vendredi 27 juillet 2012

Lot : le centre musulman sera flamand et intégré




Christian Laporte

L’implantation d’un centre culturel musulman dans la périphérie bruxelloise est un test intéressant pour l’intégration.

Dans la périphérie bruxelloise, le Vlaams Belang vend aussi ses idées racistes lorsque la situation communautaire locale ne se prête pas à la musculation linguistique. C’est, notamment, le cas dans la commune de Beersel, où, depuis un quart de siècle, le bourgmestre Hugo Casaer a réussi à apaiser les esprits en misant largement sur la carte européenne. On comprend dès lors que l’extrême droite flamande ait sauté très vite sur le projet de création et d’implantation, à Lot, d’un centre culturel musulman, à l’initiative du CICVB, en l’occurrence le "Cultureel en islamitisch centrum voor Vlaams Brabant".

D’autant plus qu’ils étaient tombés sur un dépliant qui l’évoquait, horresco referens, en français et en arabe. Les Belangers demandaient même la convocation d’un conseil communal extraordinaire pour bloquer l’initiative derrière laquelle ils voyaient - forcément - des mains extrémistes. Le VB a en tout cas créé une certaine peur puisque diverses associations, notamment environnementales, ont déploré que les autorités locales se claquemurent dans un surprenant mutisme.

La majorité composée du CD&V, du SP.A, de Groen ! et de la N-VA est cependant montée au créneau mercredi. Le bourgmestre et les quatre présidents des partis de la majorité ont annoncé qu’avant de prendre position, il fallait à tout le moins consulter les initiateurs du projet.

Ce qui a finalement été fait. "Il était trop facile de tomber dans des préjugés, sans savoir de quoi il sera question" explique le bourgmestre. Et la majorité a fort bien fait, semble-t-il, puisqu’on est loin de ce qui avait été annoncé par l’extrême droite.

"Tout d’abord, il s’agira d’un projet à petite échelle qui est porté par des citoyens de Beersel. Ce sont des immigrés de la deuxième et de la troisième générations qui parlent un néerlandais convenable. Mieux, leurs enfants sont scolarisés en néerlandais aussi. En fait, l’idée est de créer un espace de rencontre pour la communauté musulmane beerseloise." Ce n’est sans doute pas un hasard si celle-ci se trouve, notamment, du côté de la partie la plus industrielle de l’entité, en l’occurrence Lot, qui jouxte le canal Bruxelles-Charleroi.

Hugo Casaer tient aussi à préciser que ce ne sera pas une mosquée et qu’il n’y aura donc pas d’imam. "Les promoteurs du projet veulent permettre aux musulmans pratiquants de suivre les prescrits religieux sans devoir pour autant se rendre à Bruxelles où il n’y a que des institutions francophones pour les accueillir".

Et de préciser qu’à Lot, les deux seules langues de rigueur seront le néerlandais et l’arabe. "Cela aura un autre avantage qui nous a séduits : le centre pourrait aussi organiser des cours de langue, notamment de néerlandais et d’arabe, et créer une école de devoirs pour piloter les plus jeunes vers leur intégration définitive. En cela, la commune se retrouve aussi totalement puisque ces idées rejoignent notre parcours d’intégration communal. Et il n’y a pas de danger qu’il y ait un effet aspirateur d’immigrés bruxellois puisque les initiateurs nous ont bien confirmé que ce serait un projet beerselois par et pour des Beerselois".

Le bourgmestre se veut enfin apaisant pour les obsédés du linguistique : "les communications se feront exclusivement en néerlandais et toutes les inscriptions extérieures seront uniquement rédigées dans la langue de la région. Car le futur centre veut vraiment jeter des ponts entre les musulmans locaux et l’ensemble de la population locale".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES EXTREMISTES PARLENT AUX EXTREMISTES

Un lecteur lettré commente: "Dire, comme le fait M. Laporte, que l'installation d'un centre musulman est " un test intéressant pour l'intégration " est une énormité car il n'y a pas pire obstacle a une ( vraie ) intégration que la pratique d'une religion dont les fondements essentiels sont le contraire de nos valeurs démocratiques. A moins que cela ne soit ce que voulait dire M. Laporte ?"

Quelle caricature de la religion! Le drame c'est que ladite religion se présente plus couramment sous sa forme caricaturale, islamiste, salafiste que sous sa forme la plus élevée: islam des lumières, de l'ouverture et de la tolérance. Les musulmans les plus critiques, les plus engagés, les plus érudits que j'aie rencontrés sont d'une tout autre farine. L'un d'eux s'est fait traiter de "peu représentatif" par une haute autorité politique bruxelloise qui à l'évidence donne la préférence à l'islam communautariste facile à fidéliser dans un rapport de clientélisme, autrement dit d'asservissement.

Les extrémistes musulmans donnent le ton et ils  parlent aux extrémistes nationalistes, leurs alliés stratégiques.


"... parlent un néerlandais convenable ...", "... deux seules langues de rigueur seront le néerlandais et l’arabe...", "...pas de danger qu’il y ait un effet aspirateur d’immigrés bruxellois...". La tolérance venant de Vlaanderen a comme un goût de je ne sais quoi ..."

En effet,  ce dernier commentaire est d'une rare pertinence. De même qu'on disait aux States au 19 ème siècle qu'un bon indien était un indien mort (général Philip Henry Sheridan) , on a tendance à penser en Flandre qu'un bon immigré est un immigré qui parle flamand (non nous ne disons plus néerlandais, à dessein). Donc il s'agit surtout de " permettre aux musulmans pratiquants de suivre les prescrits religieux sans devoir pour autant se rendre à Bruxelles où il n’y a que des institutions francophones pour les accueillir".

On ne peut pas dire et on ne dira pas que Christian Laporte soit un extrémiste. Comme Béatrice Delvaux du Soir, il prône avec beaucoup de talent et un bel engagement un rapprochement entre flamands et francophones par une meilleure connaissance mutuelle. L'intention est louable, admirable même. Mais voilà: elle ne prêche que les convaincus. En attendant le climat se détériore et il suffit de tendre l'oreille pour écouter les conversations sur les terrasses de Bruxelles, de Namur, de Mons ou de Louvain pour mesurer le niveau d'exaspération qui domine parmi les belgo-belges à savoir Flamands, Wallons et Bruxellois. Cela n'augure rien de bon.

MG




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