dimanche 30 septembre 2012

C’est la lutte finale à Schaerbeek




Christophe Lamfalussy (La libre Belgique)

Bernard Clerfayt (LB) brigue un troisième mandat dans sa commune. Schaerbeek, la convoitée, où les enjeux locaux sont ceux de Bruxelles.
Combien d’allochtones sur ma liste ?" Bernard Clerfayt jure qu’il n’a jamais compté. La tête de liste schaerbeekoise étale devant lui le trombinoscope de la Liste du Bourgmestre (LB) et compte consciencieusement "Les Européens, je les mets aussi ?" Résultat : il y a 22 candidats d’origine étrangère, dont 4 Européens, sur un total de 47.
Les temps ont bien changé à Schaerbeek, la première commune du pays avec 130 000 habitants.
Entre 1970 et 1989, le bourgmestre FDF Roger Nols avait défrayé la chronique en s’opposant avec force à l’immigration et au droit de vote des étrangers. Aujourd’hui, le FDF Bernard Clerfayt assume sans complexe la diversité culturelle de sa commune et présente, comme tous les autres partis, une liste ouverte à toutes les communautés.
Bernard Clerfayt, 50 ans, trois enfants, brigue un troisième mandat dans sa commune - et la campagne est dure. "Je suis fatigué aujourd’hui , confie-t-il au journaliste. Ce n’est pas le bon jour. Hier soir, je suis rentré tôt, à 21 heures."
Le bourgmestre sortant dirige une commune fortement convoitée. Laurette Onkelinx, qui dispose d’un petit appartement en face de la RTBF, remet le couvert à la tête de la liste du PS. Une dissidence libérale, emmenée par Georges Verzin, est dictée par la scission sur le plan national entre le MR et le FDF.
Septante-deux pour cent du comité directeur du MR schaerbeekois sont restés fidèle à la Liste du Bourgmestre, assure son colistier Etienne Noël. La LB comprend 22 candidats FDF, 18 libéraux, 5 indépendants et 2 néerlandophones, mais il n’empêche : Clerfayt a désormais une liste rivale du MR emmenée par son échevin de la Culture et de l’Instruction publique.
Et le PS n’est pas en reste : en 2006, Clerfayt avait remporté plus de voix de popularité que l’ensemble des votes pour le PS schaerbeekois. Cette fois-ci, le PS a parié sur la jeunesse : outre Laurette Onkelinx, tête de liste mais décidée à ne pas exercer un mandat de maïorat si elle l’emporte, on trouve son conseiller Yves Goldstein, Catherine Moureaux, fille du bourgmestre de Molenbeek, et l’incontournable Emin Özkara dont les affiches sont omniprésentes dans les cafés turcs de Schaerbeek.
Le soutien des "barons" du parti a été total. Même Louis Michel est venu à la brocante, suivi de la vice-Première ministre. "A 11 heures, on a eu quelqu’un qui venait de Jodoigne et à midi, on a eu quelqu’un de Lasne, ironise le bourgmestre. Je sens les calculs d es états-majors sur les grandes majorités bruxelloises. Dommage pour le débat. Il y en a peu sur la qualité des projets." Bernard Clerfayt a annoncé qu’il s’appuierait sur une majorité LB/CDH/Ecolo mais on sent bien, dans l’attente des résultats, que le jeu reste très ouvert. " Tout le monde vient me voir" , lâche-t-il.
