samedi 8 septembre 2012

Peut-on encore arrêter la N-VA ?





Entretien : Jean-Paul Duchâteau (LB)
La N-VA atteint désormais un chiffre record, avec plus de 40% des intentions de vote. Peut-on encore arrêter le parti de Bart de Wever ?
Et comment ? Les élections communales en Flandre risquent-elles d'être marquées par le sceau des nationalistes ?
Entretiens croisés.

Pierre Vercauteren, politologue à l’UCL-Mons.
POURQUOI LA N-VA CONTINUE-T-ELLE DE MONTER, COMME LE MONTRE NOTRE DERNIER SONDAGE ?
Les partis flamands démocratiques avaient créé un cordon sanitaire à l’encontre du Vlaams Blok (devenu Vlaams Belang), qui malgré tout parvenait à progresser d’élection en élection. Comme il devenait de plus en plus politiquement incorrect, l’électorat flamand a cherché une alternative. Et elle a été progressivement incarnée par la N-VA qui a allégrement pompé dans le réservoir du VB. Sans doute que le vote en faveur de la N-VA manifeste aussi, mais d’une autre manière, l’affaiblissement de la fidélité des électeurs aux partis traditionnels flamands, perçus comme pareils les uns aux autres. Cela s’est traduit par de forts mouvements d’une élection à l’autre et la recherche d’"autre chose", pas seulement sur le terrain communautaire.
C’est vrai alors que la N-VA, dans un positionnement très marqué mais "politiquement acceptable", masquant habilement son caractère séparatiste, a attiré des voix de type communautaire, mais bien
au-delà. C’est à la fois la sanction des partis traditionnels flamands et le positionnement très libéral de la N-VA qui lui ont permis de pomper cette fois dans les rangs du VLD.
MAIS N’Y A-T-IL PAS DE DEFAUT A L’ARMURE ?
Si, il y a des faiblesses. La première, c’est le rôle majeur joué par Bart De Wever. La seconde, c’est que la N-VA, à part sa participation au gouvernement flamand, n’a pas encore osé l’exercice du pouvoir au niveau fédéral. C’est une contradiction que tôt ou tard, le parti va devoir trancher.
VOYEZ-VOUS DES LIMITES A CETTE PROGRESSION ?
Tant que Bart De Wever parvient à capitaliser le vote des mécontents, cela va marcher. Mais si un jour son étoile venait à pâlir, ce qui arrive tôt ou tard, la N-VA se trouverait directement exposée. D’autre part, si l’on regarde les chiffres du sondage, on peut se poser la question de savoir dans quelle mesure la N-VA a pompé tout ce qui était possible du côté du Vlaams Belang ou s’il y a encore une marge de progression. Idem par rapport à l’Open VLD et au CD&V.
QUE DEVRAIENT FAIRE LES PARTIS TRADITIONNELS ?
Les partis traditionnels ont connu plusieurs phases par rapport aux résultats du choc électoral de 2010.
La première était la phase où la N-VA, forte d’un succès plus important que prévu, avait tétanisé les partis flamands. On est ensuite passé à une érosion de cette attitude et la N-VA n’a plus eu autant d’influence. Cela est parti des partis de gauche. Troisième phase, le CD&V s’est affranchi de la tutelle N-VA et les choses ont basculé. Ce n’est que très récemment que les partis flamands ont décidé de se montrer offensifs à l’encontre de la N-VA, mais cela reste encore timide et limité à quelques-uns, les leaders se gardant bien - encore ? - d’attaquer De Wever.
LES ELECTIONS COMMUNALES CONSTITUERONT-ELLES UN PLUS OU UN MOINS POUR LA N-VA ?
Son combat est très spécifique aux terrains fédéral et régional. Et on sait que traditionnellement, le terreau communal est fait d’enjeux locaux. Donc, une demi-victoire de la N-VA à ce scrutin pourrait
devenir un semi-échec.

Dave Sinardet, professeur à la VUB, à l’Université d’Anvers et aux Facultés universitaires Saint-Louis.
QUELLES SONT LES RAISONS DE LA PROGRESSION CONSTANTE DE LA N-VA LORS
DES ELECTIONS ET DES SONDAGES ?
Je voudrais d’abord dire, à propos du sondage de "La Libre", que celui-ci n’apporte rien de nouveau, en raison de la marge d’erreur. Ce sondage confirme en fait ce qu’on sait depuis quelque temps :
effectivement, la N-VA reste toujours loin au-dessus des 30 % et c’est donc de très loin le plus grand parti flamand.
MAIS POURQUOI CONTINUE-T-ELLE DE PROGRESSER ?
Il y a différentes raisons. D’abord, il y a clairement l’effet Bart De Wever qui est extrêmement populaire. Mais, comme le montrent tous les sondages, le suivant de la N-VA se retrouve assez loin dans les listes de popularité. Ce n’est pas sans précédent : on a connu le phénomène Steve Stevaert en 2003, qui récoltait plus de popularité que son parti ; il y a eu ensuite Leterme et aujourd’hui, c’est De Wever. C’est un très bon débatteur, on l’a encore vu lundi à l’émission "Ter zake" où il a dominé Alexander De Croo. D’autre part, il a réussi à devenir le plus illustre "Bekend Vlamingen", ce qui fait qu’on le retrouve dans tous les médias. Les analystes politiques ont toujours tendance à tout analyser de manière rationnelle, mais beaucoup de gens ne suivent pas la politique. Ils lisent ou regardent les magazines populaires où De Wever est omniprésent.
IL EST DONC TRES POPULAIRE. CELA SUFFIT-IL POUR DURER POLITIQUEMENT ?
Bart De Wever appelle au changement. Cela marche toujours bien, comme on l’a vu par exemple aux Etats-Unis avec Obama et en France, avec François Hollande. Beaucoup de gens en ont marre du gouvernement du moment et si on exploite bien la chose, comme le fait De Wever, cela rapporte gros. C’est très fort de sa part d’apparaître comme anti-establishment alors que la N-VA est quand même dans le gouvernement flamand ! Enfin, son parti a vraiment réussi à devenir le leader du marché à droite, par son talent mais aussi par la faiblesse des autres. A l’extrême droite, le Vlaams Belang est dans une mauvaise posture tandis qu’au centre, même si le CD&V et le VLD engrangent des choses dans le gouvernement fédéral, ils n’arrivent pas à les vendre.
QUE FAUDRAIT-IL POUR ARRETER CETTE VAGUE ?
Clairement, il faudrait un nouveau Bart De Wever, avec le même talent.
Comme Leterme était l’anti-Verhofstadt. Mais, sauf évolution spectaculaire, ce ne sont pas les leaders actuels des partis traditionnels qui pourront incarner l’alternative. Alexander De Croo
semble toujours communiquer sur ce qu’il n’a pas obtenu, ce qui n’est pas d’une grande intelligence, et Chris Peeters essaie régulièrement de se profiler comme un Bart De Wever light. C’est une mauvaise stratégie car les gens préféreront toujours l’original à la copie.
LE PAYSAGE COMMUNAL DE LA FLANDRE RISQUE-T-IL D’ETRE PROFONDEMENT
MODIFIE APRES LE 14 OCTOBRE ?
C’est très possible. Il est évident que la N-VA va essayer de "nationaliser" le débat car, à l’inverse des autres partis, elle ne dispose guère de grandes figures locales. Il faudra voir s’ils y parviennent. La politique est en effet très imprévisible, en Flandre en tout cas. Ces dix dernières années, les partis politiques flamands ont tous connu à la fois leur meilleur score et leur plus mauvais.
L’électorat est très volatil.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ALLERGIE RECIPROQUE
Au risque de paraitre simpliste, nous dirons que plus la crise avance et plus se marque la confrontation droite-gauche comme l'illustrent le bras de fer Hollande-Sarko ou l'affrontement Obama Romney.  La partie se joue plus encore entre deux hommes qu'entre deux systèmes.  Chez nous: Di Rupo fait face à De Wever.
Les deux hommes incarnent, il est vrai des conceptions sociales diamétralement opposées: un assistanat social pour les démunis francophones et les enfants de l'immigration face à un libéralisme débridé pour un peuple de petits entrepreneurs poujadistes enrichis.
Le premier se fait le champion d'une une conception de l'Etat providence financé par la dette (et les transferts financiers venus deFlandre) que le second, néo conservateur dans l'âme, rêve de
démanteler.
L'enjeu est de taille:  la survie d'une sécurité sociale unitaire (pour combien de temps encore) payée à crédit et financée en grande partie par une Flandre de moins en moins partageuse (comme sa cousine Germania).
La Flandre se reconnait dans le petit bourgeois nationaliste fort en thème, la Wallonie s'identifie au docteur en chimie orphelin de père mineur de fond et issu de l'immigration.
La polarisation devient extrême entre le Wallon rouge et le Flamand noir, entre le belgicain et l'indépendantiste flamingant.  Les autres leaders: Milquet, Michel, Toback ou De Croo - les verts sont carrément hors jeu- font de la figuration et brassent le vent.
On se retrouve à soixante ans de distance dans le cas de figure de l'affaire royale avec son clivage pré-révolutionnaire: une Wallonie rouge face à une Flandre noire et jaune.
L'homme au papillon et son projet de société exaspèrent plus de la moitié des Flamands, comme le mangeur de gaufres repenti donne des boutons à l'ensemble des francophones.
Ne pas voir cette polarisation c'est s'aveugler.
La Flandre toujours rêve d'un homme fort qu'elle inonde de ses voix avant de le flinguer: Tindemans, Martens, Dehaene, Verhofstadt, Stevaert et ensuite Leterme.
Bart De Wever n'est pas dupe. En bon historien ,il sait il n'y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne.
Surtout, il est conscient qu'il ne saurait manquer son grand rendez-vous avec le destin en 2014. Or deux ans en politique où triomphe l'imprévisible, c'est très long.
Son "populisme patrimonial" (voir article de jeudi) se fonde sur la défense virulente d'un patrimoine matériel mis en cause (le niveau de vie de la petite bourgeoise) et d'un patrimoine immatériel menacé (le style de vie des parvenus flamands de deuxième et troisième génération).
Retenons quand même "qu'une demi-victoire de la N-VA au scrutin anversois pourrait devenir un semi-échec" pour son champion.
MG

