mardi 7 août 2012

Jeux olympiques : "Non aux dépenses pharaoniques du sport-spectacle"



7 août 2012
LE MONDE

Par Pierre Guerlain, professeur à l'université Paris-Ouest-Nanterre

Je me sens assiégé par les reportages et enthousiasmes médiatiques sur les Jeux olympiques (JO), que je n'aime pas. Il semble qu'il y ait consensus pour suivre cette compétition mondiale mais, en France, on n'entend pas beaucoup les voix critiques des JO. François Hollande vient même de déclarer depuis Londres qu'il était favorable à une nouvelle candidature de Paris pour les JO de 2024. L'hyper-manifestation sportive est pourtant encadrée par un formidable déploiement policier et militaire, la Grande-Bretagne, déjà championne du monde de la vidéosurveillance, en rajoute une couche orwellienne. Gigantisme militarisé de l'amusement.

Les contribuables du monde entier financent le sport dit de haut niveau au détriment d'investissements pour aider pauvres, chômeurs, mal-logés, mal-payés. Partout dans le monde le chauvinisme devient licite lorsqu'il s'agit de parler des médailles. On suit "nos" athlètes et leurs chances de médailles, leur gain d'un dixième de seconde dans telle ou telle course. L'infantilisme généralisé est encouragé par des préoccupations puériles portant, par exemple, sur le fait de courir le 100 mètres en 9 secondes 20 ou en 9 secondes 30.

La drogue circule dans tous les sports, pas seulement en Chine ou en Espagne, dans le cyclisme ou la natation. La chimie et la chimie du nationalisme dopent des performances qui n'ont aucun intérêt sinon celui d'assurer les profits de marchands de stades, de drogues, d'appareils sportifs, de boissons énergisantes ainsi que le prestige supposé des nations.

Les Romains avaient leurs panem et circenses ("pain et jeux du cirque") ; nous avons de plus en plus de "circenses" et, pour beaucoup, de moins en moins de "panem" ; selon le mot d'un sociologue américain, Neil Postman, nous nous amusons à en mourir : les JO consacrent l'alliance des spectacles, sport et télévision, ils occupent le temps disponible de cerveaux qui ne pensent pas en termes politiques. La drogue du sport et des JO n'est pas que celle qui gonfle les muscles des athlètes-gladiateurs, mais c'est aussi la drogue télévisuelle et compétitive qui envahit les cervelles des spectateurs nationalistes.

Les JO ne sont que la forme exacerbée et mondialisée du triomphe de la société du spectacle décrite par Guy Debord. Ils représentent un gâchis de ressources extraordinaire, comme nombre de compétitions sportives. Le bilan carbone de ces jeux est catastrophique, il en est de même pour l'impact général sur l'environnement. Les JO favorisent en outre les investissements dans des secteurs qui promeuvent l'inégalité.

De la même manière que les contribuables ordinaires financent les plus riches bénéficiant de paquets fiscaux, les gens modestes paient les revenus exorbitants de sportifs-divas qui assurent le spectacle (et qui s'avèrent parfois décevants, comme les footballeurs capricieux). Les contribuables paient donc pour de gigantesques installations qu'ils n'utiliseront jamais. Combien de stades de banlieue, de foyers communautaires, d'écoles ou de centres aérés pourraient être construits avec cette manne déversée sur une toute petite minorité ?

Les JO placent la compétition au centre des valeurs, là où la solidarité et la coopération seraient les bienvenues. Certes, le sport en général et les JO en particulier sont populaires, ils sont l'opium du peuple de nos sociétés, mais qui fourgue cet opium ? Pourquoi ne traque-t-on pas les dealers de cette substance toxique ?

L'anti-intellectualisme nationaliste qui fleurit est une aubaine pour les pouvoirs économiques : pendant la communion autour du sport et de "nos" athlètes, la rébellion est étouffée. L'"homme révolté" de Camus s'endort au son de La Marseillaise, est bercé par les voix enflammées des reporters sportifs qui savent bien allier vacuité idiote, nationalisme exacerbé et enthousiasme de pacotille. La cruauté de la compétition est gommée par les discours sur la beauté du sport et les qualités psychologiques et physiques exceptionnelles que les champions doivent posséder.