Schaerbeek est à l’image de nombreuses communes bruxelloises. Sa population a gagné 20 000 habitants en dix ans. Ses infrastructures ne sont pas suffisantes. La qualité de ses écoles baisse selon ses habitants (15 sur 70 relèvent du pouvoir communal), avec une concentration dans certains établissements d’élèves ne parlant pas le français comme langue maternelle. Les crèches manquent. Chaque assistante sociale du CPAS a 450 dossiers à gérer par an.
L’augmentation de la population a aussi pour effet ce qu’on appelle à Schaerbeek "la guerre du parking", la lutte pour obtenir une place de voiture. La multiplication des maisons divisées en appartements augmente le nombre de véhicules. La commune tente actuellement de convaincre les grandes surfaces de mettre à disposition leurs parkings pendant la nuit, multiplie les zones à horodateurs (tout en accordant une carte de riverains gratuite) et part en chasse contre les voitures immatriculées à l’étranger dont les propriétaires ne paient jamais leurs redevances. Certains propriétaires accumulent jusqu’à trente-cinq redevances impayées. Schaerbeek a donc décidé de faire placer des sabots sur les voitures des récalcitrants.
Le projet d’un métro automatique suivant grosso modo l’itinéraire du tram 55 - la préférence du bourgmestre sortant - fait aussi débat, même si la tête de liste LB regrette que ce vieux projet, ressorti subitement par Beliris et (la candidate) Laurette Onkelinx début septembre, ne puisse maintenant être finalisé qu’en 2023.
C’est de tout cela - et de beaucoup de problèmes personnels - dont les Schaerbeekois parlent lorsque Bernard Clerfayt part en campagne, que cela soit, comme jeudi, pour distribuer ses tracts sur la chaussée d’Helmet, encourager un nouveau cuisiniste près de la caserne Dailly ou participer à un débat électoral mis sur pied par l’asbl "Agissons Ensemble".
" Vous habitez Schaerbeek ? Je suis votre bourgmestre", tente le candidat à chaque piéton qu’il salue sur la chaussée d’Helmet. Dans cette rue commerciale, c’est un quitte ou double. Certains viennent d’Evere, d’autres de Roumanie La plupart reconnaissent leur élu. Clerfayt, devenu échevin dès 1995, est populaire. Et à ceux qui lui prédisent l’usure du pouvoir, il a répliqué avec une affiche tournée vers l’avenir : "Demain, avançons !"
Comme tous les partis, la LB tente d’attirer les votes communautaires. Turcs, Marocains, Albanais, Polonais sont nombreux à Schaerbeek tout comme les fonctionnaires européens dans les beaux quartiers. En campane, il faut ratisser large à Schaerbeek. Un soir, le bourgmestre sortant rencontre l’aristocratie locale. Le lendemain, il pose avec le président albanais, de passage à Bruxelles, et entreprend de restaurer la statue du héros albanais Skanderbeg au square Prévost-Delaunay. Malgré cette extraordinaire diversité, Schaerbeek a connu peu d’incidents interethniques, sinon lorsque les heurts entre Turcs et Kurdes ont débordé en 2007 de Saint-Josse. Bernard Clerfayt l’attribue à une stratégie équitable d’investissement de la commune. " Il faut agir dans les quartiers de la même façon , dit-il. Cela casse le sentiment de désespérance qui est à la source des explosions. La cause première, c’est un sentiment d’abandon."

