mardi 14 août 2012

LEJEUNE : « MICHELLE MARTIN N'A PAS LE DROIT DE RÉINTÉGRER LA SOCIÉTÉ »







STEPHANE DETAILLE

 « Je ne comprends pas les Soeurs Clarisses », déclare Jean-Denis Lejeune, qui appelle à une réforme de la justice et une meilleure hiérarchisation des sanctions. L'entretien complet dans Le Soir

PIERRE-YVES THIENPONT/LE SOIR

Sitôt rendu le jugement du tribunal d'application des peines qui octroyait sa libération conditionnelle à Michelle Martin, Jean-Denis Lejeune est monté au créneau pour annoncer qu'il organiserait, le dimanche 19 août, à Bruxelles, une manifestation – il refuse que l'on évoque « une marche blanche » – pour dénoncer cette décision qu'il regarde comme des errements (de plus) de la justice. Le père de Julie continue, avec Paul Marchal, de mener un combat avec lequel d'autres victimes de Dutroux et consorts semblent avoir pris leurs distances.

QUE SOUHAITEZ-VOUS OBTENIR AU JUSTE EN ORGANISANT CETTE MARCHE ?

Cette marche, je l'organise pour obtenir une rapide réforme de la justice et pour dénoncer la possible libération de Michelle Martin. C'est la raison pour laquelle il était important qu'elle ait lieu avant que la Cour de cassation ne prenne attitude sur les pourvois suscités par le jugement rendu le 31 juillet à Mons.

(…)

vOUS VOUDRIEZ QUOI ? DES PEINES INCOMPRESSIBLES ?

Pour les meurtres d'enfants, oui – a fortiori quand ils sont commis par des récidivistes. Plus largement, je voudrais qu'on hiérarchise mieux les sanctions en fonction de la gravité des faits en considérant que rien n'est plus grave que le meurtre d'un enfant.

(…)

VOUS ESTIMEZ QUE MICHELLE MARTIN, AUJOURD'HUI, N'A PAS LE DROIT DE RÉINTÉGRER LA SOCIÉTÉ ?

Non, elle n'en a pas le droit. C'est une multirécidiviste. Elle a toujours prétendu avoir agi sous l'emprise de Marc Dutroux. Mais Dutroux n'était plus là pendant que les fillettes agonisaient dans leur réduit. Elle aurait pu les libérer ou donner l'alerte. Elle aurait pu, à tout le moins, leur donner à manger et à boire comme elle l'a fait avec les chiens de Dutroux. Elle n'a rien fait : elle est responsable de la mort de Julie et de Mélissa.

(…)

VOUS EN VOULEZ AUX SOEURS CLARISSES ?

Je ne les comprends pas. Je ne suis pas croyant et j'ai toujours eu un peu de mal à comprendre certaines prises de position de l'Eglise. Comment comprendre qu'une institution qui interdit l'usage du préservatif et le remariage cautionne l'accueil d'une meurtrière d'enfants par une communauté religieuse ?

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE VAGUE DE POPULISME ET DE FRUSTRATION COLLECTIVE

Rien à voir avec l’interculturel, quoique l’élan vengeur collectif soit cousin du réflexe xénophobe (il ne touche, dit-on qu’une centaine de personnes maximum deux) dont les moindres agissements sont relayés par la caisse de résonnance des medias.

Il faut y voir un effet de la polarisation globale entre  progrès et  réaction.

C’est aussi, remarquons-le, ce qu’on dit des salafistes : une centaine tout au plus deux mais il y a tous les suiveurs anonymes derrière.

« Franchement, tous ces articles qui nous parlent des réactions de victimes, ça commence à bien faire. Faudrait être totalement simplet pour ne pas comprendre la rancoeur d'une victime, donc l'étaler encore et encore n'a aucun intérêt. Les journaux feraient mieux de rappeler un des tous premiers principes du droit, c'est qu'on ne peut être à la fois juge et partie. L'accusé ne peut pas être juge et définir sa peine. Sa victime non plus. Qu'on nous épargne donc ce genre d'article. » commente un internaute avec beaucoup de pertinence.

