jeudi 6 septembre 2012

La percée des populismes européens




La xénophobie, la peur de l'islam, la crainte du déclassement, le rejet du multiculturalisme se retrouvent partout.
Semaine après semaine, les élections qui se déroulent dans les pays européens livrent le même diagnostic : la percée des partis populistes ne cesse de se confirmer et de s'amplifier.
La Finlande, la Slovaquie, la Hongrie ou la Suède, une autre fois, l'Italie, la Belgique ou la Suisse, à de multiples reprises, c'est comme une marée montante.
Dominique Reynié, politologue bien connu, publie justement un essai très informé et assez ambitieux sur le sujet (1).
L'intérêt principal de son livre est qu'il propose un panorama complet des 27 partis populistes européens répartis dans 18 pays. Aucune nation débarrassée du communisme n'y échappe, mais aucun pays scandinave, berceau et bastion de la social-démocratie, non plus. Comme le relève cruellement l'auteur, la gauche est devenue plus faible quand la société est devenue plus dure. Une fraction croissante de l'électorat populaire est passée de la gauche à la droite populiste.
Dominique Reynié a une thèse : nous assistons à la montée d'un populisme de type nouveau, le "populisme patrimonial", fondé sur la défense virulente d'un patrimoine matériel mis en cause (le niveau de vie) et d'un patrimoine immatériel menacé (le style de vie).
En clair, le populisme du XXIe siècle prospère sur la crise économique et sur l'immigration. Le chômage et la précarité pèsent sur le pouvoir d'achat et obscurcissent l'avenir. La vitalité de la religion
musulmane inquiète d'autant plus que la pratique religieuse chrétienne diminue fortement. L'Europe étant le continent le plus atteint par la crise économique et celui où l'immigration est la plus forte (plus qu'aux Etats-Unis, nous précise l'auteur), le populisme y progresse sans cesse. Il le fait dans les pays européens les plus prospères comme dans les plus atteints, dans les pays de tradition catholique ou orthodoxe comme de tradition protestante. La xénophobie, la peur de l'islam, la crainte du déclassement individuel et collectif, le rejet du multiculturalisme se retrouvent partout.
Reynié distingue certes les populismes de séparation (Italie du Nord, Flandre belge), qui rejettent toute solidarité avec les provinces moins privilégiées de leur propre nation (Mezzogiorno ou Wallonie), des pays où l'extrême-droite stricto sensu se renforce (Hongrie, Slovaquie, Roumanie).
Il tend cependant à trop généraliser le phénomène et omet d'expliquer pourquoi certains pays y résistent mieux que d'autres, comme l'Espagne. L'explication par le mode de scrutin législatif n'est pas
très convaincante, puisque la Grande-Bretagne est adepte du scrutin majoritaire à un tour et l'Allemagne du scrutin en fait proportionnel.
On peut surtout contester l'application de cette thèse globalement séduisante au Front national de Marine Le Pen. Pour Reynié, il s'agit désormais d'une version du populisme européen. Mais un parti
nationaliste, xénophobe, autoritaire, conspuant les élites et les médias, prônant le retour à un Etat fort, y compris en matière économique, sans écarter ultradirigisme, voire nationalisations,
abusant de surcroît cyniquement les classes populaires, cela ne ressemble-t-il pas furieusement aux ligues d'extrême droite des années 30, quand déferlait déjà une terrible crise économique mondiale ? La question n'est pas seulement de vocabulaire.
ALAIN DUHAMEL
1. "Populismes : la pente fatale", de Dominique Reynié (Plon, 280 p., 19,50 E).

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POPULISME PATRIMONIAL
L'expression est jolie et dit bien la nature du problème que nous observons de près en Flandre (et de plus loin aux States avec les Tea Parties). Nous assistons en fait " à la montée d'un populisme de type nouveau fondé sur la défense virulente d'un patrimoine matériel mis en cause (le niveau de vie) et d'un patrimoine immatériel menacé (le style de vie).
"Le populisme du XXIe siècle prospère sur la crise économique et sur l'immigration. Le chômage et la précarité pèsent sur le pouvoir d'achat et obscurcissent l'avenir."
Il nous apparaît, à tort ou à raison que le pire scénario de l'avenir pourrait bien être celui d'un bras de fer entre ce populisme droitier et réactionnaire et un populisme islamiste salafiste tout aussi conservateur et traditionnaliste sur fond de chômage et de déflation.
La gauche joue son va tout dans les cinq années qui viennent.
Si François Hollande qui a toutes les cartes en main devait échouer le risque de voir Marine Le Pen prendre du poil de la bête est considérable.
Chez nous De Wever tient La belgique en otage. S'il remporte le maïorat d'Anvers, capitale potentielle d'une nouvelle Flandre, rien ne
pourra l'empêcher de triompher aux régionales de 2014.  Le combat de résistance de P. Janssens est aussi le nôtre.