La relégation sociale dans les banlieues est dissoute dans l'admiration pour "nos" sportifs issus des minorités soudain promus gloires nationales protégées du racisme. L'idéologie de la compétition généralisée, si chère à nos dirigeants et penseurs néolibéraux, fait une percée extraordinaire durant les JO : même les critiques se rallient à l'idéal de la compétition non faussée. Le sport et son armada de thuriféraires médiatiques réussissent à tuer dans la ouate les velléités de révolte.

Les JO n'ont rien à voir avec une pratique sportive saine qui n'est pas compétitive et ne nécessite pas d'investissements pharaoniques. Le bien-être de tous ne passe pas par le gain d'un dixième de seconde, l'ingurgitation de drogues ou le désir d'écraser l'autre, surtout s'il ou elle est de nationalité différente.

Les JO nous renvoient une image hideuse de notre société mais la laideur est rendue socialement acceptable par la magie médiatico-sportive. Regardons les visages torturés et durs des athlètes, ils sont notre vérité dans la compétition. Nationalistes hargneux, sans tendresse, méchants, oublieux des déshérités, aveuglés sur notre propre situation, aliénés dans le culte des héros du jour, fondus dans une masse qui regarde mais ne fait pas, passifs et dépouillés par les investisseurs de la société des jeux du cirque. Une catastrophe éthique devient un beau succès idéologique.

Le sport lui-même est tué par la compétition. Il ne faut pas croire que nous sortons indemnes de la cocaïne médiatique des JO, notre accoutumance est incapacitante et nous la payons cher, au sens propre comme au sens figuré.

Commentaires de lecteurs:

"Quand je vois la une du Monde mangée par les JO, je me dis que nous sommes tombés bien bas, que ce cirque pourrait être l'objet d'analyses plus sociologiques, que le consumérisme a phagocyté nos esprits critiques. C'est pas glorieux."

"Superbe analyse,étant précisé que ma propre détestation du sport- spectacle ne m'empêche pas d'être moi-même un sportif actif, ce n'est pas incompatible."

"Merci, et sachez que vous n'êtes pas seul, nous sommes quelques-uns à zapper ce qui concerne le sport de compétition (je précise). En revanche quoi de mieux qu'une belle balade dans la nature , une séance de yoga, tous les exercices du corps sans rapport avec la compétition. Je me souviens de cette phrase de Raoul Vaneigem: "Le héros est celui qui sacrifie à la promotion du rôle et du muscle" (traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations)"

"Pierre Guerlain a raison. Cela dit, une compétition internationale impliquant un sport populaire ne peut être qu'un spectacle avant tout"

ACCUEILLIR LES JO FAVORISE LA RELANCE DE L'ECONOMIE

Par Kevin Daly, économiste spécialiste du Royaume-Uni chez Goldman Sachs

L'Histoire montre que l'organisation des Jeux olympiques a une rentabilité financière mitigée : les Jeux olympiques de Munich (1972) et ceux de Montréal (1976) ont engendré de lourdes pertes, tandis que ceux de Los Angeles (1984), de Barcelone (1992) et d'Atlanta (1996) ont tous généré des profits. Les recettes ont dépassé les frais d'opérations.

Cependant, en totalisant l'ensemble des frais qui sont engagés dans l'organisation des Jeux - notamment les coûts de constructions, d'installations et d'infrastructures, les dépenses de sécurité et autres frais annexes -, on peut se demander si des Jeux olympiques ont déjà dégagé le moindre bénéfice financier au sens strict du terme.

On s'attend à ce que les Jeux olympiques de Londres de 2012 dégagent des bénéfices. Pour autant, la facture de la construction et des frais annexes demeure salée pour le Royaume-Uni.

Cela étant dit, la gestion et le rapport coût-efficacité de la préparation de ces Jeux sont dans l'ensemble perçus comme un succès, puisque les infrastructures nécessaires ont été achevées à temps et en dessous du budget prévu (en 2007).

En 2005, au moment de la sélection de Londres comme ville d'accueil des Jeux olympiques, on estimait les coûts prévisionnels d'organisation des Jeux à environ 3 milliards de livres (3, 8 millirads d'euros). Ces prévisions ont fortement augmenté en 2007, pour atteindre 9 milliards de livres sterling lors de la première estimation détaillée - autrement dit, réaliste. Depuis, les coûts estimés sont revenus à 8,5 milliards de livres sterling, ce qui reflète en partie la réduction des coûts globaux de construction dans un contexte de récession.

