mardi 28 août 2012

"Le PS veut dribbler l’extrême droite"




Pierre Verjans (ULg) : "Le PS veut dribbler l’extrême droite"
Frédéric Chardon  (LB)

Samedi, le PS a rodé son discours en vue des élections locales : priorité à la sécurité. Une façon de se prémunir de l’extrême droite.
Si l’on s’en tient aux discours officiels de l’université d’été du PS, tenus samedi dernier sur le site du Grand Hornu (près de Mons), la sécurité sera un thème essentiel de la campagne pour les élections
locales du 14 octobre. Mais pourquoi un parti de gauche fait-il d’un sujet classique de la droite son cheval de bataille ? Réponse de Pierre Verjans, politologue à l’ULg.

ON N’ATTENDAIT PAS FORCEMENT LE PS SUR LA QUESTION DE LA SECURITE…
En effet, mais on sent la volonté des socialistes de ne pas se faire chiper ce thème par la droite.
En France, la gauche, lors des présidentielles et lors des législatives, avait mis en avant cette
question également. Elle a dénoncé le fait que Sarkozy a fait disparaître la police de quartier, ce qui a augmenté l’insécurité essentiellement dans les quartiers pauvres, c’est-à-dire là où les gens n’ont pas assez de moyens pour se protéger eux-mêmes.(…)
Pour le PS, c’est une façon de dribbler le MR là où on attend peut-être davantage ce parti.
DRIBBLER LE MR, MAIS AUSSI ET PEUT-ETRE SURTOUT L’EXTREME DROITE ?
C’est clair. En 1994, il y avait eu des transferts importants de voix du PS vers l’extrême droite surtout dans le Hainaut et en région liégeoise. En fait, dans les bassins industriels. Ici, pour le PS, c’est donc aussi l’idée de combattre ce risque-là aux élections du 14 octobre.
Depuis les années 60-70, depuis que la classe ouvrière a pu s’acheter une télévision, une voiture, elle est devenue attachée aux valeurs liées à la sécurité. Qui est d’ailleurs un thème qui en général marche très bien électoralement
LA SECURITE ET LE PS, EST-CE TOUT A FAIT NEUF ?
Mettre la sécurité comme la priorité, oui, c’est nouveau dans le discours du PS. Mais pas dans la logique de la gauche en général. Pour le PS, utiliser la sécurité, c’est aussi faire campagne autour de
propositions sur lesquelles les autres partis ne vont sans doute pas l’attaquer.
MAIS N’Y A-T-IL PAS UN DANGER D’EN FAIRE LE THEME CENTRAL DE TOUTE LA
CAMPAGNE ET QUE CELA PROFITE FINALEMENT AUX PARTIS PLUS A DROITE ? ON
A DEJA VU PAREIL RETOURNEMENT…
C’est toute la question de savoir si une formation politique peut s’approprier un thème auquel ses adversaires font traditionnellement référence tout en réussissant à imposer sa marque.
En France, Chirac et Sarkozy avaient bien réussi à prendre à la gauche le thème de la fracture sociale pour l’un et la question du pouvoir d’achat pour l’autre.
Le PS semble avoir fait ce genre de pari puisque le président du parti, Thierry Giet, a très clairement placé la sécurité comme la priorité.
Le fait que le PS soit le premier à aborder ce thème va sans doute l’aider à garder l’initiative.
LES COMMUNES SONT AUSSI UN ECHELON DE POUVOIR OU L’ON TROUVE DES
COMPETENCES IMPORTANTES EN MATIERE DE SECURITE.
En effet, les zones de police sont constituées de manière intercommunale. Il y a un projet politique important à développer dans ce cadre. On peut aborder le thème de la sécurité de manière répressive ou de manière préventive. Par exemple, organiser la distribution gratuite d’héroïne, cela peut servir à diminuer l’insécurité par une action préventive.
Toutefois, dans le discours de Thierry Giet, il y avait surtout des termes correspondant au volet répressif de la politique de lutte contre l’insécurité

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA SITUATION EST GRAVE
La situation est grave ! Serait-elle désespérée ?
Que le PS se sente obligé de prendre la sécurité comme thème de campagne des communales est un signal qui ne trompe pas.
C’est la meilleure preuve que l’insécurité est au centre des préoccupations de l’électeur en Wallonie  et sans doute surtout à Bruxelles. quand les édiles socialistes (Moureau et Thielemans en
tête) n’ont cessé de minimiser l’impact de l’insécurité sur leurs territoires respectifs tout au long de la législature.
« Le fait que le PS soit le premier à aborder ce thème va sans doute l’aider à garder l’initiative. »
« Pour le PS, utiliser la sécurité, c’est aussi faire campagne autour de propositions sur lesquelles les autres partis ne vont sans doute pas l’attaquer. »
N'empêche que cela surprend!
Le blues des policiers interpelle. Habilement orchestré par un membre du syndicat libéral de la police,  Philippe Meert (SLFP-Police), il semble cousu de fil bleu.
En vérité en jetant la pierre sur le parquet, l’accusant de laxisme, l’exécutif se retranche derrière le judiciaire.
C’est de bonne tactique mais de piètre stratégie. En effet, cela donne le sentiment que plus personne ne contrôle rien, ce qui -on ose l’espérer!- est contraire à la réalité.
MG

