samedi 1 septembre 2012

"Le Bonheur des Belges", la Belgique romanesque de Patrick Roegiers





"Le bonheur des Belges" Patrick Roegiers, Editions Grasset
Comme un astre autour du soleil, Roegiers tourne autour de la Belgique depuis qu’il s’en est exilé. « Le Bonheur des Belges » n’est pas le premier livre qu’il consacre au petit Royaume. Deux abécédaires « Le Mal du Pays » (une autobiographie de la Belgique) et " La spectaculaire histoire des Rois des Belges" (chez Perrin) suivis d’un livre documentaire, " La Belgique, le roman d’un pays" paru chez Gallimard dans la collection « Découvertes » n’ont pas rassasié loin s’en faut l’appétit de raconter ce pays qui ne ressemble à aucun autre.
S’il fallait définir la catégorie à laquelle appartient le dernier livre de Roegiers , le terme « roman total » est le premier à se présenter sur le clavier. Le roman que tous les écrivains rêvent d’écrire un jour, un roman qui pourrait se consacrer à rien (comme le fantasmait Flaubert), ou qui engloberait le tout (on songe à Proust) ou qui mêlerait le rien et le tout (et ici, le « Ulysse » de Joyce s’impose à nous). D’ailleurs, Roegiers avait publié un étonnant portrait croisé de Proust et Joyce à partir de la brève rencontre des deux génies dans les salons du Ritz (Nous avions rencontré Roegiers à la publication de « La Nuit du monde ».
De la Belgique, Roegiers nous donne un roman total et initiatique. Sur les pas d’un jeune garçon de onze ans, sans parents, l’auteur nous entraîne au travers de neuf chapitres (comme les 9 boules de
l’Atomium) dans l’histoire, la géographie, la géométrie, le génie, la fantaisie, l’irrévérence et la résignation, l’individualisme et l’aménité d’un pays. Roegiers invente une langue faite de ce qu’il désigne. Même les noms propres, de lieux ou de personnes, chantent dans le récit qui semble ainsi s’appuyer sur une ligne mélodique continue entrecoupée, régulièrement, de dialogues entre le narrateur et les personnages de rencontre ou entre ces derniers.
Voici un livre étrange né d’un exil de son auteur. Il n’est pas surprenant que Roegiers ait choisi de confier la narration à un enfant sans parents. Sous ses dehors rieurs Uylenspiegeliens et virevoltants,
"Le Bonheur des Belges" ne serait-ce pas aussi le roman d’un orphelin qui arriverait enfin au terme d’un cheminement de deuil ?
Un des grands romans de la littérature francophone.
Edmond Morrel

Le 10 septembre 2012 à l’Hôtel de Ville de Bruxelles à 18h30, Jacques De Decker s’entretiendra avec Patrick Roegiers à l’occasion de la sortie de son roman "Le Bonheur des Belges".
Cette soirée, agrémentée de lectures par Jean-Claude Frison et Michel de Warzée est organisée par Tropismes Librairie , que le journal Libération inscrit parmi les "six plus belles librairies d’Europe"
et la Bibliothèque des Riches Claires, dont le dynamisme au sein des bibliothèques de la Ville de Bruxelles n’est plus à démontrer.
Elle aura lieu à l’Hôtel de Ville de Bruxelles Grand-Place B-1000 Bruxelles

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
KAK OG GIENE KAK DE POT OP
On peut, comme nous, ne pas aimer Roegiers. On ira l'écouter quand même, question de découvrir ce que le facétieux De Decker arrivera à lui faire dire!

Au bonheur des Belges
« La Wallonie n’a pas d’avenir et la Flandre s’euthanasie », assène Patrick Roegiers, toujours atterré face au démantèlement de la Belgique. Avec Le bonheur des Belges, son nouveau roman, l’auteur
bruxellois exilé à Paris raconte « l'extraordinaire aventure d'un pays qui était heureux et qui ne le savait pas. » Patrick Roegiers nous reçoit à Saint-Maur, en bord de Marne, à une demi-heure de Paris.