Cette expansion a eu un impact limité sur les finances publiques : 8,5 milliards de livres sterling représentent 0,55 % du PIB britannique annuel ou 1,4 % des recettes annuelles du gouvernement - bien que les dépenses elles-mêmes aient été étalées sur un certain nombre d'années. Avec le temps, une partie importante de cette facture de 8,5 milliards de livres sterling devrait être recouvrée par la vente des terrains et autres installations.

Même si la gestion financière et une bonne préparation sont évidemment importantes pour des Jeux olympiques réussis, se concentrer sur leur seule performance financière empêche d'en observer les effets économiques plus larges - à court et à long terme - sur le pays hôte.

Les effets à court terme découlent des frais engagés en matière de biens et services liés à l'hébergement des Jeux olympiques, enregistrés comme des rentrées au moment du paiement des dépenses.

Le Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'été de 2012 à Londres (Locog) estime qu'il pourrait dépenser la somme d'environ 2 milliards de livres sterling au total - pour l'emploi d'intérimaires, les frais de sécurité, etc. -, une somme dont la moitié (environ 0,3 %-0,4 % du PIB) est susceptible d'être dépensée au cours du troisième trimestre.

Hôteliers, restaurateurs et détaillants verront aussi probablement leurs rendements augmenter face à la demande supplémentaire des visiteurs étrangers. Dans ce contexte, cependant, certains touristes pourraient justement éviter de se rendre au Royaume-Uni à cause des Jeux olympiques, et d'autres secteurs d'activité pourraient être affectés par les Jeux en termes de perturbation du trafic.

Il est difficile d'estimer quel sera l'effet net des effets indirects et compensatoires. Nous supposons cependant que tous ces effets seront largement compensatoires et que, globalement, l'accueil des Jeux olympiques aura donc pour conséquence à court terme de relancer l'économie britannique au troisième trimestre 2012 à hauteur de 0,3 %-0,4 % par rapport au trimestre précédent - soit une augmentation de 1,2 % à 1,6 % en glissement trimestriel annualisé.

Les bénéfices à long terme de l'accueil des Jeux olympiques incluent la promotion de Londres et du Royaume-Uni en tant que lieux touristiques et comme une destination attractive pour l'investissement étranger.

Enfin, la restauration d'une partie de la capitale britannique qui était délabrée est une bonne chose pour les habitants de ces quartiers. Ces effets sont, par nature, plus compliqués à prévoir, mais ils ne sont pas nécessairement moins importants que les effets à court terme.

Les passionnés de sport argueront qu'en mettant l'accent sur la gestion financière des Jeux ou sur les coûts et bénéfices attendus pour le pays hôte, on perd de vue le principal. Autant une nation peut retirer des bénéfices économiques à court et à long terme en accueillant les Jeux olympiques, autant elle peut en retirer des bénéfices sportifs à court et à long terme.

Les bénéfices à long terme prennent alors la forme des installations sportives qui demeureront après les Jeux olympiques, et de la promotion du sport auprès de la communauté.

Mais pour ces passionnés, le plus important quand on est pays hôte est peut-être le bénéfice à court terme qu'on en retire typiquement en termes de meilleure récolte de médailles. Certes, les Britanniques sont encore à la traîne, mais la compétition vient de débuter.

Ils peuvent en outre compter sur le fait que, en moyenne, le pays qui accueille les Jeux olympiques remporte 54 % de médailles en plus que ce qu'il aurait pu gagner s'il n'était pas le pays d'accueil. Si les médailles sont la devise de votre choix, cela représente donc bien un fort retour sur investissement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

OPIUM DES PEUPLES

Trois symboles expriment l’esprit olympique : la devise, la flamme et les anneaux. Les cinq anneaux entrelacés  de couleurs différentes représentent les cinq continents. L’entrelacement des anneaux évoque "la rencontre des athlètes du monde entier au moment des JO", précise le Comité International Olympique (CIO). Autrement dit, du moins en théorie et symboliquement, les Jo sont un incubateur d’internationalisme et d’interculturalité. La réalité actuelle est hélàs très différente.
Les jeux olympiques de Londres se sont ouverts sur un déchainement de  nationalisme hyper british, le contraire même de l’idéal olympique internationaliste. « The London 2012 Olympics has opened in a big, brash, blast of Britishness.”(The Sun)

 “GREATEST SHOW ON EARTH PUTS BRITAIN AT CENTRE OF THE WORLD.”