DI RUPO ET DE WEVER, LES PLUS POPULAIRES



La rédaction de "La Libre"
A Bruxelles, le Premier ministre consolide sa position de leadership.
Le dernier volet de notre Baromètre politique "La Libre"/RTBF/Dedicated se penche sur la popularité des hommes politiques au nord et au sud du pays. Bart De Wever reste le grand gagnant en Flandre tandis qu'Elio Di Rupo est toujours intouchable en Wallonie et à Bruxelles.
A la question "Pour chacune des personnalités suivantes (nom, parti), voulez-vous nous dire si vous souhaitez lui voir jouer un rôle important dans les prochains mois?", le leader de la N-VA arrive en
première position au nord du pays avec 42 points, en recul cependant de 2 points par rapport au baromètre précédent de mai 2012. Bart De Wever reste tout de même très loin devant Johan Vande Lanotte (S.PA), qui fait son entrée dans le trio de tête, passant de la 4e à la 2e place, et Kris Peeters (CD&V) troisième.
A noter qu'Elio Di Rupo, deuxième de ce classement lors du Baromètre précédent, pointe désormais à la 4e place, enregistrant un recul de 4 points.
A Bruxelles, le Premier ministre consolide sa position de leadership avec 45 points, loin devant Charles Picqué (PS), stable avec 29 points, et Joëlle Milquet (CDH) avec 28 points (+3 points). Dans la
capitale, le trio de tête est donc inchangé par rapport à la dernière consultation.
Enfin, en Wallonie, le trio est également inchangé avec Elio Di Rupo (53 points, -3), très loin devant Joëlle Milquet (21 points, -2) et le socialiste Paul Magnette (21 points, -1).
Ce sondage a été réalisé par Internet du lundi 27 août au dimanche 2 septembre 2012 sur un échantillon strictement représentatif de 2707 électeurs belges. Marge d'erreur: 3,3%.
Le reste du classement et toutes les analyses à découvrir dans "La Libre".

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