LE BLUES DES "HOMMES EN BLEU"
Jacques Laruelle
Les policiers bruxellois ne veulent plus être des cibles. Ils dénoncent le manque de réactivité du parquet. Ils racontent leur vécu, leurs espoirs et leurs craintes.
ENQUETE
Cela devait être une soirée entre amis et collègues policiers bruxellois pour fêter un anniversaire à Brupark, sur le plateau du Heysel à Bruxelles. Mais cette fête s’est mal terminée pour plusieurs d’entre eux. Elle reste gravée dans la mémoire de Philippe Meert.
C’était il y a quatre ans. Alors qu’il quittait la fête avec trois collègues, il a été pris à partie par un inconnu, sans en comprendre la raison. Ils se trouvaient sur une passerelle qui mène vers le parking. Il a voulu désamorcer le conflit naissant quand son vis-à-vis lui a fait comprendre que c’était au policier, et non pas à l’homme, qu’il en voulait. Tout est alors allé très vite. "S’aidant des doigts,
il a sifflé entre les dents. Et immédiatement, 20 à 30 personnes se sont précipitées vers nous", raconte cet inspecteur principal.
Il est actuellement affecté à la recherche dans la zone de police Bruxelles-Midi. Egalement délégué syndical SLFP-Police, il est le seul à avoir accepté de parler sans avoir demandé l’anonymat.
Face à cette situation, une seule issue : la fuite. Philippe Meert a été rattrapé. Il a reçu de nombreux coups. Plâtré du petit doigt à l’épaule, il a subi de longues semaines d’incapacité de travail. Il en
garde des séquelles : des douleurs vivaces, certains mouvements qui restent impossibles. Un seul des agresseurs a été intercepté. Il n’a toujours pas été jugé. Une audience du tribunal correctionnel, qui
devait se tenir en juin, a été reportée.
Aujourd’hui encore, Philippe Meert s’interroge. Pourquoi cette agression ? "Les collègues qui étaient avec moi étaient aussi intervenus lors d’émeutes à Anderlecht qui avaient opposé, lors de batailles rangées, des jeunes du quartier aux supporters du Sporting d’Anderlecht. Peut-être nous ont-ils reconnus ?", avance-t-il.
UN CAS SYMPTOMATIQUE
Ce n’est pas un cas unique. À côté de cela, il y a les provocations ou les menaces voilées. Un autre raconte ainsi s’être récemment promené sur la Foire du Midi à Bruxelles avec son amie et avoir été interpellé par un "Ah ! Ca va, monsieur l’agent ? Le monde est petit", qui n’était pas que goguenard.
Dans cette mésaventure de Philippe Meert, on retrouve quelques-unes des difficultés auxquelles font face des policiers qui sont amenés à intervenir dans les quartiers qualifiés de "difficiles" en Région
bruxelloise : la violence à l’égard de la police, la lenteur de la justice, les interventions délicates sur le terrain, le manque de considération - voire la "volonté affichée de casser du flic".
Face à ce constat, ce n’est pas le désespoir que l’on rencontre chez ces policiers de terrain. Plutôt du dépit. Une pointe de découragement, parfois teintée d’un sentiment d’impuissance, qui peut influer sur la motivation. Et ils sont nombreux à pointer du doigt un parquet de Bruxelles qui, à leur avis, est "trop peu réactif".
"LE RESPECT ENVERS L'AUTORITE A FORTEMENT DIMINUE"
Le tournant, les plus anciens le situent au début des années 1990.
Mais ils le précisent : cela ne touche pas que la police, même si celle-ci est particulièrement visée. Le respect envers l’autorité a fortement diminué. Cela se traduit pour les policiers par des rébellions, des agressions, au mieux verbales, au pire physiques. Et parfois pour des broutilles, comme une voiture stationnée en double file dans un quartier où les nerfs sont à fleur de peau.
"Très vite, on peut avoir un attroupement. Et c’est la gloire !", témoigne l’un. "Cela tourne vite en sucette", dit un autre.
Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas forcément la nuit que c’est le plus délicat car, vers 16h00, il y a beaucoup plus de personnes en rue. Quand des dizaines de personnes se rassemblent spontanément, il suffit d’un rien. "Pour peu qu’il y ait un étal de légumier, cela peut être une tomate, des bananes qui volent. Comment identifier l’auteur dans un tel groupe ?", dit un policier qui a déjà vu des pastèques balancées vers la police
Mais cela peut aussi être des œufs ou des pierres. Comme lors de patrouilles en voiture ou lors des interventions en Code 3, lorsqu’une voiture est requise pour une intervention urgente avec sirène et feu
bleu. "Certains savent que, dans de telles conditions, l’on ne peut s’arrêter", témoigne un policier de Bruxelles-Ouest, qui déplore que l’argent ne soit pas disponible pour blinder les portières et installer des films plastiques sur les vitres.
PAS DE ZONES DE NON-DROIT
Les patrouilles ne se sentent pas les bienvenues dans certains quartiers. "On sent parfois la haine à notre égard dans les yeux qui se tournent vers nous". Et certaines phrases reviennent : "Vous n’avez
