vendredi 14 septembre 2012

Et maintenant, ils se disputent !



Beatrice Delvaux Éditorialiste en chef (Le Soir)
C'est la seule chose qu'ils ne devaient absolument pas faire et… ils l'ont faite. Pas qu'un peu, et pas tous seuls. Hier, SP.A et Open VLD ont menacé, ni plus ni moins, de quitter le gouvernement si, d'un
côté, le vilain Reynders (MR) et, de l'autre, ces faux frères de socialistes, ne retiraient pas qui leurs déclarations, qui leurs soi-disant projets. En cause, la fiscalité, au cœur du divorce potentiel de ce gouvernement gauche-droite : une convention fiscale avec la Suisse (Rubik) que Reynders veut, et que le SP.A de Crombez conspue ; et une taxation des plus-values que le PS voudrait et que l'Open VLD abhorre.
Ce n'est pas seulement qu'ils ne sont pas d'accord, c'est qu'ils le sont publiquement et que, de surcroît, ils s'insultent. Au registre des amabilités, l'échange Reynders-Crombez n'a rien à envier aux rixes de cours de récré. On exagère ? Jugez plutôt la réplique de Reynders à Crombez qui menace de quitter le gouvernement : « Mr Crombez est un bon collègue, mais on a travaillé sans lui dans le passé, ça ira tout aussi bien sans lui à l'avenir. » Prends ça !
Vous en déduisez quoi vous, de cette foire d'empoignes publiques ? Que ce gouvernement gauche-droite qu'on nous a vendu si uni autour d'un projet commun, prêt à mener le pays de l'avant efficacement, sans perdre de temps en querelles stériles, et qui s'est mis d'accord sur un programme clair, ambitieux et… commun, c'est du pipeau. Et si ce n'est pas du pipeau, c'est encore pire, car cela voudrait dire que toutes ces déclarations sont juste là pour la galerie électorale, et redonner des couleurs à chaque parti, très rouge pour les uns, très bleue pour les autres, le temps que le brave citoyen aille voter.
Pendant ce temps-là ? Un parti nommé N-VA n'en rate pas une, et va se nourrir de plus belle de ces querelles exposées au grand jour qui minent la crédibilité d'un gouvernement qui déjà, n'en débordait pas.
Les discussions internes ne sont évidemment pas interdites mais, aujourd'hui moins que jamais, la marge existe pour un vrai grand écart public. Et certainement pas pour ces déclarations matamoresques – en fait suicidaires – du genre : « Si vous continuez, on quitte le gouvernement… »
Tirer la prise ! On pensait qu'après s'être électrocutés, l'envie était passée au VLD et à tous les apprentis De Croo de la terre belge.
Si on maintient le cap de la discorde, on ne pourra plus dire que ce qui nous arrive, c'est la faute au grand méchant Bart.

Un gouvernement n'est pas qu'une vitrine destinée à tirer vers le haut les intérêts d'une nation. Ce sont surtout des hommes et des femmes animés par leur idéal, leur ambition voire l'une ou l'autre compromission. Dans notre cas, la vitrine reste incroyablement opaque et chacun de nous attend désespérément le laveur de vitre qui aura l'audace de grimper suffisamment haut pour nettoyer à grands coups de serpillière ce fatras d'incompétence, d'amateurisme, de menaces, de déclarations de guerre qui desservent l'action d'un gouvernement Di Rupo pour le moins discret à l'heure où des partis de la majorité reparlent de scission, de plan machin dont ils semblent ignorer les termes.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
HOLLANDE FERA TOMBER CE GOUVERNEMENT A L'INSU DE SON PLEIN GRE
LE FIN DU VIVRE ENSEMBLE POURRAIT ETRE POUR DEMAIN
La victoire de Hollande a donné des ailes au parti de Elio Di Rupo.
Se sentant ramollir dans les sondages à un mois des communales, le Parti socialiste se raidit sur sa gauche en exigeant à grands cris un impôt sur la fortune, question de hurler avec les loups à l'occasion de l'arrivée du milliardaire français nommé Arnault venu à Uccle pour y créer une fondation essentiellement non philanthropique.
Le VLD se sentant lâché par son électorat et tombant sous la barre des 10% d'intention de vote a donné un énorme coup de gueule menaçant de tirer la prise une seconde fois, question de faire des titres de première page en montrant à l'électorat N-VA que les Flamands ne cèdent pas devant le diktat des socialistes wallons que la Flandre honnit comme ses anciens chanoines capitulaires redoutaient le diable.
Si le chef du gouvernement fédéral ne fait pas preuve d'autorité face au coup de sang de son propre parti, Elio di Rupo perdra sa majorité et toute sa crédibilité.
Nous plongerons alors dans la crise de régime la plus profonde qu'aura connu ce royaume qui cessera rapidement d'en être un.
Il lui appartient de calmer ses troupes promptement ou nous irons droit au chaos!
MG
THIERRY GIET VEUT TAXER LE CAPITAL POUR FINANCER LA RELANCE
Le président du PS, propose un « deal » aux partenaires gouvernementaux, qui s'adresse aux libéraux en particulier : taxer le capital pour financer une opération de baisse du coût du travail. (« Chacun doit enlever ses œillères », l'interview complète dans Le Soir.)
A l'approche du conclave budgétaire, Thierry Giet propose un « deal » entre taxation des capitaux et baisse des charges des entreprises. « La justice fiscale – moins d'impôts sur le travail, plus sur le capital –, et la relance en même temps ! ». « Je demande à chacun d'enlever ses œillères. Je demande à chacun d'abandonner l'idéologie. D'y réfléchir. J'entends les libéraux proclamer qu'ils défendent le travail… Alors, quoi ? Ils défendent le travail ou les grandes fortunes ? J'ai fait une proposition. Oui, on peut financer la relance, une opération de réduction du coût du travail, de baisse des charges sociales, et des exonérations de précompte professionnel. Sont-ils preneurs ? »
Thierry Giet l'affirme : c'est lui qui conduira le PS dans la maxi-campagne pour les élections législatives, régionales et européennes de 2014. (Le Soir)


