mercredi 29 août 2012

Une récupération politique très électoraliste


29 août 2012


VERONIQUE LAMQUIN
Que la libération conditionnelle de Michelle Martin suscite l'émoi des victimes et de leurs proches, c'est éminemment compréhensible.
Mais qu'elle libère les émotions de nos dirigeants, ça l'est beaucoup moins.
Pourtant, depuis que, le 30 juillet dernier, le tribunal d'application des peines de Mons a déclaré l'ex-épouse de Marc Dutroux « libérable sous conditions », il ne se passe guère de jour sans qu'un
représentant de la classe politique ne donne son avis sur la question.
Rappelons, en guise de préliminaire, que la séparation des pouvoirs est l'un des piliers de notre démocratie. Et que, dès lors, il n'appartient pas aux membres des pouvoirs exécutif ou législatif de
commenter une décision de Justice.
Mais, surtout, les hommes et femmes politiques seraient inspirés de ne pas amplifier la vox populi qui se déchaîne.
« Ecœurante », cette libération, comme le disait le président du MR ? Elle n'est que
logique, si l'on applique les lois dont nos dirigeants sont les garants. Et non, il n'existe pas, dans un Etat de droit, de règles « sur mesure » pour certains justiciables.
Faut-il changer la loi ? Certains de ceux qui la critiquent (SP.A, Open VLD, MR) étaient au pouvoir, en 2004 et 2006, lorsque les règles relatives à la libération conditionnelle ont été durcies, que les
tribunaux d'application des peines ont été créés.
Alors, bien sûr, les formations politiques peuvent évoluer et estimer que les règles qu'elles ont approuvées sont perfectibles. Mais ces débats ne peuvent se mener dans l'urgence, sous le coup de l'émotion.
Or, chaque fois que la Belgique est secouée par un fait dramatique, les réactions politiques fusent, pour réclamer un changement législatif.
Un empressement qui, cette fois, à 46 jours du scrutin communal, prend des accents électoralistes d'autant plus condamnables qu'ils sont assortis de fausses promesses.
Plusieurs partis s'engagent à « enfin » inscrire les peines incompressibles dans notre arsenal pénal ?
L'accord de gouvernement, souscrit par six partis (MR, VLD, CD&V, CDH, SP.A et PS) ne prévoit pas cela ! « Incompressible », pour le dictionnaire et l'homme de la rue, cela signifie « impossible à
réduire ». Le gouvernement Di Rupo a bel et bien prévu de durcir les conditions des libérations conditionnelles, mais pas d'enfermer, sans réduction de peine possible, des criminels.
Oser le dire grandirait les représentants des partis. Bien davantage que s'insulter, comme MR et PS l'ont fait, ce mardi.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TRIOMPHE DE DUTROUX
Excellente mise au point!
L'affaire Dutroux a traumatisé la société belge au plus profond d'elle même.
Elle  participe de l'inconscient collectif d'un peuple en mal d'identité, comme l'affaire royale, les invasions allemandes, la mort d'Astrid, celle de Baudouin, la perte du Congo...
Légitime ou non, la libération de Martin a ouvert la boite de Pandore, réveillé des démons qu'on croyait anesthésiés.
Le monstre froid Dutroux jubile dans sa cellule; on ne parle au fond que de lui. On évoque même l'éventualité de sa propre libération. Que les victimes en colère hurlent de douleur, on peut les comprendre même si Jean-Denis Lejeune en exaspère plus d'un.
Que le monde politique, qu'on attend sur d'autres dossiers (chômage, enseignement, logement, Europe, euro, relance...) en ajoute une couche est franchement répugnant:"chaque fois que la Belgique est secouée par un fait dramatique, les réactions politiques fusent, pour réclamer un changement législatif"
Que la presse et les médias en fassent leurs choux gras est carrément insupportable.
L'électoralisme est le cancer de la démocratie et il se généralise.
Il n'y a pas que Sarkozy qui courre derrière l'électorat d'extrême droite. Quant au minable député LDD, ex Vlaams Belang qui pousse à engager un tueur à gages pour faire la peau à Martin il mérite la radiation à vie.
Oui le "MR a été dégoulinant de démagogie et Charles Michel a été à son niveau le plus bas!", l'internaute qui l'affirme a raison.
Ecœuré, le peuple éructe: "Les personnages censés nous diriger sont une bande d'amateurs et de profiteurs qui usent et abusent d'un système verrouillé par eux-mêmes et qu'ils n'ont pas la moindre
intention de changer. (vote obligatoire, proportionnelle, etc.)."
"Messieurs/Dames les "politiques", faites très attention, vous êtes en train de scier la branche sur laquelle vos fesses dodues s'engraissent depuis trop longtemps... A force de nous prendre pour des idiots depuis trop longtemps, le retour de manivelle risque fort d'être à la mesure de votre insondable veulerie..."
Attention l'"apolitisme" pointe l'oreille et cela rappelle de plus en plus le climat délétère des années trente.
La Flandre a choisi son "guide", la Wallonie, par chance n'a toujours pas identifié le sien. On imagine le succès qu'engrangerait un avatar de Rex.
Tout cela, ainsi que la croisade sécuritaire, crée un climat pestilentiel qui rend de plus en plus difficile le vivre ensemble.
MG

MICHELLE MARTIN : LE DEPUTE VERSTREPEN SUGGERE D'ENGAGER UN TUEUR A GAGES

Le tweet de Jurgen Verstrepen suscite l'émoi et de nombreuses réactions du côté des politiques. Le député a choisi de continuer la plaisanterie en tweetant davantage.



©Belga
Le député flamand Jurgen Verstrepen, sans parti depuis quelques mois, a suscité de nombreuses réactions mardi soir avec un tweet faisant suite à la libération de Michelle Martin.
Sur son compte Twitter, il a suggéré d'engager un tueur à gages pour supprimer l'ex-femme de
Dutroux. « Pas déconner, si nous nous cotisons (cotisation publique), nous pouvons trouver un Albanais et le payer pour qu'il zigouille MichèleMartin (sic)… candidats ? », a-t-il tweeté.
Le tweet a immédiatement suscité des froncements de sourcils sur la toile, amenant le député à aller plus loin.
« Nettoyée à peu de frais, beaucoup moins cher que de garder un couvent », a-t-il ajouté un peu plus tard, avant de poursuivre : « à y regarder de plus près, les Albanais sont devenus trop chers, un junkie
le ferait pour moins cher :) ».
Inacceptable pour Beke et irresponsable pour Peumans
« Dans notre démocratie, c'est totalement inacceptable », a fustigé le président du CD&V Wouter Beke. « Les parents respectent avec douleur la décision de Justice. »
Le président du Parlement flamand, Jan Peumans, a estimé que ces tweets étaient « éthiquement irresponsables ». Pour lui, ce genre de sujet ne doit pas se discuter sur Twitter. Mais un rappel à l'ordre n'est pas envisageable à ses yeux.
"C'est l'affaire du pouvoir judiciaire. Par ailleurs, le thème ne ressortit pas aux compétences du
parlement flamand, mais à la Chambre", a-t-il fait observer sur les ondes de la VRT.
Ce matin, Verstrepen a encore tweeté estimant que les réactions à ses tweets « démontraient qu'il y a bien un problème avec le système ».
May (avec Belga)

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