mardi 18 septembre 2012

Pourquoi le Pape tend la main aux musulmans


Par Jean-Marie Guénois


Benoît XVI, à Beyrouth, ce dimanche.Crédits photo : Alessandra Tarantino/AP
DÉCRYPTAGE - Dans son discours prononcé au Liban, Benoît XVI a souhaité démontrer que chacun avait sa place en Terre sainte.

Une des surprises du voyage de Benoît XVI au Liban aura été sa volonté marquée d'opérer un rapprochement avec le monde musulman. On pourrait l'attribuer à l'actualité brûlante de la semaine dernière, ponctuée par la diffusion d'un film injurieux pour l'islam - «fermement condamnée» par l'Église -, qui a provoqué une chaîne de violences contre des représentations américaines. Des réactions qui, elles aussi, ont été qualifiées d'inacceptables par le Vatican. Il n'en est pourtant rien.
La préparation des discours du Pape pour un voyage international demande de longs mois. Il est donc rare qu'ils traitent d'une actualité aussi chaude. L'idée de ces visites pastorales est plutôt de soutenir les chrétiens dans leurs difficultés personnelles, sociales, politiques et religieuses. Au Moyen-Orient, les communautés catholiques se déchirent en querelles internes et souffrent de la diaspora de leurs élites. Mais ce sont là des problèmes mineurs face à la question cruciale de leur avenir, qui ne peut s'écrire sans l'islam.
Benoît XVI, qui, en octobre 2010, a convoqué à Rome un synode spécial pour le Moyen-Orient, l'a parfaitement compris. Deux cents évêques et experts du Moyen-Orient ont à l'époque établi un diagnostic très précis. La vie de plus en plus tendue des chrétiens confrontés à la montée d'un islam radical fut une question lancinante. Parfois exprimée, mais pas toujours.
En mai 2009, ce même Pape avait fermement repoussé le spectre d'un choc des religions. C'était lors de son voyage en Terre sainte - Jordanie, Israël, Territoires autonomes palestiniens. Mais il n'avait pas exprimé une vision aboutie des relations avec l'islam, comme il vient de le faire durant ces trois jours libanais.
À Beyrouth, ce Pape intellectuel est allé jusqu'à chercher une définition issue du judaïsme pour expliquer ce que signifie la «paix véritable» entre ces religions. Elle repose sur trois idées: «être complet», «être intact» et «achever une chose pour rétablir l'intégrité».
S'appuyant sur ce langage philosophique, il a cherché à démontrer que chacun - juif, chrétien ou musulman - a sa place en Terre sainte. C'est la première idée. À l'entendre, cette région du monde serait incomplète sans l'une de ces trois composantes religieuses. Ensuite, il a souligné que chacun doit rester lui-même, pleinement juif, musulman ou chrétien, donc être «intact» dans son identité. C'est la seconde idée. Enfin, il convient que ces trois appartenances refusent l'immobilisme pour suivre une progression dynamique vers leur accomplissement. C'est la troisième idée: il faut «achever» le rapprochement pour «rétablir l'intégrité». Benoît XVI en a même suggéré une première application concrète en affirmant que «l'appel à la liberté du printemps arabe», mouvement s'il en est, concerne aussi… les chrétiens arabes.
NOBLE ALLIAGE
On pourrait reprocher à Benoît XVI une approche étrange d'un problème de géopolitique, voire une fantaisie de professeur de théologie! Mais on ne peut pas lui faire le procès de «manquer de vision». Voilà effectivement comment le Pape «voit» la coexistence entre juifs, chrétiens et musulmans, réfutant toute concurrence. À l'encontre des pessimistes, il a même parlé de «noble alliage».
À cette cohabitation harmonieuse, il a toutefois posé au Liban deux conditions avec une clarté inédite. La première est le rejet radical du «fondamentalisme» religieux. Il n'a pas eu de mots assez durs pour demander que cette «falsification de la religion», qui met en avant la «violence» et le «pouvoir» au lieu de la spiritualité, soit «éradiquée». La seconde condition est une critique en règle du concept de «tolérance religieuse».