On peut parfaitement comprendre les sentiments vengeurs et désespérés de Patricia Lefranc et la  rancœur des parents de Ann, Eefje et le père de Julie, en revanche j’y vois la main d’une instrumentalisation de l’opinion publique contre la compression des peines menée dans un esprit proche de celui du PP, le PéPé, le parti populaire racoleur présent sur toutes les brocantes de Wallonie et de Bruxelles. « Lejeune parle trop, dit n'importe quoi au point de se rendre insupportable. Et on peut s'étonner que son parti le CDH, ne semble pas s'en rendre compte. Avec l'islamiste Ozdemir et le haineux Lejeune, le CDH est parti pour perdre beaucoup de voix. ». « Il en a déjà eu aussi lui, des dérives, avec sa voiture de société et autres. Il a finalement aussi bien "profité" de sa situation de victime. »

Ce « monsieur Victime » , disons le clairement a un profil de populiste bonhomme qui plait au grand public par son discours facile et bon enfant. Et voilà que Lejeune entre en politique et que la politique veut de lui ! Combien est plus digne la belle réserve des Russo, parents de Mélissa : "Ce qui m'a aidé, c'est d'avoir pu me battre pour que certaines choses soient reconnues. J'ai donné un sens à la mort atroce de ma fille, et je pense que c'est quelque chose d'important dans la vie d'un père."  (Gino Russo)
Quant au cousin de Michelle Martin qui a craché son venin contre sa cousine dans Match, on aimerait savoir-puisque désormais on vit en toute transparence-combien de deniers d’argent il a touché pour son propos.

Faut-il rappeler que la libération conditionnelle, plus chichement accordée qu’hier, répond, légitimement, au souci de la société de ne priver personne, pas même le criminel le plus odieux, de tout espoir de sortir un jour de son enfermement. « En contester le principe en fonction de la personnalité de celui qui la sollicite serait déraisonnable.» commente la Libre Belgique. Comment ne pas adhérer à de tels propos.

Mais voilà qu’un sentiment de vengeance s’empare d’une partie de la population. Et de reparler sur tous  les forums d’internautes de peine de mort donnant libre cours à une logique de lynchage, digne des mauvais westerns à l’américaine !

 « Het alternatief is dat we terugkeren naar een systeem van oog om oog, tand om tand.” “Blijkbaar zijn daar steeds meer voorstanders van te vinden, getuige de reacties rond het politiegeweld in Brussel, Vilvoorde en Mechelen. Ook hier vinden velen het ronduit schandalig dat de verdachten niet prompt in de gevangenis worden opgesloten.
“Iemand in de cel steken zonder een vorm van proces is iets voor dictaturen, niet voor een democratie.” Nu al zitten te veel mensen in voorhechtenis, ruim een derde van onze overbevolkte gevangenissen zit er al in afwachting van een uiteindelijke straf. (Yves Desmedt, De Morgen)

Et voici que justement un nouveau cas d’exécution capitale fait débat dans la presse. Marvin Wilson condamné pour meurtre en 1998, vient d’être exécuté au Texas alors qu’il fut diagnostiqué comme attardé mental.

 « Comment », se demande un internaute  « un pays qui est dit moderne et démocratique peut encore pratiquer un acte aussi barbare et médiéval que la peine de mort?»

 Les Etats-Unis sont passés de la barbarie à la décadence, sans passer par la civilisation disait déjà Albert Einstein.

"Nous avons la profonde conviction qu’enfermer définitivement le déviant dans son passé délictueux et l’acculer à la désespérance ne serait utile à personne et serait, au contraire une marche en arrière pour notre société. Nous sommes aussi convaincues que le respect de la justice de notre pays est un bon garde-fou pour éviter cette dérive". ont précisé, avec une belle dignité, les sœurs Clarisses de Malonne qui demeurent prêtes à accueillir Michelle Martin

On le sait,  il manque des fonds pour construire de nouvelles prisons et les anciennes sont encombrées. Mais, les faits le prouvent,  mettre près de 1% de la population derrière les verrous ne réduit pas la criminalité aux Etats Unis. En janvier 2010, environ 2,3 millions de personnes y étaient incarcérées[], soit environ 0,7 % de la population soit plus de prisonniers que la Chine (environ 1,5 million de détenus) ou que la Russie (environ 760 000)[2]. Les Etats-Unis ont innové en passant des contrats avec des entreprises pour construire et gérer certaines prisons (ainsi que centres de détention).