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA BATAILLE DE SCHAERBEEK
"Malgré son extraordinaire diversité, Schaerbeek a connu peu d’incidents interethniques" C'est le bourgmestre qui le dit, mais ce "fait" vaut bien un lord maire.
Notons qu'à la soirée débat des têtes de listes schaerbeekoises  organisée par Agissons Ensemble évoquée par Christophe Lamfalussy, Bernard Clerfayt fut le seul candidat à avoir prononcé haut et fort le terme "interculturel".  Selon lui, "Il y a trois enjeux: gérer la question de la ville (logements, cultures, sport, propreté, stationnement...), gérer le vivre ensemble, c'est -à-dire promouvoir l'interculturalité , les compétences et les talents des Schaerbeekois; trois,faire face au défi démographique (les naissances , les nouveaux immigrés venus de l'Est, plus d'écoles, de logements de parking en rue). La commune ne peut tout faire, il en appelle à des synergies avec la région et à la communauté (toutes deux en mains socialistes, précisons le bien).
Il y en a en réalité pour lui un quatrième enjeu tout à fait essentiel : remporter l'élection face à la "dissidence" MR et la détermination de Laurette Onkelinx à lui arracher le maïorat.
Curieusement, son challenger et ex coéquipier, le bouillant Georges Verzin, ne dit pas autre chose que Bernard Clerfayt. Il le dit autrement, notamment dans son tract "Réussir Schaerbeek", un modèle du genre: l'"éducation est notre première priorité" , "la qualité de vie ça se mesure aussi à la sécurité visible". Ce pamphlet se lit comme "un projet communal basé sur des valeurs partagées, des "services à la population irréprochables et efficaces."
Denis Grimberghs a rebondi en plaidant pour une politique de l'école qui encourage une collaboration entre le réseau communal et le réseau catholique, pour une meilleure articulation entre les familles et le puissant tissu associatif schaerbeekois. Et ce n'est pas un hasard si, ce soir-là,  tous les trois se sont montrés critiques à l'égard de la gestion brouillonne  du CPAS que le sympathique candidat écolo Vincent Vanhalewijn a eu beaucoup de mal à défendre malgré ses talents oratoires.
On l'a dit déjà, la stratégie de Charles Michel est de faire mordre la poussière au FDF partout où il détient le maïorat et singulièrement à Schaerbeek.  Clairement, à assister aux  passes d'armes entre les candidats dans une salle interethnique peu attentive, on a senti plus d'affinités entre Clerfayt et Verzin qu'entre ce dernier et Catherine Moureaux remplaçant au pied levé Laurette Onkelinx, la grande absente de cette soirée. Le PS  veut, selon la fille de Philippe Moureaux et de Françoise Dupuis,  "reprendre la main" à Schaerbeek, lutter contre les discriminations ne pas laisser le privé décider de tout,  "agir en ville" et mixer davantage les populations.
Elle ajouta qu'elle hésitait à confier son enfant à l'école  communale de proximité , ce qui fit bondir Georges Verzin échevin de l'instruction publique.
On sent que Christophe Lamfalussy qui a suivi le bourgmestre en campagne a préparé son papier avec soin. Son reportage est de qualité mais, hormis son titre- "c’est la lutte finale à Schaerbeek"- son article  passe à côté de l'essentiel, l'enjeu de la bataille pour Schaerbeek qui a bien des égards est aussi essentielle que la bataille d'Anvers.
Un internaute commente: "Votez pour qui vous voulez à Schaerbeek mais évitez quand même la liste MR. Mieux vaut voter directement PS que passer par la case MR."  Et si l'inverse était vrai?  L'arithmétique du 14 octobre et les affinités personnelles des têtes de liste pourraient nous réserver une vraie surprise.
Laquelle? Soit la constitution d'une majorité olivier (PS- écolo,écolo a beaucoup de partisans parmi les jeunes bobos cyclistes du quartier Louis Bertrand qui monte, qui monte ). Soit une coalition FDF-MR-CDH  avec trois hommes forts à la manœuvre. On évoque bien sûr la possibilité un binôme PS-MR (Onkelinx-Verzin) qui offrirait le très grand avantage d'assurer des relais précieux avec la Région bruxelloise et la Communauté française en ouvrant un boulevard à Laurette.
Quid de l'accord Clerfayt-Ecolo-CDH?  Ce sera le grand suspense du 14 octobre dont le dénouement est incertain mais crucial.  "Le jeu reste très ouvert. "
En effet, pour Laurette la conquête du maïorat de Schaerbeek est aussi importante que celle de Mons pour Elio. C'est clairement la clef de voûte de son avenir politique personnel, soit comme future présidente du PS, soit comme marchepied pour la succession Picqué.
Laurette Onkelinx possible maïeure de Schaerbeek ou Bart De Wever probable bourgmestre d'Anvers  comporte  une dimension qui dépasse très largement l'horizon communal et est de nature à affecter durablement le destin du royaume de Belgique.

Marc Guiot





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