KRIS PEETERS, LE MEILLEUR SOUTIEN DE LA N-VA



Luc Barbé, membre du Bureau de Groen
Kris Peeters est en train d’ouvrir la voie à Bart De Wever. Le Ministre-Président flamand aide la N-VA à obtenir une victoire éclatante.
Pendant des années, j’ai adoré les opéras de Richard Strauss, mais cet amour s’est quelque peu tari. Der Rosenkavalier est trop somptueux et sirupeux, Ariadne auf Naxos trop long d’une demi-heure et Elektra trop cruel, pour ne citer que ces trois là. Mais les politiques devraient absolument les voir car ils abordent tous trois la même question essentielle : comment vivre et survivre dans un contexte qui a subitement changé? Est-ce qu’on se trahit soi-même ou son projet initial si, sous la pression des circonstances, une nouvelle direction est prise ? Le Ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) est dans cette situation face à la NVA : suit-il la trajectoire qu’il a lancée il y a quelques années ou en change-t-il radicalement ? Eric Van Rompuy et Wouter Beke semblent eux avoir tranché. Pendant des années, ils ont coopéré amicalement avec Bart De Wever. Ils ont formé une coalition avec la N-VA pour briser le gouvernement violet et revenir au pouvoir. Or, autant Van Rompuy que Beke ont tenu des déclarations très importantes cet été. Pour la première fois, ils ont pris leur distance à 200% avec la N-VA. Non, le CD&V ne souhaite pas la fin du pays. Et oui, le projet de la N-VA menace la prospérité des Flamands. Plus encore, le gouvernement fédéral - sous la direction du PS- fait selon Van Rompuy du très bon travail. Par là, le CD&V, en tout cas une partie de celui-ci, a fait le premier pas nécessaire vers la sortie de la domination de la NVA et la définition d’un projet propre, clairement différent de celui de la N-VA sur trois points essentiels : le CD&V s’oppose à la scission de la Belgique, défend la concertation sociale et résiste à la mise en place d’un système politique où la majorité gouverne en ne tenant aucun compte de la minorité, le modèle dont rêve De Wever.
Le Ministre-président Kris Peeters semble encore se tenir à l’ancien scenario. La seule chose qui semble ressortir de son discours du 11 juillet dernier (Fête de la Communauté flamande), ce sont ses lamentations sur le fait que le gouvernement fédéral ne demande pas assez l’avis de la Flandre dans les décisions européennes. Un discours “ calimero “ à la De Wever alors que personne ne peut gagner la course du plus grand calimero contre De Wever.
Avez-vous déjà entendu Kris Peeters dire quelque chose de positif sur le gouvernement fédéral ? Et bien non, c’est même tout le contraire. La semaine passée, il a attaqué le gouvernement fédéral parce qu’Elio Di Rupo a osé réclamer ce que deux commissions parlementaires et un grand nombre d’experts exigent depuis des années, c’est-à-dire la scission entre banques d’épargne et banques d’affaires. Le Ministre-Président se plaint également depuis des mois que le gouvernement fédéral lambine avec la réforme de l’Etat et l’informe insuffisamment. C’est un calque de la posture de De Wever : le gouvernement fédéral ne travaille pas bien et ne respecte pas les entités fédérées. Quand est-ce que Kris Peeters a salué la sixième réforme de l’Etat, laquelle est également le fruit du travail de son propre président de parti ? Jamais.
Au contraire, Peeters se plaint depuis un an que la mise en œuvre n’est pas assez rapide et qu’une septième réforme de l’Etat est urgente ! Voici encore un cadeau pour De Wever qui voit une fois de plus sa position appuyée par le Ministre-président himself. Alors même que tout le monde sait que c’est un travail de titan que de finaliser la traduction de la sixième réforme de l’Etat en textes législatifs et ce pour 2014 et que cela prendra encore de nombreuses années avant d’implémenter le transfert des compétences. Peeters le sait mais exige une septième réforme de l’Etat. Une voie royale pour De Wever.
