dimanche 5 août 2012

Chacun sa vie




Christine Laurent - Rédactrice en chef du Vif/L'Express

Sous ses allures bonhommes et un rien débonnaires, ce n'est pas un tendre, Richard Miller. Quand il sort de sa tanière pour livrer un combat contre un adversaire politique, c'est tous crocs dehors. Il mord et là où ça fait mal.

Pour preuve, l'interview musclée qu'il nous a accordée cette semaine avec pour cible privilégiée le « PS des richards » et « ses archaïsmes » qu'il rêve de voir éjectés de l'histoire contemporaine. « Le socialisme est complètement dépassé, c'est un courant idéologico-politique qui n'a pas su se ressourcer [...] En quoi Elio Di Rupo peut-il encore estimer qu'une politique socialiste est mise en oeuvre ? Tout cela est devenu totalement anachronique », s'insurge-t-il.

Et si, au-delà de la polémique, le MR avait raison ? « C'est l'esprit socialiste, l'appareil socialiste, la façon socialiste de travailler qui sont le vrai problème », assène-t-il. Et le libéral d'enfoncer le clou : « La N-VA, ce parti malfaisant, a l'indépendance de la Flandre inscrite à l'article 1er de ses statuts. Au PS, c'est la lutte des classes. » Diable ! c'est ce qu'on appelle ne pas mâcher ses mots. De fait, il n'est pas le seul à fustiger la gauche. Des intellectuels, des politologues « rouges », comme Raffaele Simone ( Le Monstre doux, Gallimard), un peu partout en Europe, s'inquiètent de l'évolution d'un courant qui, lentement, mais sûrement, s'enkysterait dans une vision très xixe siècle de la société. Certes, la crise, déjà, a déquillé quelques adages. Mais les partis politiques, toutes tendances confondues, ont-ils bien mesuré combien la société d'aujourd'hui s'affiche radicalement différente de celle d'hier ? Les droites gèrent les peurs, les gauches, les humiliations, dit-on. Et si ce n'était pas aussi simple ? A l'aube du IIIe millénaire, toutes les espérances n'ont-elles pas été fragilisées, la chute du mur de Berlin ébranlant sérieusement la doctrine socialiste, le tsunami économique, les certitudes libérales ?

Quelle fidélité aux partis désormais pour des raisons idéologiques ? Au sein des états-majors, ne s'inquiète-t-on pas, à juste titre, de la disparition massive des militants, des vrais, la foi du charbonnier chevillée au corps ? Sans parler de l'affaiblissement réel des syndicats, des coopératives, des associations en tout genre ? Place aux citoyens émancipés et avertis ! Quels discours pour les séduire ? Quels projets pour les convaincre ? Quelles recettes, quelles suggestions, quelles perspectives pour l'avenir ? Mystère. Alors que les partis, au fil du temps, se sont emparés du pouvoir, allant jusqu'à le confisquer, l'idéologie, elle, reste en berne. Où sont les conceptions nouvelles pour assurer l'émancipation de tous, la sécurité sans laxisme, la lutte contre l'inégalité par l'entraide, le soutien de la recherche, d'un enseignement de qualité ? Où en est donc ce réformisme tant espéré de gauche comme de droite et qui soit à la hauteur des attentes d'un monde moderne qui se veut individualiste, consommateur et mondialiste ?

Que dire du clientélisme qui, hélas !, sévit encore un peu partout ? Et de la particratie, ce mal belge, comme nous l'avions dénoncé dans notre édition du 11 mai dernier et qui voit, en 2012, le PS et le CDH se partager 80 % des postes de top managers de l'administration wallonne ? Combien sommes-nous trop souvent à ne plus nous sentir représentés, entendus, respectés par des élus de tous bords, qui planent bien loin de nos réalités quotidiennes ? Chacun sa vie ! « Les gens ne pensent pas, ils ressentent », prétendait Margaret Thatcher. Le ressenti aujourd'hui, c'est l'appauvrissement des classes ouvrières et l'angoisse du déclassement des classes moyennes. Et que nous soyons de gauche ou de droite, si nous croyons parfois entrapercevoir le tournant, nous ne voyons toujours pas le chemin.

CHRISTINE LAURENT



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

POUR UN SYNDICALISME PLUS RESPONSABLE

Richard Miller tire à boulets rouges (ou plus exactement à boulets bleus) contre le parti d’Elio. Normal tous deux sont en lice pour remporter les élections en octobre prochain à Mons.

Cela dit, l’attaque du libéral montois est franche et son discours musclé. Il se bat à visière découverte comme un Saint George fustigeant le doudou à la ducasse.

C’est de bonne guerre. Ce qui interpelle sans doute le plus est l’attaque contre les syndicats de tendance socialistes jugés anachroniques et irresponsables. C’est là sans doute le talon d’Achille du parti d’Elio, celui qui entrave le plus la bonne marche de son plan Marshal.

Ceci dit, si on essaye de prendre un peu de hauteur, on constatera que ce qui freine la Belgique et l’empêche de rejoindre les meilleurs élèves de l’Europe c’est le bras de fer entre les néo libéraux de Bart De Wever et les sociaux conservateurs d’Elio Di Rupo.

Il se pourrait bien que la N-VB de Bart essuie un camouflet historique en octobre prochain. Si De Wever devait perdre la bataille électorale d’Anvers, sa crédibilité en prendrait un solide coup. Il semble très confiant dans son succès !

Cette interview nous donne un avant goût de la redoutable campagne électorale qui va s’étirer jusqu’aux élections régionales tant redoutées de 2014. Ce sera une période très difficile pour la Belgique et le gouvernement Di Rupo.

Le bruit a couru que Albert II démissionnerait le 21 juillet 2012.

Peut-être a-t-il souhaité tenir jusqu’en 2O14, date buttoir entre toutes.

Wait and see.

MG


RICHARD MILLER : "EN QUOI DI RUPO FAVORISE-T-IL LA LUTTE DES CLASSES ?"

Richard Miller (MR) agite le chiffon rouge sous les yeux du Premier ministre socialiste. Le député wallon et sénateur montois fustige le PS des… "richards", renvoie avec pertes et fracas le socialisme et la lutte des classes aux oubliettes de l’Histoire Et appelle le MR à investir dans un syndicalisme… responsable. Interview

( …)le syndicalisme doit absolument évoluer.

Et ce n’est pas Richard Miller qui le dit aussi. Je prends acte des résultats des dernières élections sociales. Ils traduisent un indiscutable tassement du syndicalisme traditionnel de gauche incarné par les deux principales organisations syndicales, et la montée d’un syndicalisme libéral en tant que réponse aux besoins sociaux du nouveau modèle de société.

Cela, c’est le résultat d’un choix des travailleurs eux-mêmes : ce sont eux qui optent pour un syndicalisme plus responsable.

QUE REPROCHEZ-VOUS AU JUSTE À CE "SYNDICALISME TRADITIONNEL DE GAUCHE" ?

De pousser les travailleurs dans des combats souvent dérisoires, impossibles à justifier auprès de la population et qui se retournent in fine contre les intérêts des travailleurs eux-mêmes.

SE BATTRE POUR LE MAINTIEN DE L’INDEX, POUR LA SAUVEGARDE DES DROITS À LA PENSION, CE SONT DES COMBATS DÉRISOIRES ?

Non. Le MR n’a d’ailleurs jamais exprimé la moindre volonté de toucher à l’index. Par contre, les grèves aux TEC ou dans nombre de services publics sont devenues anachroniques. Elles évitent de poser la vraie question à propos des services publics : ils sont à repenser, totalement.

LE SEUL SYNDICALISME QUI TROUVE GRÂCE AU MR N’EST-IL PAS EN RÉALITÉ CELUI QUI SERAIT "À LA BOTTE" DU PATRON ?

Nos adversaires peuvent nous reprocher ce qu’ils veulent, mais personne ne peut aller à l’encontre du mouvement de l’Histoire, qui va vers une plus grande autonomisation et individualisation du travail.

N’EST-CE PAS LA LUTTE DES CLASSES QUI EST PLUTÔT À RÉINVENTER, AU LIEU D’ÊTRE BONNE À JETER ?

Le socialisme est complètement dépassé, c’est un courant idéologico-politique qui n’a pas su se ressourcer. Constater que l’article 1 des statuts du PS proclame toujours la volonté de favoriser la lutte des classes me fait chaque fois sourire. Franchement, en quoi Elio Di Rupo favorise-t-il la lutte des classes ? En quoi peut-il encore estimer qu’une politique socialiste est mise en œuvre ? Tout cela est devenu totalement anachronique.

LE PS EST LE PROBLÈME EN WALLONIE ?

C’est l’esprit socialiste, l’appareil socialiste, la façon socialiste de travailler qui sont le vrai problème. Avec en prime, cette espèce de bonne conscience qui permet d’affirmer que l’on travaille pour la justice sociale…

Il est tout de même hallucinant, inexplicable, de voir à la tête des grandes entreprises publiques des personnes qui se disent socialistes et dont le salaire équivaut à celui de vingt ou trente familles. Même le gouverneur de la Banque nationale (NDLR : Guy Quaden) était socialiste. Vous imaginez ? Dans ma région, très, très souvent, une belle maison est habitée par un socialiste.

Et le 1er mai, ces gens-là, rose au poing, vont chanter l’Internationale parmi les camarades. Faut qu’on m’explique.

LA FAMILLE SOCIALISTE SERAIT-ELLE DEVENUE CE FACTEUR D’IMMOBILISME QUE L’ON FAISAIT ENDOSSER À LA FAMILLE SOCIALE-CHRÉTIENNE QUAND ELLE A ÉTÉ ÉJECTÉE DU POUVOIR EN 1999 ?

Je ne suis certainement pas un admirateur du CDH, et sa volonté d’usurper l’humanisme m’a toujours horripilé. Mais, mais… je dois bien reconnaître que les sociaux-chrétiens ont procédé à une réflexion sur leur identité, leur programme, leur projet. Eux, ils se sont remis en question. Et ils tiennent un discours beaucoup plus actuel.

Notez bien : la N-VA, ce parti malfaisant, a l’indépendance de la Flandre inscrite à l’article 1 de ses statuts. Au PS, c’est la lutte des classes…. (…)

Entretien : Pierre Havaux

L’interview complète est dans Le Vif/L’Express de ce 3 août 2012.



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