Benoît XVI a démontré que cette idée en vogue était trop superficielle pour assurer l'avenir car elle pouvait maquiller le fondamentalisme le plus étroit. Pour lui, il faut aller plus loin et «passer de la tolérance à la liberté religieuse». Une liberté religieuse qui suppose le droit de conscience, et donc la liberté de changer de religion. Mais aussi celui de ne pas être inquiété - en tant que citoyen - pour son appartenance religieuse, comme beaucoup de chrétiens le sont dans des pays musulmans.
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
" LA COEXISTENCE ENTRE JUIFS, CHRETIENS ET MUSULMANS, REFUTE TOUTE FORME DE CONCURRENCE."
Tandis que les réactions en chaîne contre le film islamophobe se multiplient sous forme d'attentats divers et de manifestations de rue jusque dans nos villes et nos banlieues, tandis que Marine Le Pen hurle à l'intimidation, le pape le plus intellectuel de la modernité exprime au Liban, pays où se côtoient les cultures et les religions, les fondement de sa vision de la coexistence pacifique entre les religions et les cultures.
Sa vision d'une très haute élévation spirituelle force le respect.
Elle exprime sa volonté marquée d'opérer un rapprochement avec le monde musulman.
Le pape allemand condamne "fermement" la diffusion d'un film injurieux pour l'islam. De plus, il dénonce comme "inacceptables" les réactions de violence en résultant.
En mai 2009, Benoît XVI avait fermement repoussé le spectre d'un choc des religions. Mais voici que sa pensée a mûri et qu'il propose en l'exprimant en toute clarté "une vision aboutie des relations avec l'islam".
Pour lui, la «paix véritable» entre ces religions se fonde sur trois idées: «être complet», «être intact» et «achever une chose pour rétablir l'intégrité».
Chacun - juif, chrétien ou musulman - a sa place en Terre sainte. Si j'ai bien compris son discours libanais, cette région du monde serait incomplète sans l'une de ces trois composantes religieuses. Ensuite, "chacun doit rester lui-même, pleinement juif, musulman ou chrétien, donc être «intact» dans son identité." Enfin, il convient que ces trois appartenances refusent l'immobilisme pour suivre une progression dynamique vers leur accomplissement. Il faut «achever» le rapprochement pour «rétablir l'intégrité».
Attention: "intégrité" n'est pas éloigné d'"intégrisme"! Tout rapprochement devrait permettre, au delà du respect mutuel, des synergies dans un climat de coexistence pacifique y compris, selon nous avec les non-croyants. Ceci dans un esprit de stricte laïcité.
Autrement dit, il est impératif de promouvoir hardiment la coexistence et le dialogue entre les religions mais aussi avec les athées et les agnostiques!
On le voit, ce pape au style ringard est aussi un visionnaire et un novateur téméraire. Mais, on le sait bien,  ce grand intellectuel est médiocre communicateur. Peu relayé par les medias son puissant message passe mal.
Il y a plus: Benoît XVI  s'est montré sensible à «l'appel à la liberté du printemps arabe», qui selon lui concerne aussi les chrétiens arabes.
On s'étonnera donc que ce discours soit resté lettre morte, qu'il ait fait l'effet d'un "airain sonore"  qu'il ait été entendu comme un prêche académique dans le désert.
Il nous semble pourtant qu'aucun pape ne soit aller aussi loin dans une tentative d'amorcer un dialogue franc en vue d'une vraie coexistence des religions au Moyen Orient et partant, dans le monde.
Nous avons cru apercevoir dans ces propos papaux un écho du bouleversant discours d'ouverture du Caire de Obama souvent repris ici.
Aujourd'hui, déplorons le, Obama se tait et se fait tout petit de peur de heurter son électorat.  C'est la meilleure manière de rater son rendez vous avec l'histoire. L'obscur Reagan et le pape polonais anticommuniste avaient réussi ensemble à faire imploser le bloc soviétique. On ne peut pas dire que le binôme Benoît XVI Obama ait amorcé le grand dialogue des cultures et des religions que le monde attend depuis des décennies.
On aimerait entendre aujourd'hui une suite et une confirmation du discours du Caire que nous invitons à relire dans ses grandes lignes.
"Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ; qui se fonde sur le fait que l’Amérique et l’islam ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et ne sont pas voués à se faire concurrence. Au lieu de cela, ils se chevauchent et partagent des principes communs : justice et progrès ; tolérance et dignité de tous les êtres humains."
Pourquoi ne retrouve-ton pas tels accents dans le discours présidentiel de Barak Hussein Obama?
Au lieu de cela nous lisons que  "Washington cherche le ton juste face aux manifestation." Voilà qui  dissimule mal "la détresse de l'Administration Obama face au vent mauvais qui a gagné toute la planète, forcément malvenu à deux mois d'un scrutin présidentiel sous haute tension."
S'il se montre trop pusillanime par rapport à ses audaces de début de mandat, Obama finira par perdre face à son grand, méchant et imprévisible adversaire mormon.
MG

"LE PARTENARIAT ENTRE L’AMERIQUE ET L’ISLAM DOIT ETRE FONDE SUR CE QU’EST L’ISLAM ET NON SUR CE QU’IL N’EST PAS"


DISCOURS D’OBAMA AU CAIRE (5 JUIN 2009, EXTRAITS)
Dans la relation entre l’islam et l’Occident, il y a eu des siècles de coexistence et de coopération, mais aussi un conflit et des guerres religieuses. Plus récemment, cette tension a été nourrie par le colonialisme qui a privé de nombreux musulmans de leurs droits et de leurs chances, et par une guerre froide où des pays à majorité musulmane ont été trop souvent considérés comme des sous-traitants, sans égard pour leurs propres aspirations. De plus, les changements énormes provoqués par la modernisation et la mondialisation ont conduit d nombreux musulmans à considérer l’Occident comme hostile aux traditions de l’islam.
De violents extrémistes ont exploité ces tensions chez une minorité réduite mais puissante de musulmans. Les attentats du 11 septembre 2001 et les violences continuelles de ces extrémistes contre des civils ont conduit certains, dans mon pays, à percevoir l’islam comme irrémédiablement hostile, non seulement à l’Amérique et aux pays de l’Occident, mais aussi aux droits de l’homme. Cela a renforcé encore la peur et la méfiance.
Tant que notre relation sera définie par nos différences, nous renforcerons ceux qui sèment la haine et non la paix, et qui promeuvent le conflit plutôt qu’une coopération qui peut aider nos peuples à parvenir à la justice et à la prospérité. Ce cycle du soupçon et de la discorde doit cesser.
UN NOUVEAU COMMENCEMENT
Je suis venu chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, qui se fonde sur un intérêt et un respect mutuels ; qui se fonde sur le fait que l’Amérique et l’islam ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et ne sont pas voués à se faire concurrence. Au lieu de cela, ils se chevauchent et partagent des principes communs : justice et progrès ; tolérance et dignité de tous les êtres humains.
Je fais cela en ayant conscience que le changement ne peut pas s’effectuer en un jour. Un discours seul ne peut éradiquer des années de méfiance. Et je n’ai pas non plus de réponse immédiate à toutes les questions complexes qui nous ont amenés au point où nous sommes. Mais je suis convaincu que pour avancer, nous devons dire ouvertement ce que nous avons sur le cœur et que, trop souvent, nous ne disons que derrière des portes fermées. Il doit y avoir un effort soutenu pour s’écouter, apprendre l’un de l’autre et chercher des terrains d’entente. Comme le dit le sait Coran ; « Sois conscient de Dieu et dis toujours la vérité. » C’est ce que je me propose de faire : dire la vérité du mieux que je peux, humble devant la tâche qui nous attend, et ferme dans ma croyance que les intérêts que nous partageons en tant qu’êtres humains sont beaucoup plus forts que les forces qui nous séparent.