Ce fut une déferlement de chauvinisme anglais, un second “diamond jubilee” pour  Elizabeth II consacrée "Bond girl" par le tabloïd Sun :"Witty and patriotic" ' from the island's bucolic past through the industrial revolution to modern suburbia; from hymns to glam rock, James Bond to Mary Poppins. Never mind if outsiders didn’t get half of it,  ajoute  le Telegraph et il s'en vante en plus: “ It was loud, it was defiant, above all it was gloriously, tumultuously, spine-tinglingly British.”

 Même les Grecs en ont fait moins aux jeux d'Athènes!

Bizarrement, « le chauvinisme devient licite lorsqu'il s'agit de parler des médailles. »

« La chimie (du dopage) et la chimie du nationalisme dopent des performances qui n'ont aucun intérêt sinon celui d'assurer les profits de marchands de stades, de drogues, d'appareils sportifs, de boissons énergisantes ainsi que le prestige supposé des nations. »

« Les JO (panem et circenses "pain et jeux du cirque" occupent le temps disponible de cerveaux qui ne pensent pas en termes politiques.

La drogue télévisuelle et compétitive envahit les cervelles des spectateurs nationalistes. »

« Les JO placent la compétition au centre des valeurs, là où la solidarité et la coopération seraient les bienvenues »

 « L'ingurgitation de drogues ou le désir d'écraser l'autre, surtout s'il ou elle est de nationalité différente.

« Les JO nous renvoient une image hideuse de notre société mais la laideur est rendue socialement acceptable par la magie médiatico-sportive.

« Regardons les visages torturés et durs des athlètes, ils sont notre vérité dans la compétition. Nationalistes hargneux, sans tendresse, méchants, oublieux des déshérités, aveuglés sur notre propre situation, aliénés dans le culte des héros du jour, fondus dans une masse qui regarde mais ne fait pas, passifs et dépouillés par les investisseurs de la société des jeux du cirque.  »

« Il ne faut pas croire que nous sortons indemnes de la cocaïne médiatique des JO, le consumérisme a phagocyté nos esprits critiques.  »

Ces observations sont irréfutables. Mais ce qui est en somme le plus attristant c’est que les Jeux qui se voulaient une fête de la fraternité humaine -« l’important n’est pas de gagner mais de participer » -ce soient en moins d’un siècle transformés en leur contraire.

Hitler et la récupération nationaliste des Jeux de 1936 ne sont pas indifférents à cette dérive.

Attirer les JO chez soi est devenu un sport politique et un vrai enjeu économique. Que l’on songe à la spectaculaire métamorphose de Barcelone grâce aux infrastructures nouvelles dont bénéficie désormais la ville. On sait que la France est désireuse de défendre la candidature de Paris. Une fausse bonne idée quand on mesure le bouillon que Londres est en train de prendre.

Il est surprenant, à cet égard, que personne n’ait songé à proposer la candidature d’’Europe pour organiser les prochains Jeux.

Ce serait peut être un moyen de stimuler l’esprit européen en permettant à Europe de ramasser un nombre maximum de médailles.

Mais de grâce qu’on ne choisisse pas de les organiser à Bruxelles incapable de gérer ses problèmes de circulation et de sécurité.

On lira avec ravissement « Faites vos jeux, rien ne va plus » qui développe la même thèse mais avec le brio et le fulgurant esprit de synthèse du grand Attali. « Saura-t-on au moins retenir ce qu’il y a de meilleur dans l’utopie des jeux : un monde dans lequel les meilleurs l’emportent ? »

Put that in your British pipe and smoke it !

MG



FAITES VOS JEUX, RIEN NE VA PLUS

Paru dans L'Express | Publié dans Géopolitique  sous la signature de Jacques Attali

Cette si célèbre formule de croupier s’applique à merveille à la situation du monde, en ce début du mois d’août 2012.

Pendant qu’un peuple continue de se faire massacrer en Syrie, pendant que s’installe au Nord du Mali un régime terroriste qu’il faudra bien aller, un jour prochain, déloger les armes à la main, pendant que, en Europe, les banquiers centraux promettent d’agir à la place de gouvernements tétanisés par la peur de déplaire, se préparant en sous-main à la fin de l’euro, ou au moins à l’exclusion des plus faibles, et d’abord de la Grèce, pendant qu’en France se préparent d’autres plans de licenciements, pendant qu’aux États-Unis une campagne électorale insipide masque la faillite d’un pays sous un déluge de messages publicitaires dérisoires des candidats, les médias du monde entier n’ont de place que pour les jeux olympiques.

