mercredi 17 octobre 2012

La domination du PS menacée



Mathieu Colleyn (LB)



Françoise Schepmans (MR) devient bourgmestre de Molenbeek en s’alliant à Ecolo et au CDH. Le jeu politique s’ouvre nettement à Bruxelles.
Le PS demeure un poids lourd en Région bruxelloise. Les résultats des élections communales l’ont démontré. Pour autant, les socialistes doivent encaisser un choc : la perte du maïorat de Molenbeek au profit d’une alliance MR-Ecolo-CDH propulsant la libérale Françoise Schepmans (voir son portrait en page 11) à la tête de la commune.
Quelque chose a donc changé sur l’échiquier politique de la capitale. L’éviction de Joëlle Milquet fut un détonateur, l’expulsion de Philippe Moureaux un signal. Ce scrutin communal aura rebattu les cartes politiques à quelques mois des élections régionales et législatives. Passons les partis en revue.
"Le CDH est un partenaire qui se fait respecter", commente un humaniste. Malgré un recul électoral incontestable, le CDH sortira vainqueur de ces élections communales à Bruxelles. S’il est exclu de la majorité à la Ville de Bruxelles, il monte au pouvoir à Schaerbeek, à Uccle (aux dépens du PS), à Woluwe-St-Lambert et à Watermael-Boitsfort.
Au passage, il aura permis à Ecolo de prendre le maïorat de Watermael-Boitsfort, de maintenir Bernard Clerfayt (FDF) à Schaerbeek et surtout au MR de déboulonner Philippe Moureaux à Molenbeek-St-Jean. Il s’agit-là d’une excellente opération politique pour les libéraux. Leur président Charles Michel ne s’en cache d’ailleurs pas en estimant que la prise de Molenbeek constitue une "étape vers le leadership du MR à Bruxelles".
Le MR n’aura lui non plus pas été maladroit au lendemain des élections. On constate qu’il ravit au PS le maïorat de Molenbeek tout en entrant dans la majorité à Bruxelles-Ville, tenue par les socialistes. Et s’il perd les maïorats d’Anderlecht et de Woluwe-St-Pierre, il empoche celui de Ganshoren. A cela s’ajoute un demi-mandat de bourgmestre à Ixelles, en coalition avec le PS là aussi. Le MR conforte ses positions à Uccle, à Koekelberg et se maintient à Etterbeek. Cela, pour rappel, sans le FDF. Ces résultats sont plutôt de bon augure dans la perspective des élections régionales de 2014. A cet égard, Didier Reynders, désormais ancré à Uccle, entretient le doute sur ses intentions. Candidat naturel pour les élections législatives (qui se dérouleront en même temps) le vice-Premier ministre pourrait aussi bien opter pour le niveau régional dont les compétences seront considérablement renforcées par la sixième réforme de l’Etat. En attendant, les communales auront, on l’a vu, permis au MR de soigner ses relations avec les autres partis (Ecolo et CDH surtout). Pourquoi pas pour envoyer le PS dans l’opposition à la Région dans un peu plus d’un an et demi ?
Car pour l’heure, le PS vit des moments difficiles. Pour la seconde fois, Laurette Onkelinx n’est pas parvenue à s’imposer à Schaerbeek, et voici que Philippe Moureaux est barré à Molenbeek. S’il récupère les commandes d’Anderlecht, le PS perd aussi le maïorat de Ganshoren. En outre, ces communales auront montré que la Fédération bruxelloise du PS dirigée par Rudi Vervoort a parfois du mal à contenir ses troupes. Rien n’a pu empêcher la sortie de Joëlle Milquet de la Ville de Bruxelles, victime à la fois d’une alliance laïque et de ses comportements en campagne. Ce choix exclusif des socialistes de Bruxelles-Ville s’avère stratégiquement dangereux. En outre, hier encore, Rudi Vervoort devait régler une dispute personnelle entre Jean Demannez et le secrétaire d’Etat Emir Kir au sujet du maïorat de St-Josse (lire ci-contre). "On se parle", assurait pourtant Rudi Vervoort en présence des 18 autres têtes de liste PS de la capitale trois jours avant le scrutin.
Ensuite, au PS, il va falloir gérer la succession de Charles Picqué en tant que leader régional bruxellois. Cela fait des mois qu’on en parle et l’on peine toujours à lui trouver ne fût-ce qu’un successeur potentiel. Ajoutez à cela un essoufflement manifeste de la coalition de type Olivier en charge depuis bientôt 10 ans à la Région bruxelloise et vous obtenez un cocktail plutôt indigeste pour un électorat en quête de changement.
Chez Ecolo aussi, le rapport au PS semble moins amical. Interrogée par lalibre.be dans la foulée de son accord à Molenbeek, l’ex-coprésidente Sarah Turine regrettait d’ailleurs que les socialistes aient souvent préféré s’entendre avec le MR que d’imaginer des collaborations avec Ecolo. Ce fut vrai à la Ville de Bruxelles où les verts ont pourtant gagné trois sièges dimanche, mais aussi à Ixelles, où Ecolo est le deuxième parti après le MR.
Et à côté de ces quatre partis, Bruxelles doit aussi compter avec le FDF qui se maintient malgré la perte du maïorat de Watermael-Boitsfort. Le jeu politique est on ne peut plus ouvert dans la capitale.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE JEU POLITIQUE EST ON NE PEUT PLUS OUVERT DANS LA CAPITALE.
Trahisons? Oui et non!  Pour Francis Van de Woestyne (LB),  la démocratie c’est l’alternance, même si les électeurs et certains politiciens  peuvent se sentir quelquefois trompés.
A peine terminée, la campagne communale en génère une nouvelle et celle-là, nous en sommes désormais tous conscients, sera décisive pour notre avenir à tous: la campagne pour les régionales de 2014 sera rude. On revotera en effet dans un peu moins de deux ans! L'action politique risque donc d'être à nouveau "paralysée par le prochain scrutin"
Effet De Wever ou pas, Veronique Lamquin observe dans le Soir que la redoutable onde de choc des communales a mis le PS sens dessus-dessous. En éjectant Joelle Milquet de sa majorité, Thielemans a donné un solide coup de pied dans la fourmilière qu'est le gouvernement papillon.  (Hugo Camps: Niet De Wever, maar Freddy Thielemans heeft keet geschopt in de federale regering.)

