mercredi 5 septembre 2012

Le papa de « ma couille » : « J'ai fait la plus grosse boulette de ma vie »




LE PERE DE FAMILLE QUI A POUSSE SES ENFANTS A INSULTER MICHELLE MARTI DEVANT LA CAMERA DE L'AVENIR S'EST CONFIE A RTL. « JE N'AURAIS JAMAIS DU ENTRAINER MES ENFANTS LA-DEDANS… », REGRETTE-T-IL.
Le père de famille qui s'est involontairement fait connaître des internautes en invitant ses enfants à insulter Michelle Martin lors d'une manifestation à Malonne a fait son mea culpa à RTL.be. Filmé par L'Avenir, il avait encouragé ses enfants, qu'il appelait « ma couille », à insulter comme lui Michelle Martin qui arrivait à Malonne.
« J'ai fait la plus grosse boulette de ma vie, Je n'ai pas d'excuse par rapport à cette vidéo. Moi, l'adulte, j'assume ce que j'ai dit. Mais je n'aurais jamais dû entraîner mes enfants là-dedans », a-t-il
reconnu sur le site de RTL. Evoquant l'affaire Dutroux, qui l'a « Écœuré » depuis toujours, l'homme a présenté ses excuses à ses enfants et demandé l'aide d'un avocat pour faire retirer la vidéo des sites où elle est hébergée ou de la reposter en floutant le visage de ses enfants – ce que Vers l'Avenir a fait.
«On a saccagé ma voiture, on a insulté mes enfants. Ça a bouleversé ma vie », regrette-t-il.« Ce n'est pas mon habitude d'être grossier comme ça, que ce sont les circonstances qui m'y ont poussé».

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L'ETHIQUE SELON RINGLET
 
 

"Je ne peux absolument pas admettre les dérapages dont nous avons été témoins ces dernières semaines. On ne rencontrera pas l’immense souffrance des victimes en naviguant dans des eaux troubles.
"Gens douteux et troubles, qui tentent de récupérer ces manifestations, on croise un autre public. Gens "perdus", qui ne se sentent pas reconnus : ils ont perdu un procès ou un emploi, vécu un
traumatisme familial et portent une blessure, parfois secrète."
"Si notre société se veut encore démocratique - ce que j’espère ! - elle doit absolument résister à la tentation d’une justice d’exception."
"La manière dont nous y répondons révèle notre degré de civilisation :sommes-nous capables de garder en "humanité" - j’emploie le mot à dessein - des personnes qui ont commis le pire ?"
"Grâce à elles, et je mesure mes mots, nous serons peut-être un peu plus humains. A travers leur geste, que je crois prophétique, c’est chacun qui devient meilleur, qui s’élève et qui s’élargit."
Mon amie Lucie, paix à ses cendres, aurait dit: "J'ai mal à l'autre".
L'autre dont le visage (Levinas) toujours nous interpelle, nous pousse au meilleur ou au pire, qu'il, qu'elle soit victime ou bourreau.
Gabriel Ringlet nous donne ici une belle leçon d'éthique universelle.
MG