Le droit pénal américain est devenu de plus en plus répressif, en particulier à partir des années 1970 (Reagan : get tough on crime.)

Les États-Unis ont le plus grand nombre relatif de prisonniers de toutes les nations qui ont des statistiques à ce sujet.

Le mouvement glauque emmené par Lejeune a des relents de poujadisme qui finiront par créer en Wallonie une mouvance présentant des affinités certaines avec l’esprit des Tea paries à l’américaine et celui de la N-VA et du VB flamands.  Rasle bol du raz-de-marée sécuritaire et du tout-à-l’égout répressif.

MG

L’HEURE DE LA DEPENALISATION A SONNE

Jean-Marie Dermagne estime dans la même Libre Belgique que plus de 30% des détenus sont en prison pour des faits liés à la drogue. La prohibition reste une évidence, mais son échec est cuisant. Roosevelt l’a fait avec l’alcool. Faisons-le avec les autres drogues. « Gardiens de prison, policiers, assistants de justice, magistrats : tous hurlent au sous-effectif. Pas étonnant : on n’arrête pas d’engraisser le code pénal et de faire de la tolérance zéro tous azimuts ! Paraît que l’électeur moyen en réclame toujours plus. Du coup, les arrestations, les gardes à vue, les détentions préventives, les peines de prison à rallonge explosent !

On n’a plus vu ça depuis des lustres : Ravachol, la bande à Bonnot, et les tueurs du Brabant réunis n’ont pas réussi à durcir le régime répressif, ni à gonfler le mammouth policier comme on le fait maintenant. Désormais, il suffit d’un un barbu vindicatif, d’une insoumise en Burqa ou de débordements de jeunes mal dans leur peau pour que des ministres annoncent illico des moyens supplémentaires ou des lois plus dures. Et tout cela, remarquez, malgré la disette budgétaire et le spectre grec ou espagnol.

Conséquences de ce raz-de-marée sécuritaire et du tout-à-l’égout répressif : des prisons transformées en goulags, avec leur cortège de mutineries, de prises d’otage, et de récidives ! Des gardiens au bord de la crise de nerfs, des juges déprimés et des policiers tantôt en "burn out" et démobilisés.

Comment desserrer l’étau, délétère pour les libertés, mais aussi carnassier pour les finances publiques ? N’y allons pas par quatre chemins : il faut dépénaliser tout ce qui peut l’être. Réserver la prison à ceux qui ne respectent pas la dignité, l’intégrité et la vie des autres. Et réguler la vie en société, par la pédagogie, quand c’est possible, et par la fiscalité quand ce ne l’est pas.

La prison, elle, a d’ores et déjà prouvé ses limites : elle se nourrit en fabriquant la récidive. Quasi 60 % des gens qui passent derrière les barreaux y retournent. Cela en dit long sur l’efficacité du système Et pour donner de l’oxygène aux gardiens, aux policiers et aux juges, débarrassons-nous d’abord de ce rocher de Sisyphe qu’est le traitement pénal des drogues.

Tout le monde clame que les drogués n’ont rien à faire en prison et pourtant les juges continuent à les y envoyer à tour de bras ! Plus de 30 % des détenus sont en prison pour des faits liés à la drogue. Des kyrielles d’adolescents ou de jeunes adultes sont transformés en voyous ou en parias à cause de l’étiquette "drogué" ou "dealer" que le système répressif leur colle. Des vies sont brisées. Des familles déchirées. Le traitement pénal des toxicomanies est un choléra social !

Pour la plupart des Belges et des Français, la prohibition reste une évidence. Une sorte d’atavisme.

Tout cela pour dire que dans une Europe gangrenée par une crise financière au moins équivalente à cette de la grand Dépression de 1929 et une crise morale sans précédent, le désarroi des populations que viennent distraire un instant l’Euro 2000, le Tour de France ou les JO est abyssal et la recherche de boucs émissaires évidente.».



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