vendredi 31 août 2012

Surréalisme et “zwanze”, la recette belge




LE MONDE

Direct en Flandre ou second degré en Wallonie, l’humour belge reflète la complexité et la multiformité du pays. Mais ce qui prime sur le reste, c’est un sain mélange d’autodérision, de modestie et de
moquerie.
Il y a plusieurs formes d'humour en Belgique – comme il demeure un doute persistant sur l'identité du pays, on évitera ici d'évoquer un humour "belge".
D'abord un humour involontaire qui pimente le quotidien. Ici, une émission peut annoncer en prime time la disparition du pays – "Bye Bye Belgium" de la RTBF en 2006.
Un premier ministre – Yves Leterme, en 2007 – peut entonner La Marseillaise quand on l'invite à chanter l'hymne national. Et la reine Fabiola, menacée de mort par un prétendu tireur à l'arbalète (!) en
2010, arbore une pomme verte sur son chapeau lors de la fête nationale...
Il y a, ensuite, un humour volontaire, avec une branche flamande et une autre wallonne. Le premier plus direct, plus "rentre-dedans" avec duels à coups de pets et attaques frontales des religions ou de la monarchie.
Le second, adepte du synonyme et de la circonvolution, souvent bonhomme, marqué par l'autodérision, composante essentielle de la "belgitude" et qui, comme le dit l'humoriste Bruno Coppens, reflète d'abord un manque de fierté collective. Ce francophone, né d'une mère flamande, joue sur les mots et leur sonorité, et affirme tirer ses traits de génie verbal de son rapport compliqué avec ses origines.
Quant à définir un humour de Belgique... Pas simple, mais il évoque "l'absurde, le décalé, le naturel, l'influence de Tati et de l'humour... anglais".
UNE BIERE QUI NE TUE QUE LES GRINCHEUX
Alain Berenboom, avocat et romancier - La Recette du pigeon à l'italienne -, chroniqueur et spécialiste de Tintin, trouve, lui, des parallèles entre humours "belge" et... "juif". "Nés et embellis chez des gens qui se sentaient opprimés mais qui réagissaient par un pied de nez, pas en faisant couler le sang". Selon M. Berenboom – et quelques autres – ce pays qui ne tient plus vraiment ensemble compte toutefois encore deux éléments fédérateurs : "Le roi Albert II et la ‘‘zwanze''".
Elle aussi difficile à définir, cette notion additionne la moquerie et la modestie, ainsi que la circonspection face à tous les pouvoirs.
D'où une prise de distance permanente, une incrédulité face à l'autorité... et une indulgence parfois coupable pour ses nombreuses bévues. "La zwanze, c'est un peu comme la gueuze grenadine. Mélange de bière amère et de sirop sucré, produits a priori incompatibles mais qui en Belgique s'additionnent pour donner une boisson qui s'appelle la Mort subite. Qui ne tue que les grincheux...", poursuit Alain Berenboom.
Si les Belges gardent de la rancune envers les Français – ou plutôt envers Coluche – et leurs "blagues belges", c'est parce qu'ils considèrent que personne ne peut les égaler en matière d'humour
destructeur. Les acteurs François Damiens et Benoit Poelvoorde incarnent au mieux cette dérision brute, non formatée, parfois mal comprise chez les voisins. Ils s'amusent, en tout cas, d'être classés
au rayon des WC, les "Wallons connus", une expression qui distingue les vedettes du Sud de celles du Nord, les BV – "Bekende Vlamingen".
Une blague "belge" pour la route ? "Combien de positions compte le Kama-sutra wallon ? Deux : " on et off ". Signée Raoul Reyers, de la RTBF.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L'HUMOUR BELGE REFLETE LA COMPLEXITE ET LA MULTIFORMITE DU PAYS.
Vaste sujet de thèse. On s'étonne que personne ne s'y soit attelé.
Trop complexe sans doute!
Le mot complexité renvoie à un enchevêtrement de fils qui forment un tissage-ou métissage- compliqué.
Quand un Parisien se pique d'imiter l'accent belge en multipliant les "une fois",  il se rend complètement ridicule, du moins à nos yeux; plutôt à nos oreilles.
Il est vrai que la France et la francophonie belge semblent séparées par la même langue...
Shaw, l'Irlandais avait raison de dire: England and America are separated by the same language. Le même Shaw (Pygmalion et/ou My Fair Lady)  avait compris que les classes sociales étaient elles aussi séparées par la même langue que chaque locuteur parle à sa façon.
La presse flamande est en ce moment bourrée d'articles sur l'absence d'une langue commune qu'on appellerait non plus ABN mais AN (Algemeen ou Standaard Nederlands), chacun parlant son dialecte à sa manière ou sa "tussentaal" appelée par Istendael "verkavelings Vlaams", le flamand qu'on entend parler "sur" les barbecues  des  lotissements de villas quatre façades). Et on voudrait que les Belges s'entendent.
Normal qu'ils ne se comprennent pas, ils ne "s'entendent" pas entre eux.
Littéralement! A telle enseigne que beaucoup de séries ou feuilletons flamands sont diffusés à la VRT avec sous titres....
Le rapport avec l'humour?
Il n'y a pas plus d'humour belge qu'il n'existe de langue belge. Et pourtant le Liégeois, le Namurois, l'Ostendais ou l'Anversois peuvent être très drôles et tellement "savoureux".

Il existe cependant un sens aigu de l'auto dérision belgicaine magnifiquement  évoqué dans l'article de Jean-Pierre Stroobants.
Quant à la zwanze, il m'a toujours semblé que c'était une spécialité bruxelloise, comme la gueuze grenadine  dont parle  si bien Berenboom.
"La zwanze, c'est un peu comme la gueuze grenadine. Mélange de bière amère et de sirop sucré, produits a priori incompatibles mais qui en Belgique s'additionnent pour donner une boisson qui s'appelle la Mort subite. Qui ne tue que les grincheux...",
Mon grand père maternel, fils de Beulemans et cousin de Bossemans la pratiquait avec une telle maestria qu'il faisait pleurer de rire un café rempli de echte brusseleirs. Il ne faisait cependant pas rire mon grand-père maternel, pur brabançon de Duisburg qui ne comprenait pas ce "fiere ket" qu'il ressentait comme arrogant.



Le sabir pratiqué par Coppenolle et compagnie a pratiquement disparu hormis dans certains homes populaires du quatrième âge d'Evere ou de Molenbeek. En revanche la zwanze a survécu miraculeusement et on s'en réjouit.
Curieusement on la retrouve dans l'humour décalé des Barons, ces jeunes gens bruxellois métissés issus de l'immigration.
Sans doute participe-elle de cet esprit de fronde face à l'occupant (romain, espagnol, autrichien, français, allemand... qu'on retrouve dans les facéties de Quick et Flupke faisant la nique à l'autorité
incarnée par le grotesque agent Quinze.
Hergé dont la première épouse brusselait dans les deux langues (comme Brel son bompa) la maîtrisait jusqu'au bout du crayon.
C'est qu'on naît zwanzeur, on ne le devient pas.
C'est ce qui fait que Brel, zwanzeur né, est tellement différent de Georges Brassens ou de Léo Ferré.
MG

Aucun commentaire: