mercredi 4 juillet 2012

Repenser la dépense




Jacques Attali

paru dans L'Express


Quand les revenus d’une personne, d’une famille, d’une entreprise, d’une association, d’une université, d’un hôpital, ou d’une collectivité publique stagnent ou baissent, la réaction naturelle de celui qui tient les cordons de la bourse est de refuser de réduire les dépenses, de chercher à tout faire pour augmenter ses revenus : et s’il n’y parvient pas, de s’endetter pour maintenir son niveau de vie. Jusqu’à ce que cela devienne impossible.

C’est désormais le cas, en occident, pour la plupart des gens et des organisations : la dette a atteint un niveau tel qu’il faut la réduire avant qu’elle ne conduise à la faillite.

Beaucoup pensent alors que, pour la réduire et pour vivre selon ses moyens, va s’imposer au mieux la rigueur ou l’austérité ; et au pire une réduction massive du niveau de vie.

Ce raisonnement est faux, parce qu’il refuse de voir qu’il est possible d’atteindre le même niveau de services avec moins d’argent ; en repensant les dépenses.

Il ne s’agit pas évidemment de dire aux plus pauvres qu’ils doivent manger moins. Ni à ceux qui sont confrontés à des dépenses contraintes (pour se transporter, se former ou s’instruire) de les réduire. Ce qui suit ne concerne donc que ceux des citoyens qui, à partir d’un certain niveau dans la classe moyenne, peuvent réfléchir à faire aussi bien avec moins. Et cela concerne aussi toutes les entreprises ; tous les ministères, toutes les organisations.

Chacun d’entre nous doit donc se poser ces questions simples et radicales : ne peut on réduire sa consommation d’énergie ? Ne peut-on acheter autrement sa nourriture ? ses vêtements ? Ses vacances ? Ses livres ? Sa musique ? Chacun d’entre nous aurait beaucoup à gagner à se livrer honnêtement à cet exercice. Il s’apercevrait qu’il y a dans les budgets les mieux tenus d’innombrables économies possibles ; et utiles, même si elles sont minuscules.

Chaque entreprise doit aussi se demander comment rendre le même service en repensant totalement son organisation. En accélérant la mise en place du progrès technique, en particulier de l’informatique ; en regroupant des services, en mettant en concurrence des fournisseurs, en gérant mieux ses frais généraux.

Chaque ministère peut et doit en faire autant : au lieu de réclamer plus de moyens au ministre du budget, qui ne peut que les refuser, chaque ministre dépensier devrait, en particulier dans la préparation qui commence du budget 2013, réfléchir très concrètement à ses missions, repenser très audacieusement son organisation, et concentrer les aides qu’il distribue sur ceux qui en ont vraiment besoin.

Les universités, les hôpitaux, les mairies, les régions, les coopératives, les syndicats, les associations doivent en faire autant.

Repenser la dépense doit devenir le mot d’ordre absolu. Si chaque famille, chaque entreprise, chaque commune, département, région, ministère, université ou autres se lançait dans cet examen (qu’on appelle parfois, en langage de consultant, le « budget base zéro »), l’économie aurait plus de compétitivité, la vie serait plus agréable, le poids de la dette diminuerait, la société irait beaucoup mieux.

Encore faut-il avoir le courage d’affronter les rentes, de dénoncer les petits arrangements entre amis, d’accélérer les réformes.

Naturellement, cela suppose de mettre en place des moyens d’accompagnement, pour favoriser les transitions et pour ne pas avoir à défendre des emplois dépassés en se donnant les moyens, par une efficacité renouvelée, d’en créer de nouveaux, plus intéressants, plus utiles ; plus valorisants.

Le moment est venu de le faire ; comme tous les grands rendez-vous, cela constitue à la fois une nécessité et une opportunité. Maintenant. Ou jamais. Jacques Attali

DES ALLEMANDS NUDISTES PRENNENT D'ASSAUT UN SUPERMARCHE




Plusieurs dizaines d'Allemands et de Danois étaient prêts à tout ou presque samedi 16 juin pour recevoir des bons d'achats remis aux premiers clients qui se présenteraient nus comme des vers à l'ouverture d'un supermarché du nord de l'Allemagne. Quand les portes du magasin ont ouvert à 10 heures locale (8H00 GMT), environ 70 nudistes ont envahi les rayons d'un supermarché discount de la localité de Süderlügum à la frontière germano-danoise, a expliqué un fonctionnaire de la police de Leck. Le magasin avait promis d'offrir des bons de 2.000 couronnes (270 euros) aux 100 premiers de ses clients, Allemands et Danois pour la plupart, qui ont immédiatement remplis leurs chariots d'aliments et de boissons en tous genres, sous le regard de quelque 250 badauds.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MONOTHEISME DU MARCHE

Cette image saisissante de nudistes envahissant un supermarché est comme une métaphore de l'intégrisme du "dieu marché" qui gouverne notre société dont la finalité est le profit et l'hyperconsommation. "Prêts à tout ou presque samedi pour recevoir des bons d'achats"

"Monothéisme du marché!" L'expression est de Roger Garaudy le maudit, ce galleux de révisionniste dont on a annoncé, démenti puis confirmé le décès à près de cent ans, comme Levy Strauss ou Fontenelle.