Dans sa maison, blanche et recouverte de lierre, la Belgique y est aussi omniprésente que dans ses livres, une façon de « retrouver quelque chose d’égaré. Chaque objet a une histoire… » Des œuvres de Topor, Doisneau et son fils Antoine côtoient Ceci n’est pas un Magritte - copie de l’ancien chauffeur d’Allende - ou une photo de De Ghelderode « qui surgit dans le roman », Le bonheur des Belges, publié la semaine prochaine, chez Grasset. Un roman dédié " à ceux qui partent, parce qu’il faut se sauver du naufrage ! La Belgique demeure ma fantasmagorie créatrice, mais je l’ai quittée pour ne plus revenir."
L’auteur reste néanmoins hanté par elle.
Le livre devait s’appeler Si petit pays, clin d’œil à Léopold II qualifiant l’esprit belge. Puis Partir est une fête (cf. Brel), mais l’éditeur Jean-Paul Enthoven impose le mot « Belge ». Impossible de ne
pas songer au Chagrin des Belges d’Hugo Claus. « Les Belges sont des accidentés de l’histoire, ils ressemblent aux gens qui ne croient pas au bonheur alors qu’ils l’ont en eux. Les Flamands en profitent pour instrumentaliser un désir de Nation. Le projet névrotique de Bart de Wever démonte le mythe du pays, en le tuant il fera aussi périr la Flandre. La Wallonie n’a pas d’avenir et la Flandre s’euthanasie ! »
Roegiers raconte donc « une histoire optimiste sur fond de désastre. » Une fable, exquise et inclassable, qui a mis trente ans à éclore. Son héros passe de Victor Hugo à la bataille de Waterloo, de la gloire d’Eddy Merckx au désespoir de Benoît Poelvoorde. « Ce n’est pas un roman sur le passé, mais sur le présent. Il part d’un pays qui disparaît mais mon héros distille du bonheur et de la lumière. Ma nostalgie est joyeuse, tel est le secret du livre. Toute la Belgique s’y trouve, alors prenez-le comme un cadeau.» De la part d’un homme profondément blessé.

Interview et extraits dans le Vif/L’Express de cette semaine.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LA WALLONIE N’A PAS D’AVENIR ET LA FLANDRE S’EUTHANASIE »
Formule assassine mais assez réaliste au fond. On y ajoutera le blocage de Bruxelles!
On ne saurait plus être belge en somme que du point de vue de Sirius en sirotant son Ricard en bord de Marne.
Là où il y a une impasse , il y a une issue dit le tao. On ne voit plus que l'impasse, elle est partout et elle porte un nom BDW!
Elle est comme un spectre ou une "ombre" qui hante le paysage politique.
Bruxelles pourrait être la solution en s'étendant sur tout le territoire. Mais Bruxelles justement fait partie du problème et
Bruxelles-sans vision- s'enfonce dans le chaos et le néant. Bruxelles est menacée d'asphyxie dans son carcan et de blocage politique .On lira sans surprise l'excellent papier de Véronique Lamquin qui résume la situation de manière on ne peut plus lapidaire. "chronique d’une débâcle annoncée" selon Lamquin.
La situation n'est pas encore tout à fait désespérée mais grave, très grave.
MG
UNE OMBRE QUI PREND BEAUCOUP DE PLACE
VERONIQUE LAMQUIN (Le Soir)
L’expression – signée d’un ténor francophone – résume parfaitement l’état d’esprit de la classe politique francophone. On parle, l’auriez-vous deviné ? de Bart De Wever. Très discret ces dernières
semaines, le président de la N-VA est plus présent que jamais dans les têtes au sud du pays…
D’abord parce que, le 14 octobre, il risque bien de faire un carton en Flandre. Les sondages lui prédisent une solide victoire à Anvers et, comme son parti part de zéro à l’échelon communal, son résultat ne pourra être interprété qu’en termes de progression. Alors que certains partis (le VLD et le CD&V) jouent leur survie, sinon en 2012, en 2014, on les sent, aujourd’hui, tétanisés. Pas un mot contre la N-VA. Surtout, pas un geste. Le gouvernement fédéral va vivre suspendu, encore quelques semaines, à l’issue du scrutin communal.
Au sud du pays, les francophones attendent, impuissants, devant cette chronique d’une débâcle annoncée. Car, si Bart De Wever sort grand vainqueur, le 14 octobre, tout indiquera qu’il aura course gagnée en 2014. On voit mal, en effet, comment les autres partis flamands retrouveraient, en moins de deux ans, leur crédibilité. Du reste, en 2014, on votera simultanément aux niveaux fédéral et régional. En clair, si raz-de-marée de la N-VA il y a, il emportera plusieurs étages de la maison Belgique sur son passage : le fédéral, la Région flamande, voire la Région bruxelloise, dont le fonctionnement pourrait être bloqué.
Vu de l’autre côté de la frontière linguistique, ce scénario catastrophe se résume en une phrase : les francophones ne sont pas maîtres de leur sort. L’acter ne doit pas être source de résignation,
mais bien de détermination. Celle de se préparer au pire, l’éclatement du pays. Pour cela, il faut d’abord que les présidents de parti fassent taire leurs rivalités et planchent, ensemble sur l’avenir de
la Wallonie et de Bruxelles. Ensuite, il convient d’évacuer au plus vite les sempiternelles questions de tuyauterie institutionnelle. La sixième réforme de l’Etat a consacré les Régions (au détriment des
Communautés) ; la « menace » flamande ne laisse pas d’autre option que celle de deux Régions (wallonne et bruxelloise) unies dans un même destin. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce qu’il convient c’est de se préparer à cet éventuel avenir sans la Flandre, en œuvrant, au plus vite, au redressement et au développement de Bruxelles et de la Wallonie. 
Au cas où l’ombre grossirait encore.



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