On peut comprendre et se passionner pour le sport. On peut admirer ces athlètes, aux exploits souvent magnifiques, en général aboutissement intègre d’années d’effort. Mais, on ne peut se cacher que ces compétitions prennent, jeux après jeux, un tour de plus en plus particulier, où le nationalisme devient un outil au service du divertissement.

Dans quelque pays qu’on soit, on n’entend parler que des athlètes de ce pays : essayez, en Italie, de savoir ce qu’ont fait les athlètes allemands, ou en France, ce qu’ont fait les athlètes russes ; essayez aux États-Unis de connaître le nom même des rivaux des athlètes américains, impossible.

Chacun est obsédé par le nombre de médailles que va ramener son équipe, comparé à celui des jeux précédents, sans se rendre compte que cela ne signifie rien. D’abord parce que le nombre de sports augmente d’une olympiade à une autre. Ensuite parce que beaucoup d’athlètes qui concourent pour un pays vivent et s’entraînent dans un autre. Ensuite encore parce que des milliards de femmes et d’hommes en sont encore exclus. Enfin parce que cela ne dit rien du niveau du sport dans un pays, et encore moins de son bien-être.

En fait, ce nationalisme est un instrument du spectacle : dans chaque roman, dans chaque film, le lecteur tend à s’identifier à un personnage. Dans le spectacle des jeux, dont les artistes sont les sportifs de plus en plus rémunérés, depuis que la fiction de l’amateurisme a disparu, l’identification se fait autour de la nation. Chacun est appelé à s’identifier non à un héros mais à un drapeau.

Tout y concourt: les cérémonies, les décomptes, les commentaires.

Le seul élément positif de ce nationalisme sportif est qu’il se manifeste pour un pays, et pas contre un autre. Rien de guerrier. Juste un désir d’appartenance à un groupe vainqueur, ce dont chacun est souvent privé, dans sa vie professionnelle, comme dans celle de son pays.

Les jeux vont se terminer. On comptera les médailles. Dans les pays placés les plus haut au palmarès, les politiques iront accueillir les athlètes à leur retour. Dans les autres, on renverra quelques entraîneurs et quelques ministres.

Saura-t-on alors en revenir aux choses sérieuses ? Tous ces problèmes qui, pendant que ces illusions nous occupaient, n’auront pu que s’aggraver ?

Saura-t-on au moins retenir ce qu’il y a de meilleur dans l’utopie des jeux : un monde dans lequel les meilleurs l’emportent, le travail est toujours récompensé et où les plus pauvres ont les mêmes chances que les plus puissants ?



ODE

HUGO CAMPS  


Je hoort ze even niet, maar er zijn nog echte sporthaters. Onder hen de Franse hoogleraar esthetica Marc Perelman. In zijn boek Barbaric Sport maakt hij gehakt van de olympische waanzin. Zijn pamflet leest als een tirade die zichzelf voortdurend opwindt.

Voor Perelman is sport "een pandemie die alles wegvaagt wat er nog over is van spel, lichaamsvrijheid, het eenvoudige vermaak van bewegen".

Hilarisch is zijn weerzin tegen stadions. "In stadions vindt een volledige gelijkschakeling van de zintuigen plaats en wordt de massa een lichaam dat kindergeluiden uitstoot. Een lichaam dat kreetjes slaakt als een kind dat gevoed moet worden, alsof alles draait om tijdelijke verzadiging."

Het zijn provocerende en beeldrijke observaties, maar daarom als tegengeluid van het onversneden olympische hosanna nog niet geheel ridicuul.

Ik heb vrienden die na het EK, de Tour en een weekje Londen ook sportdiarree hebben. Een enkeling voelt zich zelfs een sociale mummie.

Maar toch: ineens willen ze wel alles weten van liggend karabijnschieten. En hoe het zit met de trance die dan ontstaat.

Nabokov mag weer even op de plank.

Perelman schrijft dat sportbeschouwing altijd binnen de grenzen van de representatie blijft en op duplicatie drijft.

Hallo?

Mijn vingers jeuken voor een ode aan Maria Sjarapova.

Hugo Camps



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