Cet intellectuel complexe, antisioniste, accusé de négationnisme et converti à l'islam comme Cousteau ou Béjart n'avait pas tout faux sur tout, surtout pas quand il écrivait dans "l'Appel aux vivants" (198O) :

"Si nous continuons à vivre les trente années qui viennent comme nous avons vécu les trente années écoulées, nous assassinerons nos petits enfants"

"La spirale de gaspillage des ressources naturelles à laquelle nous assistons depuis, conjuguée à l'escalade des techniques de destruction violente, accule l'humanité au suicide." L'accélération actuelle de la crise de civilisation que nous traversons oblige l'Occident à une remise en question radicale dont il ne veut pas.

Attali, comme presque toujours, a raison: il faut apprendre de toute urgence à dépenser autrement. "Chacun d’entre nous doit donc se poser ces questions simples et radicales : ne peut on réduire sa consommation d’énergie ? Ne peut-on acheter autrement sa nourriture ? ses vêtements ? Ses vacances ? Ses livres ? Sa musique ? Chacun d’entre nous aurait beaucoup à gagner à se livrer honnêtement à cet exercice. Il s’apercevrait qu’il y a dans les budgets les mieux tenus d’innombrables économies possibles ; et utiles, même si elles sont minuscules." "Repenser la dépense doit devenir le mot d’ordre".

"Je dépense donc je suis" avait écrit le tagueur fou en face d'une succursale de Delhaize de mon quartier.

Cela veut dire en clair changer de vie, changer ses objectifs ses finalités. Réformer les fins plus que les moyens.

Selon Dennis Meadows et beaucoup d'autres, il y a des limites à la croissance qu'il considère qu'on a dépassées largement depuis les années septante. Mais attention nous dit-il, "lorsqu’ils se sentent en péril, les humains préfèrent souvent l’ordre autoritaire à la liberté."

Et on sent bien que là est la menace qui point à l'horizon.

On imagine difficilement la démocratie survivant à un effondrement du capitalisme.  Qu'on le veille ou non, on s'achemine vers un échec de la démocratie, le jour où l'état providence ne pourra plus être financé par la dette.  Il se pourrait qu'arrivé à cette extrémité, sans doute plus rapidement que beaucoup ne l'imaginent, un système plus musclé  de droite ou de gauche ou qui sait une dictature verte nous imposera sa rigueur, son extrême austérité.

MG


« LES LIMITES A LA CROISSANCE ».

« Les limites de la croissance (dans un monde fini) », édition Rue de l’échiquier

Dennis Meadows fut un des auteurs en 1972 d’un célèbre rapport au titre prémonitoire : « Les limites à la croissance ». Une problématique tout ce qu’il y a d’humain : la croissance infinie est impossible ; alors, chers humains, ou bien vous vous calmez, ou bien des forces qui vous dépassent vont se charger de le faire à votre place. Et il risque de vous en cuire.

DE LA CROISSANCE QUANTITATIVE A LA CROISSANCE QUALITATIVE


Le brûlot réactualisé en 2004 vient enfin de paraître en traduction française (« Les limites à la croissance », édition Rue de l’échiquier, 25,36 €). Dennis Meadows, de passage à Paris, en juin 2012 :

« A l’époque, on disait qu’on avait encore devant nous quarante ans de croissance globale. C’est ce que montrait notre scénario. Nous disions aussi que si nous ne changions rien, le système allait s’effondrer. »

Quarante ans plus tard, LE SYSTEME S’EFFONDRE.

Logique simple, mais implacable : un système fondé sur une croissance exponentielle ne peut survivre à l’arrêt de cette croissance.

Pour Dennis Meadows, la dislocation d’empires libéraux comme l’Union européenne, les bouleversements climatiques, les pénuries de ressources naturelles, les manques alimentaires sont plus des symptômes que des problèmes.

« Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. »

LA SORTIE DE CETTE CRISE DE LA « GRANDE PERDITION » PASSE INEVITABLEMENT, NON PAR LA TECHNOLOGIE, MAIS PAR DES « MODIFICATIONS SOCIALES ET CULTURELLES ». Il va falloir passer, dit notre empêcheur de croitre en rond, de la croissance quantitative à la croissance qualitative.

« Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement. »

ADDICTIONS SUICIDAIRES

Le problème est que nos benêts de responsables politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Une question d’addiction, selon Dennis Meadows, non seulement des responsables eux-mêmes, mais aussi des ouailles intoxiquées dont dépend leur pouvoir.

« La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. »

Les crises, les catastrophes climatiques, les pénuries alimentaires sont les moyens qu’utilise la nature pour mettre un frein à nos folies. Des armes peut-être pas très éthiques ou morales, mais diablement efficaces. Comme en témoigne ce graphique implacable sur le PIB français par habitant au fil des dernières décennies (merci à Olivier Berruyer) :

Evolution du PIB français par habitant

Dennis Meadows ne cache pas les risques de menace qui pèsent sur nos institutions démocratiques – européennes en particulier – selon ce « principe immuable » qui veut que, lorsqu’ils se sentent en péril, les humains préfèrent souvent l’ordre autoritaire à la liberté.

LA RESILIENCE EST EN CE JARDIN...

Mais il est un moyen presque instinctif, une sorte de réflexe de survie, qui permet de résister à cet effondrement systémique : la « résilience » qui est la capacité à vivre « en surmontant les chocs traumatiques, l’adversité » (Petit Robert).

Dennis Meadows recense six manières d’améliorer notre résilience et qui dépendent autant de décisions individuelles que collectives :

« les tampons » qui permettent de tenir pendant l’orage (les stocks de nourriture, le potager...) ;
la quête d’efficacité (les voitures hybrides, le covoiturage) ;
les barrières de protection (les digues autour de Fukushima) ;
le « réseautage » qui affranchit des satanés « marchés » ;
la surveillance pour comprendre ce qui se passe et y faire face ;
la redondance qui consiste à prévoir plusieurs portes de sortie au cas où l’une d’entre elles viendrait à se boucher.
Bon, c’est pas tout ça, il faut que je vous laisse. Je file à mon jardin voir où en sont mes radis, mes patates et mes salades...

ALLER PLUS LOIN

Commentaires d'internautes

"J’ai l’impression que beaucoup de gens veulent à tout prix oublier que les ressources sont en quantités limitées. La saturation, ça va faire très mal.


"Le problème c’est justement qu’on veut à tout prix maintenir la croissance sous perfusion à grands coups de planche à billets dont en plus l’argent n’est pas réinvesti dans l’économie réelle mais sert juste aux financiers à continuer les mêmes conneries qu’avant, maintenir artificiellement la valeur des actifs et augmenter le prix des matières premières .

C’est double-peine, non seulement on a une récession de l’économie réelle, le chômage ne baisse pas, les salaires n’augmentent pas mais les prix eux augmentent à cause de la spéculation sur matières premières, en premier lieu celui des denrées alimentaires, créant au passage des risques de famine dans les régions les plus vulnérables."

" Il s’agit ici de parler d’un problème fondamental : que vous croyez en une croissance perpétuelle ou que vous reconnaissiez qu’il y a alternance de périodes de croissance et de périodes de crise (mais que donc vous pensez quand même que peu ou prou la croissance finira toujours par revenir après correction plus ou moins profonde), vous allez finir par vous prendre un mur infranchissable en pleine gueule ; ce mur, c’est celui de la finitude du système dans lequel vous évoluez et surtout des ressources que ce système propose; ces ressources, inévitablement, s’épuisent.
La spéculation est un multiplicateur d’emmerdements, pas l’emmerdement fondamental.
Supprimez les spéculateurs (je n’ai pas dit physiquement) et vous aurez toujours le même problème sur les bras ; en reculant, certes, l’échéance finale mais l’échéance inéluctable sera toujours là."



"C’est surtout ce dogme de la croissance permanente à tout prix que je conteste, mais sinon la croissance sur le long cours peut reposer sur d’autres activités qu’uniquement l’exploitation des ressources naturelles. Mais sur le fond je suis d’accord. L’Histoire est parsemée de crises graves (pour l’humanité, pas uniquement pour l’économie) ayant succédé à des périodes de prospérité. Ce coup-ci ce sera peut-être une pénurie, une guerre ou autre chose. À la fin du Moyen-âge la peste noire a décimé entre un tiers et la moitié de la population européenne en 5 ans, rien ne dit que ce genre d’évènement ne se reproduira pas, ce n’est pas parce que ça fait 50 ans qu’on connait la paix et une prospérité croissante que ça ira forcément toujours mieux."







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