Le PS a perdu des voix, des combats symboliques et surtout le bastion historique de Molenbeek; "le MR a réussi à briser le lien entre le PS et le CDH, en signant quelques coups d’éclat et il semble bien décidé à saper la domination socialiste."
"Des montagnes de dossiers" s'amoncellent sur la table du gouvernement Di Rupo. "Si les partis prolongent la campagne électorale de 2012 ou anticipent celle de 2014, on souhaite bien du plaisir au gouvernement Di Rupo !"
"Gageons que les vives tensions apparues, à la faveur des alliances communales, entre le PS d’une part, le CDH et Ecolo de l’autre, pourriront aussi l’ambiance dans les Régions."
Quant au gouvernement bruxellois, "il enregistre, un an et demi avant la fin de la législature, le départ de Benoît Cerexhe et Emir Kir. Et on attend celui du ministre-président, Charles Picqué, lequel répète à l’envi qu’il veut partir l’an prochain. Mais personne, absolument personne, n’est candidat à sa succession."
La chute de Philippe Moureaux augure de manière spectaculaire la fin d'une ère de clientélisme ethnique fondé sur un soutien aveugle au communautarisme local ( aan een bestuurlijke ideologie die in de metropolitane Brusselse samenleving tegen zijn eigen limieten is gelopen. Samenlevingsproblemen - van religieuze radicalisering tot onderwijsuitval - werden onder de multiculturele mat geveegd, De Morgen).
En  Région bruxelloise, les défis sont titanesques: sous-financement, boom démographique, manque de logements et d'écoles, désastre scolaire, insécurité dans de nombreux quartiers, mobilité chaotique. Les réponses sont dérisoires. En effet, ce qui fait vraiment défaut, c'est une vision globale et franchement interculturelle pour l'avenir de notre capitale de plus en plus cosmopolite rabaissée au rang de brol ingouvernable.
On attend un signal fort et symbolique annonçant un renouveau citoyen.
Ce signal pourrait venir de Schaerbeek et renforcer encore l'indéniable effet Clerfayt.
Il suffirait que le bourgmestre de Schaerbeek réélu confie à un citoyen d'origine immigrée un échevinat des cultures, des identités plurielles et de l'interculturalité.
MG


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