Cette conviction est en partie liée à ma propre expérience. Je suis chrétien, mais mon père venait d’une famille kenyane qui comprend plusieurs générations de musulmans. Enfant, j’ai vécu plusieurs années en Indonésie et j’entendais l’appel du muezzin à l’aube et à la tombée du jour. Jeune homme, j’ai travaillé dans des communautés de Chicago où beaucoup ont trouvé dignité et paix dans leur foi musulmane.
Instruit en histoire, je connais aussi la dette de la civilisation envers l’islam. Ce fut l’islam - dans des endroits comme l’Université al-Azhar - qui a porté la flamme de l’étude pendant plusieurs siècles, montrant la voie en Europe à la Renaissance et aux Lumières. Ce fut l’esprit d’innovation qui soufflait sur les communautés musulmanes qui a produit l’algèbre, nos compas et outils de navigation, notre maîtrise de l’imprimerie, notre compréhension de la transmission des maladies et des moyens de la soigner. La culture musulmane nous a donné des arches majestueuses et des spirales élancées, une poésie éternelle et une musique magnifique ; une calligraphie élégante et des endroits de paisible contemplation. Dans son histoire, l’islam a fait la preuve, par les paroles comme par les actes, que la tolérance religieuse et l’égalité raciale étaient possibles.
Je sais aussi que l’islam a toujours fait partie de l’histoire américaine. Le Maroc a été le premier pays à reconnaître notre nation. En signant le Traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, avait écrit : « Les Etats-Unis n’ont aucune trace d’hostilité envers les lois, la religion et la tranquillité des musulmans. » Et depuis notre fondation, les musulmans américains ont enrichi les Etats-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi au gouvernement, lutté pour les droits civiques, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, excellé dans nos sports, été lauréats de prix Nobel, construit nos immeubles les plus hauts et allumé la torche olympique. Et lorsque le premier musulman américain a été élu au Congrès, il a fait le serment de défendre notre constitution sur le même Coran que l’un de nos pères fondateurs, Thomas Jefferson, avait conservé dans da bibliothèque personnelle.
Ainsi, j’ai connu l’islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé. Cette expérience guide ma conviction qu’un partenariat entre l’Amérique et l’Islam doit être fondé sur ce qu’est l’Islam et non sur ce qu’il n’est pas. En tant que président des Etats-Unis, je considère qu’il est de ma responsabilité de lutter contre les stéréotypes sur l’Islam, où qu’ils apparaissent.
Mais ce même principe doit s’appliquer à la manière dont les musulmans perçoivent l’Amérique. De même que les musulmans ne correspondent pas à un stéréotype grossier, l’Amérique n’est pas le stéréotype grossier de l’empire mû par ses seuls intérêts. Les Etats-Unis ont été l’une des plus grandes sources de progrès que le monde ait jamais connues. Nous sommes nés d’une révolution contre un empire. Nous avons été fondés sur un idéal selon lequel tous sont créés égaux, et nous avons versé du sang et lutté pendant des siècles pour donner un ses à ces mots - à l’intérieur de nos frontières et partout dans le monde. Nous sommes formés de toutes les cultures, attirés vers tous les bouts de la Terre et dévoués à une idée simple : « E pluribus unum. »
Alors, qu’il n’y ait aucun doute : l’islam est une partie de l’Amérique. Et je crois que l’Amérique recèle la vérité qui dit que, sans égard à la race, la religion où la position sociale, nous tous partageons les mêmes aspirations : vivre en paix et en sécurité, bénéficier d’une éducation et travailler dans la dignité ; aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. Ce sont des choses que nous partageons. C’est l’espoir de toute l’humanité.
Bien sûr, le fait de reconnaître notre humanité commune n’est que le commencement de notre tâche. Les mots seuls ne peuvent répondre aux besoins de nos peuples. Ces besoins ne seront satisfaits que si nous agissons avec audace dans les années à venir, et si nous comprenons que les défis auxquels nous faisons face sont partagés et que nous ne les surmontons pas, nous en serons tous affectés.
NOS PROBLEMES DOIVENT ETRE RESOLUS PAR LE PARTENARIAT, LE PROGRES DOIT ETRE PARTAGE.
Aucun d’entre nous ne doit tolérer Les extrémistes. Ils ont tué dans de nombreux pays. Ils ont tué des gens de différentes fois. Ils ont tué des musulmans plus que d’autres. Leurs actes sont inconciliables avec les droits des êtres humains, le progrès des nations, et avec l’islam. Le Coran enseigne que quiconque tue un innocent tue l’humanité tout entière, et que quiconque sauve une vie sauve toute l’humanité. La foi tenace de plus d’un milliard de gens est bien plus forte que la haine étroite de quelques-uns. L’islam ne fait pas partie du problème dans le combat contre la violence extrémiste, il a au contraire un rôle important à jouer dans la promotion de la paix.
Enfin, de même que jamais l’Amérique ne pourra tolérer la violence d’extrémistes, nous ne devons jamais dévier de nos principes.
L’Amérique accordera sa politique avec ceux qui recherchent la paix, et dira en public ce qu’elle dit en privé, aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas. De même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d’un Etat palestinien. Il est temps pour nous d’agir sur ce que tout le monde sait être vrai. Trop de larmes et de sang ont été versés. Nous avons tous une responsabilité : celle d’œuvrer au jour où les mères israéliennes et palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte des trois grandes religions sera l’endroit de paix que Dieu avait pensé ; où Jérusalem verra cohabiter dans la sécurité et la durée juifs, musulmans et chrétiens et sera un endroit où tous les enfants d’Abraham se mêleront pacifiquement, comme dans l’histoire d’Isra, quand Moïse, Jésus et Mahomet (la paix soir eux) se sont joints pour prier ensemble.
LA LIBERTE RELIGIEUSE.
L’islam a une tradition de tolérance fière d’elle-même. Nous le voyons dans l’histoire de l’Andalousie et de Cordoue. Je l’ai vu moi-même enfant en Indonésie, où des prêtres chrétiens pratiquaient leur religion librement dans un pays dont l’immense majorité est musulmane. C’est l’esprit dont nous avons besoin aujourd’hui. Dans tous les pays, les gens doivent être libres de choisir et de vivre leur foi sur la base de la persuasion de l’esprit, du cœur et de l’âme. Cette tolérance est essentielle pour la religion, mais elle est menacée de différentes manières.
Chez certains musulmans, il existe une tendance inquiétante à mesurer sa foi par le rejet de celle d’autrui. La richesse de la diversité religieuse doit être préservée, que ce soit pour les maronites au Liban ou pour les coptes en Egypte. Les lignes de fracture doivent être fermées aussi chez les musulmans, car les divisions entre sunnites et chiites ont provoqué des violences tragiques, en particulier en Irak.
La liberté religieuse est capitale pour permettre aux peuples de vivre ensemble. Il nous faut toujours examiner les façons de la protéger. Pas exemple, aux Etats-Unis, les règles qui régissent les dons caritatifs ont rendu plus difficile pour les musulmans la pratique de leurs obligations religieuses. C’est pourquoi je me suis engagé à travailler avec les musulmans américains pour garantir qu’ils puissent exercer la zakat.
De même, il est important que les pays occidentaux évitent d’empêcher leurs citoyens musulmans de pratiquer leur religion comme ils l’entendent - par exemple en dictant la manière dont une musulmane doit s’habiller. On ne peut pas déguiser l’hostilité à l’égard d’une religion sous le couvert du libéralisme.
La foi doit nous réunir. C’est pourquoi nous avons mis en route des projets d’offices communs qui réunissent chrétiens, musulmans et juifs. C’est pourquoi nous saluons des efforts pour le dialogue interreligieux ou des dirigeants turcs pour l’Alliance des civilisations. Partout dans le monde, nous pouvons transformer le dialogue en offices communs, de façon que les ponts entre les peuples mènent à l’action, que ce soit pour combattre la malaria en Afrique ou pour apporter du secours après une catastrophe naturel.
LES DROITS DES FEMMES.
Je sais qu’il y a un débat sur cette question. Je rejette l’opinion de certains occidentaux pour qui une femme qui choisit de couvrir sa chevelure est d’une certaine façon moins égale, mais je crois aussi qu’une femme à qui l’on refuse l’éducation se voit dénier ses droits. Et ce n’est pas par hasard si les pays où les femmes ont accès à une éducation de haut niveau ont de bien plus grandes chances de prospérer.
Je serai clair sur ce point : la question de l’égalité des femmes n’a pas à être un problème pour l’Islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire des femmes à leur tête. Dans le même temps, la lutte pour l’égalité des femmes continue dans de nombreux aspects de la société américaine, et un peu partout dans le monde.
Nos filles peuvent contribuer à la société autant que nos fils, et notre prospérité commune progressera et permettant à toute l’humanité - hommes et femmes - d’atteindre leur potentiel. Je ne pense pas que les femmes doivent nécessairement faire les mêmes choix que les hommes pour être leurs égales, et je respecte ces femmes qui choisissent de mener leur vie dans des rôles traditionnels. Mais cela doit être leur choix. C’est pourquoi les Etats-Unis coopéreront avec tout pays à majorité musulmane pour soutenir l’alphabétisation des filles et aider les jeunes femmes à chercher un emploi par le micro-crédit qui aide les gens à réaliser leurs rêves.
Il est de notre responsabilité de joindre nos efforts au nom du monde que nous voulons - un monde où les extrémistes ne menacent plus nos peuples, où les soldats américains sont rentrés chez eux ; un monde où Israéliens et Palestiniens sont chacun en sécurité dans leur Etat, où l’énergie nucléaire n’est utilisée qu’à des fins pacifiques ; un monde où les gouvernements sont au service de leurs citoyens et où tous les droits des enfants de Dieu sont respectés. Ce sont des intérêts qui nous sont communs. C’est le monde que nous voulons. Mais nous ne pourrons y arriver qu’ensemble.
Je sais que beaucoup - musulmans ou non - doutent de notre capacité à mettre en œuvre ce niveau commencement. Certains veulent attiser les flammes de la division et se mettre en travers de la voie du progrès. Certains disent que l’effort n’en vaut pas la peine, que nous sommes condamnés au désaccord et que les civilisations sont condamnées à s’entrechoquer. Bien plus encore sont tout simplement sceptiques sur le fait qu’un réel changement puisse avoir lieu. Il y a tant de peur, tant de méfiance. Mais si nous choisissons d’être prisonniers du passé, nous n’avancerons jamais. Je souhaite particulièrement dire ceci aux jeunes gens de toutes les fois, dans tous les pays : vous, plus que quiconque, avez la capacité de refaire ce monde.
FAIRE UN EFFORT  SOUTENU POUR TROUVER DES POINTS DE CONVERGENCE
Chacun d’entre nous partage ce monde pour une brève période. La question est de savoir si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous divise, ou si nous nous engageons à faire un effort - un effort soutenu - pour trouver des points de convergence, pour se concentrer sur l’avenir que nous souhaitons pour nos enfants et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.
