mercredi 25 juillet 2012

Verhofstadt: « Le génocide du Rwanda fut ma révélation »



BEATRICE DELVAUX



« Un homme politique ne doit pas suivre la vague », confie Guy Verhofstadt. En passe de sortir le livre « Debout l'Europe », écrit avec son ami et collègue Daniel Cohn-Bendit. Un manifeste pour plus d'Europe.


Guy Verhofstadt (59 ans) est en passe de frapper un grand coup. Avec Daniel Cohn-Bendit, l'ex gourou de mai 68, son « collègue » du Parlement européen mais surtout désormais, son ami. Le premier octobre, leur livre « Debout l'Europe » va débarquer dans les librairies d'Europe en six langues. Un « Manifeste » pour plus d'Europe, qui servira de point de départ à une plateforme politique fédéraliste – encore à imaginer –, la première du genre, en vue des élections européennes. Il sera lancé à Bruxelles et présenté ensuite à travers l'Europe. Il comprend deux parties : le manifeste d'abord et une interview « making of » ensuite des deux auteurs, réalisée par le, journaliste français Jean Quatremer. « Verhof la révolte » est de retour. Et, comme toujours dans son histoire, son combat est fougueux, part de lectures, d'une rencontre et aboutit dans un texte pour forcer à l'action.

Les livres qui l’ont influencé

Au cours de l'entretien, Guy Verhofstadt a cité un certain nombre de livres qui ont été des références pour lui. Comme « Le Loup des steppes « de Hermann Hesse, « Demain le capitalisme » de Henri Lepage, « The Road to Serfdom » de Hayek, « The Open Society and its Enemies » de Popper, « The Public Choice » de Buchanan, l'article « J'accuse » de Zola pour terminer par le dernier livre en date à le mettre sous influence, « Why Nations Fail » de Acernoglu et Robinson.

Durant sa traversée du désert de 1996, lorsqu'il se retire de la vie politique, sa plongée dans les livres sera bien plus large. A 45ans, il découvre les maîtres du XXème siècle, comme « A la recherche du temps perdu » de Proust, « Ulysse » de James Joyce, œuvre décisive pour comprendre la vie sensitive de notre mémoire, puis tout Céline, tout Stendhal. « La divine comédie » de Dante, « Faust » de Goethe. Sans oublier les auteurs sud-américains dont le réalisme magique le marque. Il lit aussi des écrivains américains et russes, avec une préférence pour Dostoïevski. Sans oublier les Belges, dont l'incontournable Hugo Claus (« Le Chagrin des Belges » ) qui devient son ami. Il se plonge encore dans la littérature française du XIXème siècle. (Extrait de « Numero Uno » Olivier Mouton et Boudewijn Vanpeteghem Editions Racine)

C'est à Gand qu'il nous reçoit pour nous expliquer ce qui a fait de lui, apôtre du libéralisme, un rebelle européen. « J'aime vivre ici, c'est ma ville, un beau mélange avec une grande université, de l'industrie, une vie culturelle. » Il va bientôt quitter sa maison de maître de 1788 pour s'installer dans ce centre ville dont il a toujours rêvé, maintenant que ses enfants, Charlotte et Louis sont à l'université. Il y a acquis une maison d'époque, rouge sang de bœuf, les pieds dans l'eau, qui fut le premier tribunal des Comtes de Flandre.

C'est l'heure du petit-déjeuner. Il est décontracté. Il va éclater de rire, souvent. Taquin, grave, révolté, spontané. Très touchant. Demandant plus d'une fois grâce pour cet « examen psychiatrique » qui lui est infligé alors qu'il s'est jeté dès l'université à l'assaut du monde, avec la volonté de le changer, sans réfléchir son mouvement. Mu moins par une ambition de carrière que par des visions puisées dans des lectures et des rencontres.

