mercredi 10 octobre 2012

Hugo Claus et Louis-Paul Boon : "Centenaires sans frontières"


Hugo Claus et Louis-Paul Boon : "Centenaires sans frontières"

Ecoutez "La Marge" et la "Contre-Marge" de Jacques De Decker
Ecoutez "La Marge" (4’) (3.9 Mo)
Ecoutez "La Contre-Marge" (20’) (15.9 Mo)

 "CENTENAIRES SANS FRONTIERES"
Deux centenaires littéraires se célèbrent en Belgique ces temps-ci.



Le premier aurait pu concerner le centième anniversaire d’un écrivain qui aurait toujours été vivant, Henry Bauchau : il aurait, de fait, passé le cap du siècle en février prochain. Il se fait qu’il s’est paisiblement éteint dans son sommeil il y a quelques jours, et qu’il n’aura donc pas eu le privilège, à l’instar de Charles Quint, d’être présent à son rituel ultime. Les manifestations des cents ans de sa naissance, qui auront donc bien lieu, seront dès lors plus classiques. Elles consisteront essentiellement en des hommages académiques et universitaires divers, organisés essentiellement par le professeur Myriam Watthée-Delmotte, la très dynamique animatrice du Fonds Henry Bauchau abrité par l’Université de Louvain-la-Neuve.
L’autre se passe au Nord du pays, en l’honneur de Louis-Paul Boon, auteur que la Flandre proposa quelquefois au Prix Nobel, qui était une figure très populaire, célèbre par ses billets savoureux dans le quotidien socialiste « Vooruit », en quelque sorte la préfiguration plus engagée de l’actuel « Morgen », et connu par ses fréquentes apparitions à la télévision, où sa verve et sa drôlerie, servies par sa langue colorée de dialecte est-flandrien faisait des étincelles. Mais cette bonhomie cachait un écrivain de grande lignée, l’un des plus géniaux que la Flandre ait produits. Boon était, par exemple, l’écrivain de sa culture le plus admiré par Hugo Claus, qui lui consacra même le seul essai littéraire qu’il ait jamais écrit. Dans le cas de Boon, mort il y a plus de trente ans, les festivités prennent un autre tour : marathon de lecture au KVS de Bruxelles relayé par l’internet, fêtes populaires dans son patelin local, Erembodegem à la lisière d’Alost, pages entières des grandes quotidiens, concours et joyeusetés diverses.


Bref, l’enthousiasme de toute une communauté autour de l’une de ses figures les plus populaires, auteur d’une œuvre où se côtoient chroniques picaresques comme « La Rue de la Chapelle », la seule fresque de lui qui fût traduite en français ( excellement, par Marie Hooghe), biographies empathiques comme sa vie du père Daens qui fut portée au cinéma avec le succès que l’on sait, roman expérimental comme « Menuet » qui existe aussi en français, transposé par Lode Roeland, et par ailleurs utopies politiques, contes érotiques et parodiques, récits comiques, bref une oeuvre torrentielle moins connue aux Pays-Bas qu’en Flandre en raison des localismes de sa langue, mais qui a cette particularité rare d’être aussi appréciée par les lettrés que par le plus large public, et surtout par les jeunes.
Boon se mit à écrire durant sa captivité en Allemagne, avant de joindre la résistance une fois revenu au pays. Bauchau, né à Malines quelques semaines après l’Alostois, entra en littérature passé la quarantaine, mais resta actif jusqu’à son dernier souffle, laissant des textes qui paraîtront désormais à titre posthume, et n’accéda à la notoriété que dans son grand âge. Apprécié par les nouvelles générations – il connut de son vivant l’admiration fervente des gens de théâtre -, transposé à l’opéra à deux reprises par Pierre Bartholomée, vivant à Paris depuis longtemps, après avoir séjouné en Suisse après la guerre, il a, pour sa part, surtout lorsqu’Hubert Nyssen l’accueillit chez Actes-Sud, conquis des lecteurs dans toute la francophonie. Leurs destins littéraires à tous deux sont-ils typiques des deux parts de Belgique qu’ils représentent ? En Flandre, un écrivain peut encore être un héros du terroir, même si sa notoriété ne s’étend que peu en dehors de sa région d’origine, en francophonie belge il a peu de chance d’être connu de l’homme de la rue, mais peut être entendu partout où le français se parle. Il est bon de s’en souvenir à la veille du sommet de Kinshasa…
Jacques De Decker

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DEUX CENTENAIRES DE LA LITTERATURE BELGE
Le premier, plutôt de droite et plutôt aristo est francophone, le second très à gauche et plutôt anarchiste est flamand. Voilà qui a l'avantage de faire mentir un cliché qui a la vie très dure, celui d'une Flandre noire et d'une Wallonie rouge. Un joli pied de nez du destin qui n'a pas échappé au facétieux Jacques De Decker.
Il y avait peu de monde au Marathon Boon organisé par Passa Porta dimanche dernier au KVS. Dommage. Mais quel magnifique échantillon de l'oeuvre d'un écrivain aussi doué que Celine bien que d'un engagement totalement opposé. Un écrivain à découvrir sans tarder.
Bauchau attendra encore un peu sur les rayons de ma bibliothèque, comme ces vins qu'on met en cave en attendant qu'ils donnent leur pleine maturité.
Bauchau sur Bauchau:
 « L'inspiration est toujours délirante, dionysiaque pour reprendre l'expression de Nietzsche. Elle a besoin de la conscience ordonnée, musicale, apollinienne. C'est un équilibre. Quand Alexandre le Grand brûle le palais de Persépolis, il fait basculer la Grèce sous la suprématie de Dionysos. Elle ne s'en est jamais relevée. »
Boon sur Boon:
"Ge scrhijft iets zomaar, en achteraf blijkt dat het een orakel der goden is geworden"
"Mensen die niets te zeggen hebben, schrijven boeken. Mensen die veel te zeggen hebben, kunnen niet schrijven."
Boon sur les Flamands:
Een Vlaming kan altijd drie keer lachen om een mop. De eerste keer als je ze vertelt, de tweede keer als je ze uitlegt en de derde keer als hij ze begrijpt.



Aucun commentaire: