mercredi 15 août 2012

De l'or olympique au plomb économique?


Les oiseaux de mauvais augure, grincheux patentés et pessimistes professionnels – aussi nombreux en Grande-Bretagne qu'en France – en sont donc pour leurs frais.
De Jacques Rogge, président du Comité international olympique, à David Cameron, premier ministre britannique, des dizaines de milliers de spectateurs sur place aux milliards de téléspectateurs dans le monde, chacun a pu constater que la magie olympique a parfaitement opéré.
Dans une ambiance conviviale, chaleureuse et guère plus chauvine que d'habitude, athlètes américains, pongistes chinois, cyclistes anglais, coureurs jamaïcains, handballeurs français et bien d'autres, chacun a assuré sa part de spectacle, d'exploits et d'émotions.
La grande machine patriotique que sont les JO depuis toujours a également fonctionné sans accrocs. "La Grande-Bretagne a été à la hauteur. Nous avons montré au monde ce dont nous sommes faits et nous sommes rappelés à nous-mêmes ce dont nous sommes capables", s'est rengorgé M. Cameron.
Reste à savoir si, outre-Manche, ce coup de fouet euphorique résistera aux lendemains de la fête olympique. Passé la bouffée d'union sacrée qui les a réunis pendant deux semaines, les Britanniques vont retrouver des réalités beaucoup moins réjouissantes : un chômage lancinant, un déficit public annoncé à plus de 8 % du produit intérieur brut en 2012 et une récession économique installée depuis
trois longs trimestres.
De même vont resurgir les questions insistantes sur la facture exorbitante des JO, quatre fois supérieure aux estimations initiales en 2005, lorsque Londres l'avait emporté contre Paris. Montréal avait mis quinze ans à éponger le coût des Jeux de 1976 ; la Grèce n'en finit pas de payer la facture d'Athènes 2004 ; et la Chine ne doit qu'à une croissance exceptionnelle de masquer les ratés de 2008. Les Britanniques assurent qu'ils ont retenu la leçon, qu'ils ont organisé les premiers Jeux durables et que beaucoup des équipements où Team GB a brillé seront pérennes ou réutilisables. Wait and see ! (Le Monde :extraits)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
A QUAND LES GRANDS JEUX INTERCULTURELS
Le Jeux de Berlin de 1936 furent les derniers avant le grand conflit mondial.
Ils avaient été, comment l’oublier, l’occasion d’une immense opération de communication où le IIIème Reich, déploya toute la puissance de ses moyens de propagande nationaliste.
C’était pour Hitler une occasion rêvée de galvaniser son peuple, quatre ans avant le déclenchement du second conflit mondial.
En parodiant Clausewitz, ce conflit ne fut, on le comprend mieux aujourd’hui, que le prolongement par d’autres moyens de la plus grave crise économique qui frappât jamais avant celle de 2008 qui pourrait être pire encore.
Constatons que le nationalisme progresse à nouveau partout dans le monde et que le culte du drapeau
prend des proportions hallucinantes.
On fera une exception pour le drapeau belge rangé au grenier des accessoires devenus inutiles.
L’avenir est incertain et le dialogue des cultures et des peuples est moins en vogue que l’esprit de confrontation qui partout donne le ton.
On suivra donc de très près le déroulement des prochaines élections américaines. Si Obama devait les perdre, elles ramèneront au pouvoir de dignes successeurs de W Bush Junior avec en prime les superstitions en vogue chez les mormons.
Le beau discours du Caire de Obama n’est plus qu’une relique de début de règne.
Partout flottent bien haut les couleurs des peuples et de leurs nations.
Le drapeau de l’interculturel est en berne. Partout règne la tension, la confrontation et la haine de l’autre.
A quand les grands jeux interculturels dans les stades bourrés de monde et les banlieues sinistrées ?
MG

IL FAUT REPENSER UN MODELE OLYMPIQUE MENACE PAR L'AFFAIRISME ET LES MAFIAS
LE MONDE |
Par Patrick Clastres, chercheur rattaché au Centre d'histoire de Sciences Po

Avec les affaires de corruption révélées à l'occasion des Jeux d'hiver de Salt Lake City, les scandales des athlètes dopés, de Ben Johnson en 1988 à Kentéris en 2004, les tricheries récurrentes, le service rendu au régime chinois glorifié par les Jeux de Pékin, l'alliance du business et du hidjab à Londres font que le Comité international olympique (CIO) ne connaît pas seulement une crise passagère.
Il s'agit bel et bien d'une crise de fond car elle porte sur les valeurs mêmes du mouvement olympique. Bien sûr, le CIO pourra continuer à pratiquer la politique de l'autruche. Mais bientôt, la controverse gagnera de nouveau avec les Jeux d'hiver de Sotchi 2014.
Pour l'heure, les intérêts gaziers et nationalistes de la Russie dans cette région entre Caucase et mer Noire et les investisseurs qui vont édifier un espace touristique combinant subtropicalité et neiges
éternelles pensent avoir triomphé des défenseurs de l'environnement et des défenseurs des minorités du Caucase.
Le CIO se retrouve donc au pied de la muraille. Soit il achève sa mue commerciale et se réduit à la simple prestation d'un mégaévénement sportif, soit il se rénove et devient le défenseur des droits de
l'homme dans l'espace des sports.
Au cas où il se replierait sur des positions conservatrices, le CIO se retrouverait à la merci de
n'importe quel consortium capable de lier par contrat d'exclusivité les meilleurs athlètes du monde et les grands médias, et ainsi d'organiser des Universal Games concurrents des Jeux olympiques.
Surtout, il est menacé de gangrène par les mafias qui ont investi un certain nombre de clubs et d'événements sportifs pour y blanchir leurargent, sans parler de la façade des paris sportifs. Il reste  une autre voie à explorer. Que le CIO change son mode de recrutement, modifie sa charte, rende ses comptes financiers transparents, et reconsidère la nature même des épreuves olympiques. Pour cela, le CIO devrait d'abord mettre fin à la cooptation de membres issus de familles princières et d'hommes politiques, et de businessmen. Au contraire, il devrait recruter des défenseurs incontestables du sport
et des droits de l'homme jusque dans les pays les plus policiers.
Les renouvellements à venir au sein du CIO, tout comme l'élection prochaine d'un nouveau président, devraient être l'occasion de faire la démonstration de cette inflexion démocratique.
Il reviendrait aussi au CIO de faire explicitement référence dans la Charte olympique à la Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée en 1948.
Enfin, en assurant une mission de promotion sportive des droits de l'homme dans le monde, les dirigeants du CIO permettraient aux athlètes d'être dégagés du poids des régimes dictatoriaux pour devenir de véritables ambassadeurs des libertés.
Les Etats des cités-hôtes, et surtout les millions de sportifs licenciés de par le monde, sont en droit d'exiger du CIO et des comité nationaux olympiques qui le représentent dans les Etats une authentique transparence de leurs comptes financiers. Il ne s'agirait pas d'un simple audit réalisé par une de ces officines privées dont la crise a montré toutes les limites, mais d'une expertise conduite par
les représentants d'un organisme qui reste à inventer.
Sur le modèle de l'Agence mondiale antidopage (AMA), c'est-à-dire composée à parité des représentants du mouvement sportif et des Etats, une telle agence mondiale anticorruption dans le sport (Amacs) jouerait le rôle de gendarme financier du sport mondialisé. Elle aurait dans son champ de responsabilité non seulement la lutte contre les paris illégaux, mais encore un rôle de barrage contre la remontée des mafias dans les instances sportives nationales et internationales.
Un nouveau modèle compétitif doit être mis en place, fondé sur la compétition émulative, c'est-à-dire l'amélioration de soi-même grâce aux autres, plutôt que sur la compétition sélective qui s'opère au
détriment des autres.
Quelle plus belle image de fraternité et d'entraide pourrait offrir le CIO en promouvant, par exemple, de nouvelles épreuves mixtes en athlétisme et natation sous la forme de relais avec six compétiteurs associés, trois hommes et femmes, appartenant deux à deux aux catégories valides, handisport, seniors (plus de 50 ans) !
Gageons que l'olympisme du XXIe siècle, celui repensé par le futur successeur de Jacques Rogge, puisse devenir un idéal au service du progrès humain et des libertés !
Plutôt qu'un leurre médiatique et idéologique.

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