Il est plus facile de commencer des guerres que d’y mettre fin. Il est plus facile de blâmer les autres plutôt que de regarder à l’intérieur de soi, de voir ce qu’il y a de différent chez quelqu’un plutôt que de trouver ce que nous avons en commun. Mais nous devons choisir la voie juste et non la voie facile. Il y aussi au cœur de chaque religion une règle : NOUS AGISSONS ENVERS AUTRUI COMME NOUS SOUHAITONS QU’IL AGISSE ENVERS NOUS. Cette vérité transcende les nations et les peuple et elle n’est pas nouvelle. Elle n’est ni noire, ni blanche ni brune, elle n’est ni chrétienne, ni musulmane ni juive. C’est une idée qui a battu au berceau de la civilisation, et qui bat toujours dans le cœur de milliards de gens. C’est la foi en l’autre, et c’est ce qui m’amène ici aujourd’hui.
Nous avons le pouvoir de faire le monde que nus voulons, mais seulement si nous avons le courage d’un nouveau commencement, en gardant à l‘esprit ce qui a été écrit.
Le Coran nous dit : « Oh, humanité ! Nous t’avons créée mâle et femelle, et nous t’avons dispersée en nations et tribus afin que vous puissiez vous connaître. »
Le Talmud nous dit : « Toute la Torah n’a pour but que de promouvoir la paix. »
La Bible nous dit : « Bénis soient les bâtisseurs de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
Les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix. Nous savons que c’est la vision de Dieu. Maintenant, cela doit être notre travail, ici sur terre. Merci. Et que la paix soit sur vous.

WASHINGTON CHERCHE LE TON JUSTE FACE AUX MANIFESTATIONS
Par  Maurin Picard


Le président américain au côté d'Hillary Clinton, le 14 septembre dernier.Crédits photo : JEWEL SAMAD/AFP

En pleine campagne, républicains et démocrates se sont bien gardés jusqu'ici d'exiger toute sanction à l'encontre des auteurs du film anti-islam qui a enflammé le Moyen-Orient.

Murs d'enceinte pris d'assaut par des foules enragées, drapeaux brûlés, prêches enflammés et manifestations qui virent à l'émeute: l'engrenage infernal se poursuit pour les États-Unis et leurs missions diplomatiques à travers le monde, six jours après l'attaque du consulat américain à Benghazi. Pris de court par la virulence et la vitesse de cette poussée d'américanophobie, Washington semble toujours chercher la parade. Des renforts militaires ont dans un premier temps été dépêchés au secours des ambassades et consulats les plus exposés au sein du monde arabo-musulman. Les personnels «non essentiels» de ces représentations sont à présent en cours d'évacuation, jusqu'en Tunisie et au Soudan, derniers pays atteints par l'onde de choc.
Ces mesures conservatoires dissimulent mal la détresse de l'Administration Obama face au vent mauvais qui a gagné toute la planète, forcément malvenu à deux mois d'un scrutin présidentiel sous haute tension.
Entre impératifs électoraux et sécuritaires, le message d'apaisement à l'attention de la rue arabe demeure brouillé, voire inaudible
INSULTE ENVERS LE PROPHETE
Arc-boutés sur la sacro-sainte liberté d'expression («free speech») inscrite dans le premier amendement de la Constitution, républicains et démocrates en pleine campagne électorale se sont bien gardés jusqu'ici d'exiger toute sanction à l'encontre des auteurs de l'indigeste brûlot. Le président Barack Obama a bien dénoncé leurs excès, mais en rappelant toujours que les États-Unis respectaient le principe de liberté religieuse, lui aussi gravé dans le marbre de la loi fondamentale de 1787, et que la traque des agresseurs de Benghazi, priorité des priorités, serait menée à son terme.
Cette pusillanimité ne pouvait qu'attiser la colère des musulmans à travers le monde, imperméables aux subtils fondements de la démocratie à l'américaine et outrés par ce qu'ils perçoivent comme une insulte envers le Prophète et l'islam. Al-Qaida s'est réjoui ce week-end de la mort de l'ambassadeur Chris Stevens.




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