 « Y A-T-IL UN LEADER FRANCOPHONE DANS LA SALLE ? »



C'est la question que se pose Beatrice Delvaux dans son édito de jeudi.
"Quel leader francophone, sinon Elio Di Rupo, va prendre en main le futur des Francophones sans les Flamands ? Personne en vue. Et cela commence à en inquiéter plus d’un."
 « Elio mesure-t-il bien ce que veut le peuple flamand ? La clarté maintenant n’est-elle pas aveuglante sur l’évolution de l’opinion en Flandre ? Et dès lors le moment n’est-il pas venu de nous demander : que voulons-nous ? Il faudrait avoir peur de perdre 15 % de richesse en cas de rupture ? Quel sens y a-t-il à proférer cette menace ? La question que nous devons nous poser reste politique : vers quoi allons-nous ? « Cette incantation, c’est Guy Spitaels, Dieu aujourd’hui défunt, ex-patron tout puissant du PS et ensuite de la Wallonie, qui l’a prononcée il y a un an exactement. Spitaels avait mis en garde Elio Di Rupo, alors en pleine négociation comme formateur : « Ça va recommencer dans un an et demi. Vous achetez l’armistice pour 18 mois : c’est non ! »
Depuis ? Spitaels est mort, sans que son testament politique ait trouvé d’exécuteur. Quelques essais de « Plan W « - Plan Wallon –, ont bien été tentés, par le groupe Marcourt & Co, provoquant plus de disputes et autres chamailleries intra socialistes, wallons et bruxellois, que de réunions stratégiques pour l’avenir. Rudy Demotte, président de la Région Wallonne, embraye aujourd’hui avec son plan Wallonie 2022. Mais au delà, rien.
Ils sont plus d’un à s’en inquiéter off the record. D’autant plus lorsqu’ils constatent la «monarchisation», la posture royale d’Elio Di Rupo. Ce commentaire est né dans la bouche de l’analyse politique, Vincent De Corebyter, directeur du Crisp, qui n’est pas du genre à lancer des boutades. Depuis, il est repris partout. Jusqu’au caricaturiste Kroll qui a remis symboliquement dimanche à Di Rupo un dessin le représentant avec le drapeau belge en guise de traîne, une couronne sur la tête. Di Rupo lui s’agace : « Un Roi, nous en avons un et il remplit très bien son rôle. Moi je fais mon travail « .
Reste que pour beaucoup, le fait que Di Rupo fasse littéralement corps avec ce pays, permet de conclure : 1) qu’il ne sera pas prêt de travailler à son détricotage, ou en tout cas au plan « Larguons les amarres « des Francophones, Wallons et/ou Bruxellois ; 2) que pas grand monde au PS n’osera commettre un crime de lèse Belgique qui devient désormais un crime de lèse majesté puisque c’est un crime de lèse Elio.
Mais qui, alors, va prendre en main le futur des Francophones sans les Flamands-qui-ne-veulent-plus-de-nous ? Personne en vue et cela commence à en inquiéter plus d’un. Car le temps passe et pour beaucoup, au sud du pays, le 10 octobre 2012 nous rapprochera d’un grand coup de 2014. Et, dans les deux cas, du méga risque de la méga bombe nucléaire : le sacre de la N-VA et de son leader Bart De Wever qui, on le sait, n’a pas mis la Belgique au menu de son régime minceur.
Tous en coulisses s’accordent à reconnaître que la seule initiative jouable doit venir d’un président fort du Parti socialiste. Autant dire pas le virtuel (Thierry Giet), pas l’« actuel « (Elio), pas non plus le trop wallon (Marcourt) Un seul nom émerge et recueille les suffrages, dans et en dehors du parti : Laurette Onkelinx. Elle aime le pays mais n’a pas peur des réformes. Elle comprend les enjeux bruxellois et wallons et peut, si elle est convaincue d’un projet, se battre comme une lionne pour le faire advenir. Elle seule, pourrait assurer ce boulot sans donner l’impression de poignarder le Roi Elio.
Et elle a gagné la confiance d’autres présidents de parti. Onkelinx est de parole : cela s’entend beaucoup ces derniers temps.
Alors debout, les Francophones ? Les mois qui viennent diront qui de Spitaels, ou des Belgoptimistes ont eu raison.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LUCIDE!
La lucidité et la clarté de Béatrice Delvaux font à nouveau merveille. lElio Premier donne de plus en plus l'impression d'être l'ombre, voire la doublure d'AlbertII. Ou inversement, diront les mauvaises langues.
En face de lui, le nouveau roi des flamands est sur toutes les balles.
Certains, dont nous, se sont étonnés de le voir vaciller dangereusement sur un tandem piloté par son lieutenant. Bart est-il incapable de monter seul à vélo? Surprenant! L'homme serait-il malade ou affaibli par son régime draconien? Il semblait intellectuellement très en forme face à un fils De Croo fragile et sur la défensive dans un face à face sur Canvas.
La bulletin de santé de cet homme habile est en train de devenir le baromètre de notre avenir. Surprenant!
MG

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