Voyons comment l’ancien premier Ministre Jean-Luc Dehaene s’est attaqué au problème en 1995 après la quatrième réforme de l’Etat. Il a fait inscrire dans le premier accord de gouvernement que cette réforme de l’Etat devait être mise en œuvre et que le Sénat se chargerait du suivi et de l’évaluation. Ce qui empêchait toute nouvelle réforme lors de la nouvelle législature. Une pause communautaire en quelque sorte. A toutes les questions parlementaires de cette législature-là, Jean-Luc Dehaene se référait sans cesse à cette petite phrase et passait à l’agenda politique, le sien, pas celui de l’opposition... Ca s’appelle du leadership ça, non ?
Kris Peeters se trouve donc devant un choix crucial : adopter un comportement qui revient à se trahir soi-même ou par la transformation se réinventer. Le contexte dans lequel Kris Peeters fonctionne a changé. Il s’est produit une césure fondamentale : Bart de Wever est “ Dieu “, la NVA menace de cannibaliser le CD&V et il y a un accord politique sur la sixième réforme de l’Etat. Aussi longtemps que Peeters continuera à demander une septième réforme de l’Etat et adoptera une attitude frontale vis-à-vis du gouvernement fédéral, il aidera la NVA à obtenir une victoire éclatante en 2014. Si a contrario Peeters suit le duo Van Rompuy-Beke et dessine une trajectoire différente pour 2014, DeWever et sa bande lanceront l’offensive et le traiteront de Belgicain. Un dilemme pour Peeters. Pourtant, si Kris Peeters espère pouvoir encore jouer un rôle dans le projet politique flamand après 2014, il pourrait très bien ne pas avoir d’autre choix que d’opter pour une Flandre où les minorités ont une place, pour une Flandre où la société civile est prise en considération et pour un fédéralisme de coopération.
Dans der Rosenkavalier, Octavian et la Feldmarschallin prennent une décision radicale et courageuse et empruntent chacun un nouveau chemin. Strauss récompense ce courage par une des plus belles scènes finales de l’histoire de l’opéra. Le Baron Ochs ne comprend pas que le monde à changé autour de lui et son obstination est contreproductive. La sanction est des plus cruelles : aucun autre personnage d’opéra n’a été autant insulté et ridiculisé. En politique, Monsieur Peeters, cela se traduit par “ une défaite électorale historique “.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"QUAND LE SANG AURA COULE IL SERA TROP TARD"
Voilà qui résume assez bien les contradictions des partis dits traditionnels de Flandre.
Les électeurs flamands se prononcent en fonction de la politique menée dans l'autre région qu'ils diabolisent comme pour l'exorciser.
Surtout pas dans la leur qu'ils magnifient, quand Renault, Opel, Ford et bientôt Volvo y ferment leurs unités de production et génèrent le chômage,quand les populations laborieuses et entreprenantes prennent de la bouteille et sont blanchies par l'âge, quand pour rêver ils se choisissent un bouffon bouffi qui les rassure et vient de perdre cent livres et que les médias ont déjà sacré roi en le magnifiant de toutes les façons.
"Voilà une analyse qui redore le blason des Flamands; on finirait par croire qu'il n'y a que des nationalistes au nord."
"Peeters et BDW c'est un peu l'UMP et le FN en France. On connaît le résultat! L'inconvénient en Belgique, c'est que, par son attitude, Peeters va entraîner dans sa déroute les autres partis traditionnels flamands. La situation ne cesse de se détériorer et je crains de plus en plus que l'on aille vers l'éclatement du Pays. Quand du sang aura coulé, il sera trop tard..."
Quand le sang aura coulé, il sera trop tard. Une phrase terrible à nous glacer les sangs.
Le ciel nous en préserve et longue vie dernier roi des Belges.
MG



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