Ce ne sont d'ailleurs pas des photos qu'il exhibe pour illustrer ses racines élémentaires- nous les identifierons après avec lui – mais des livres. Le Loup des steppes de Herman Hesse, Demain le capitalisme de Henri Lepage, The Road to Serfdom de Hayek, The Open Society and its Enemies de Popper, The Public Choice de Buchanan, J'accuse de Zola pour terminer par le dernier en date à le mettre sous influence, Why Nations Fail de Acernoglu et Robinson.

Son épouse est à la maison ce matin là. Dominique Verkindere, bras droit de Philippe Herreweghe, le directeur du Collegium Vocale, chœur baroque de réputation mondiale, a toujours mené sa vie parallèlement à celle de l'ex-Premier ministre et ex-président de parti. Un roc à ses côtés mais sans visibilité publique. Délibérément. Pas trop lourd de vivre avec une conscience européenne ? Elle réfléchit et répond doucement : « C'est une vie bouleversante, surtout pour lui. Parce qu'il doit voyager beaucoup. C'est plus difficile que la politique belge pour arriver à un changement. Mais il a beaucoup de courage, il va y arriver je pense. » On se prend à avoir envie qu'elle ait raison.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PUS EST EN NOUS : "L'IDENTITE EST TOUJOURS MULTIPLE"

"Et, comme toujours, son combat est fougueux, part de lectures toniques, d'une rencontre et débouche un texte pour pousser, forcer à l'action."

Daniel et Guy, les deux font la paire. Ce duo super-européen, tout à fait "imprévisible", se compose d'un écolo franco-allemand, pape de la contestation soixante-huitarde et de l'ancien Baby Thatcher, ex premier ministre flamando francophone, pape du libéralisme.
Leur  point commun: un anticonformisme digne de gentlemen excentriques anglais, un cosmopolitisme chevillé au corps, un goût forcené de la contestation, de la politique et surtout de la provocation, une intelligence vive et créative.

Qu'on les déteste ou qu'on les adore, ces deux indignés ne sauraient nous laisser indifférents.

Ils sont l'exact contraire des Le Pen, De Wever, Wilders et autres nationaux populistes aux dents longues:"Le problème avec le nationalisme, ce n'est pas que les gens se sentent flamands, mais qu'être flamand ne fonde pas notre identité" affirme Guy Verhofstadt dans sa longue et passionnante interview au Soir introuvable sur le net. Et d'ajouter avec force et conviction: "L'identité est toujours multiple."

"C'est que quand les nationalistes regardent la nationalité uniquementsous l'angle ethnique, linguistique ou religieux, ils cherchent à opposer les citoyens: nous et les autres. Ils ne voient l'humanité qu'à travers les yeux du groupe dans lequel ils vivent.

(...) Être flamand est un très mauvais concept pour organiser la société. L'identité est multiple par définition.

(...) Moi je me sens profondément européen.

J'ai le sentiment d'appartenir à une civilisation européenne, la même d'ici à la Volga.

Elle existe et se vit à travers la culture, la littérature, l'architecture européenne bien plus que par les Etats-nations.Ceux-ci ont fait éclater cette civilisation au risque de la faire disparaître.

Une vie en commun homogène? C'est devenu une réalité minoritaire et le sera de plus en plus. La thèse nationaliste est à l'opposé de la réalité.
Mais elle entend bien s'imposer et c'est ce qui crée les tensions dans notre société. Les thèses monoculturelles, et mono ethniques selon lesquelles il faudrait redouter un monde globalisé et se retirer sous la coupole de la communauté locale qui va vous protéger, sont tout simplement des contre-vérités.

Il y a encore beaucoup de pain sur la planche d'ici à 2014.

Ce sera une rude bataille où pour la première fois les fédéralistes européens vont devoir s'organiser pour vaincre les eurosceptiques et remporter les élections.

L'Europe souffre parce qu'il n'y a pas assez d'Europe. Il faut un saut en avant."(Guy Verhofstadt)

Plus d'Europe donc parce que "plus est en nous"!

MG



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