RINGLET SALUE LE "GESTE PROPHETIQUE" DES CLARISSES

Entretien, Annick Hovine (LB)
Il aurait été indiqué que plusieurs lieux “civils” se proposent pour l’accueillir, selon l’abbé Ringlet. Les Clarisses, dit-il, ont agi avec courage et cohérence.
Gabriel Ringlet, rappelle-t-on ci-contre, a vécu de près la tragédie mise au jour durant l’été 1996. Nous avons rencontré l’ancien vice-recteur de l’UCL au lendemain de la décision de la Cour de
cassation de ne pas invalider la libération conditionnelle de Michelle Martin.
ON VOIT REAPPARAITRE LES TENSIONS ENTRE “LE PEUPLE UN PEU IRRATIONNEL” ET LES GENS “INFORMES” QUI DEFENDENT LA RATIONALITE DE LA JUSTICE… ON SENT, EN MEME TEMPS, UNE IMMENSE DECHIRURE CHEZ BEAUCOUP, PARTAGES ENTRE LEUR EMPATHIE AVEC LES PARENTS ET LEUR MALAISE DE RESERVER A L’EX-FEMME DE MARC DUTROUX UN TRAITEMENT DIFFERENCIE PAR RAPPORT AUX AUTRES JUSTICIABLES. COMMENT VIVEZ-VOUS CELA ?
Déchirure, c’est vraiment le bon mot. Je vis très douloureusement les événements actuels. Je suis totalement solidaire et impliqué avec les victimes. Mais malgré cette solidarité fondamentale, et peut-être même à cause d’elle,
QUI SONT CES GENS QUI MANIFESTENT, DE MALONNE A BRUXELLES ?
Je veux apporter une nuance importante par rapport à l’émotion que je sens dans le public. A côté des gens qui soutiennent sincèrement les parents, et qui, par générosité première, se mettent de leur côté de manière indéfectible, sans se poser de questions, et d’autres gens douteux et troubles, qui tentent de récupérer ces manifestations, on croise un autre public. Ce sont des gens que je dirais "perdus", qui ne se sentent pas reconnus : ils ont perdu un procès ou un emploi, vécu un traumatisme familial et portent une blessure, parfois secrète.
On les voyait déjà dans les innombrables lâchers de ballons qui ont suivi la Marche blanche. Ils sont de toutes les manifestations. Quand on les entend dire : il ne faut pas qu’elle sorte de prison, il faut qu’elle aille jusqu’au bout, etc., c’est complexe : il y a tout ça qui vient se mêler. C’est devenu pour eux une manière de signaler : "Je suis là et moi aussi, je suis en souffrance". J’ai beaucoup de respect pour ces gens. Je dirais qu’ils viennent glisser leur blessure dans celle des parents.
MAIS ILS NE VEULENT PAS QUE MME MARTIN SOIT LIBEREE, MEME SI LA LOI LE PERMET.
Si notre société se veut encore démocratique - ce que j’espère ! - elle doit absolument résister à la tentation d’une justice d’exception. Et là, j’espère vraiment que le monde politique saura débattre de ces questions difficiles avec la distance et la sérénité nécessaires, à l’abri de toute pression électoraliste. Les politiques devraient tourner leurs regards vers la Norvège, qui aborde
remarquablement la question de la prison et de la réinsertion. J’ai vécu de très près la Commission sur les abus sexuels dans l’Eglise.
Là, alors que l’atmosphère était terriblement plombée au départ, on a vu émerger un travail parlementaire de qualité qui est arrivé à des résultats. Cette commission a été capable d’indépendance, y compris par rapport à l’émotion. Il faut, ici aussi, que les politiques en soient capables.
La question de la libération conditionnelle de Michelle Martin et sa possibilité de réinsertion, c’est beaucoup plus
qu’une affaire de "droit" et, surtout, beaucoup plus qu’un dossier individuel. La manière dont nous y répondons révèle notre degré de civilisation : sommes-nous capables de garder en "humanité" -
j’emploie le mot à dessein - des personnes qui ont commis le pire ? Si oui, loin de nous rabaisser, cela nous grandit. C’est l’avenir même de l’humain qui est en cause là-dedans. Ce n’est pas pour les beaux yeux de Michelle Martin qu’il faut tout faire pour la réinsérer : c’est pour notre santé à tous.
Pourtant personne n’en veut, à part les Sœurs Clarisses. Outre ses 30 ans de réclusion, l’ex-femme de Dutroux n’est-elle pas aussi condamnée à la “mort civile”, cloîtrée à Malonne comme à Berkendael ?
Je suis tout à fait d’accord : on ne veut pas la réintégrer. Pourtant, si on accepte qu’un jugement a été rendu, qu’une peine a été exécutée, que rien n’autorise à la doubler, et donc que la libération
conditionnelle résulte de l’application même de la loi, il appartient à la société de trouver des pistes de réinsertion, quelle que soit la gravité des actes posés. Si je pouvais glisser une piste de changement dans la loi, ce serait de ne plus laisser l’avocat du coupable chercher seul un plan de réinsertion. C’eût été pour moi de bonne démocratie que plusieurs lieux, qui ont un engagement social et une expertise avec des situations difficiles, soient possibles pour accueillir Michelle Martin. Je me serais réjoui d’une proposition "civile" ! Mais qui a ouvert un chemin, ne serait-ce que pour en débattre et en examiner au moins l’hypothèse ? Personne ! Sauf cette petite communauté contemplative de Malonne qui n’avait jamais fait parler d’elle, sauf en bien.
LA PROPOSITION DE CES CLARISSES EST VIVEMENT CRITIQUEE…
A ceux qui critiquent "l’accueil de Malonne", j’aimerais poser une question toute simple : qu’est-ce que ces sœurs avaient à gagner ?
Qu’on me le dise ! Elles vivaient à l’écart, sans faire de bruit, en étant très respectées de leur environnement, accueillant depuis des décennies des personnes paumées qui frappent à leur porte. Et les voilà au milieu d’une tornade. Pas pour avoir posé un geste religieux, mais un geste citoyen que la société ne posait pas. Les sœurs ne demandaient qu’une chose : qu’on trouve un lieu laïc pour accueillir Mme Martin. Leur proposition est seulement liée au fait qu’une d’entre elles correspondait avec la détenue et lui rendait visite. Au fil des mois, elle a proposé à ses consœurs de l’accueillir, parce qu’il n’y avait pas d’autre solution. Elles ont accepté, en accord avec leur engagement de Clarisses.
MEME CERTAINS DE LEURS DETRACTEURS SOULIGNENT LEUR COURAGE.
On a parlé de leur courage ; il en fallait beaucoup. Moi j’admire leur fermeté et leur détermination. Ce n’est pas de l’entêtement, mais de la cohérence. Une partie de la société ne voulait pas qu’il y ait de solution : elles ont cassé quelque chose dans le système pour que, finalement, la loi puisse s’appliquer. Voilà, au sens noble, des femmes qui "font autorité". J’ajoute que, grâce à elles, et je mesure mes mots, nous serons peut-être un peu plus humains. A travers leur geste, que je crois prophétique, c’est chacun qui devient meilleur, qui s’élève et qui s’élargit.

Aucun commentaire: