 2011.

M. al-Krekchi a indiqué préférer attendre les résultats officiels de la Commission électorale, avant de donner plus de précisions.

Plus tôt, le chef du principal parti islamiste issu des Frères musulmans, a reconnu une "nette avance" des libéraux dans les deux principales villes de la Libye, Tripoli et Benghazi.

"L'Alliance (des Forces nationales) a réalisé de bons résultats dans certaines grandes villes. Ils ont une nette avance à Tripoli et Benghazi", a déclaré le chef du Parti de la justice et de la construction (PJC), issu des Frères musulmans, Mohamed Sawan.

Ces résultats concernent les formations politiques en compétition pour les 80 sièges réservés aux listes des partis politiques dans la prochaine assemblée nationale qui compte un total de 200 membres.

Pour les 120 sièges réservés aux candidats individuels, la tendance devrait être la même, dans la mesure où ces candidats sont soutenus par des partis politiques.

Plusieurs observateurs des élections à Tripoli et Benghazi, interrogés par l'AFP, ont fait état d'une "écrasante" victoire des libéraux dans plusieurs circonscriptions et bureaux de vote avec des taux dépassant parfois 90%, comme dans le quartier populaire d'Abou Salim dans la capitale.

Le décompte des voix a commencé samedi soir en Libye et la Commission électorale devrait commencer à annoncer les résultats préliminaires à partir de "lundi soir ou mardi".



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