rien à faire dans notre quartier. Ici c’est chez nous". C’est évidemment le fait d’une minorité et l’effet de groupe joue : "S’il est seul, c’est plutôt ‘chef’ ou ‘patron’". Et tous les policiers rencontrés l’assurent : il n’y a pas de zones de non-droit à Bruxelles, pas un quartier où la police ne s’aventure pas. Les dispositifs sont adaptés.
Par le passé, il y a eu de très mauvaises surprises, comme des "guets-apens". Cela a pu être de l’huile répandue sur la rue pour que la voiture de patrouille, qui a été appelée, dérape. "Cette méthode se
rencontre désormais moins" indique un policier.
Il y a quelques semaines, une patrouille s’est rendue pour un cambriolage Square Albert Ier à Anderlecht. Sur place, aucun cambriolage. La voiture a été bombardée de pavés. Un policier a été touché à la tête. Le lendemain, c’était un appel à moins d’un kilomètre, rue des Goujons,
pour une voiture en feu sur une ligne de tram. Une fois sur place, des cocktails molotovs et des pierres ont visé les voitures de police. Une caisse avec 22 bouteilles remplies d’essence a été découverte. C’était donc bel et bien préparé.
Les interventions dans ces quartiers peuvent être délicates quand il s’agit d’interpeller un suspect ou de perquisitionner. Dans de tels cas, la technique est le "Pick and Go". On embarque la personne
rapidement, sans prendre la peine de la menotter. Ce sera fait une fois dans la voiture car cela peut être source de problème si un attroupement se forme.
Ceux-ci sont souvent le fait de jeunes, souvent mineurs. "Il est important d’avoir des policiers qui connaissent le terrain. Quand ils savent qu’on les connaît par leur nom et qu’on pourra les retrouver
par ce biais, ils se tiennent à carreau".
Une autre difficulté du travail policier réside dans la prolifération de GSM avec fonction caméra. Bien souvent, l’un sort son téléphone pour filmer et guetter l’intervention musclée, sans montrer à quoi elle faisait suite. Ce qui complique le travail policier.
Les plaintes sont nombreuses à s’abattre sur les policiers pour violences avec, à la clé, une enquête des services de contrôle interne, de l’inspection ou du Comité P. Cela implique bien souvent de longues auditions de ces policiers pour aboutir, dans près de 90 % des cas, par un classement sans suite. "La hiérarchie nous dit alors : ‘Es-tu bien sûr de toi ? C’est la cinquième fois que tu es visé ? Ne
devrais-tu pas réfléchir à ta manière de travailler ?", déplore un policier d’une service intervention. Tous le concèdent cependant : "Il y a des pommes pourries dans la police comme dans toutes les
professions".
LE CHAT ET LA SOURIS
Pourquoi ces provocations et ces agressions ? Selon ces policiers, il est clair que l’effet de groupe joue, la volonté de jouer au chat et à la souris avec la police. Il peut y avoir aussi une volonté de
maintenir à distance les policiers, notamment dans des quartiers connus comme des hauts lieux du trafic de drogue de rue, comme à Ribaucourt à Molenbeek-Saint-Jean, place Lemmens et Square Albert Ier
à Anderlecht.
Parquet laxiste et sentiment d'impunité
Les critiques se dirigent aussi vers le parquet, trop laxiste aux yeux de beaucoup de policiers qui relèvent qu’il n’engage pas suffisamment de poursuites. Les auteurs qu’il interpelle sont trop rapidement relâchés.
"Il n’a pas évolué", "Essayez donc de contacter un magistrat entre midi et 14h00 !" "Rares sont ceux qui connaissent ce que l’on vit" sont les réponses souvent entendues. Et de citer le cas d’un juge (à Bruges) qui a relevé que subir des coups et blessures est inhérent à la fonction de policier.
"Au parquet de Bruxelles, on banalise trop. Trop de classements sans suite. Autrefois, les ‘récidivistes’ avaient quelques faits à leur actif avant. Maintenant, cela dépasse souvent la dizaine", dit l’un.
"On connaît un magistrat qui a voulu venir voir notre travail. Si on l’appelle, lui, il sait ce que l’on vit", dit un autre.
Ils estiment que ce qu’ils nomment le manque de réaction du parquet contribue à aggraver la situation. Un terme revient souvent dans leur bouche : "le sentiment d’impunité" qui pousse à commettre des actes plus graves. Et, parmi certains groupes de jeunes, se faire interpeller donne une aura.
Philippe Meert n’avait été agressé qu’une fois. Un inspecteur qui travaille dans une autre zone a été agressé et blessé à trois reprises en quelques années, dont une fois avec une incapacité de travail de
quatre mois. Il a depuis quitté l’intervention de première ligne. Sa nouvelle affectation, couplée à des horaires aménageables, lui a permis de reprendre des études. En vue de quitter la police ? "Non.
Pour éventuellement pouvoir monter en grade. Ou, si la situation devient vraiment intenable, pour me donner une porte de sortie", conclut-il.

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