lundi 22 octobre 2012

LE LIBRE ET L’OFFICIEL EN "ALLIES OBJECTIFS"



Alice Dive
Pour le patron du Segec, les deux réseaux doivent former la culture scolaire.
Entretien
Tout au long de la première semaine d’octobre, "La Libre" a publié une série consacrée à l’enseignement catholique. Celle-ci s’inscrivait dans le cadre de l’édition 2012 du Congrès du Secrétariat de l’enseignement catholique. Il s’est tenu ces 18, 19 et 20 octobre à Louvain-la-Neuve. Il vient de se terminer. Tour d’horizon avec Etienne Michel, directeur général du Segec.
PAR LA VOIX DE DIVERS EXPERTS, LA REFLEXION MENEE TOUT AU LONG DE VOTRE CONGRES PARTAIT DU CONSTAT SUIVANT : ALORS QUE LA SOCIETE ACTUELLE TEND A SE SECULARISER, QUE “DE PLUS EN PLUS DE VOIX S’ELEVENT POUR CONSIDERER L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE COMME UNE SORTE D’HERITAGE DU PASSE DONT IL CONVIENDRAIT DE SE DEFAIRE”, AVEZ-VOUS DECLARE, DE PLUS EN PLUS DE PARENTS CHOISISSENT L’ECOLE CATHOLIQUE POUR LEURS ENFANTS. AU TERME DE CE CONGRES, ETES-VOUS EN MESURE D’EXPLIQUER CE PARADOXE ?
Comme vous le dites très justement, on constate d’une part la prégnance d’un discours pessimiste sur l’institution scolaire en général, de l’autre cette confiance palpable des parents à l’égard de l’école, et en particulier du réseau libre. Si on apprécie l’évolution des inscriptions par exemple, on constate que les attentes des parents à l’égard de l’enseignement catholique n’ont jamais été aussi grandes qu’aujourd’hui. (Ndlr : dans le cadre du décret inscriptions en vigueur en première secondaire, environ 80 % des écoles complètes relèvent du réseau catholique). Première chose donc, comment expliquer ce discours pessimiste à l’égard de l’institution scolaire ? Cela fait plus de vingt ans que les discours dominants déclarent l’école en crise. Mais peut-on encore parler de crise après 30 ou 40 ans ? Selon nous, il est grand temps de prendre acte d’une transformation profonde des conditions de l’éducation dans la société contemporaine. Selon le philosophe Marcel Gauchet, ces transformations majeures sont observables sur quatre "fronts" : les relations de l’école avec la famille, le sens des savoirs qu’elle dispense, l’autorité dont elle a besoin et sa place dans la société.

QUANT A L’AUTRE DIMENSION DU PARADOXE…
Une enquête européenne menée sur les valeurs montre que 80 % de nos concitoyens expriment leur confiance dans le système d’enseignement. Par rapport aux autres institutions de la société, cet indice de confiance se situe parmi les plus élevés, au même titre que le système de santé ou la sécurité sociale. Pour moi, il y a un lien entre les deux : tant les mutuelles que l’enseignement libre se sont constitués sous la forme d’associations organisées à partir de la société civile, et non l’initiative de l’Etat. Au regard de ce qui se passe dans nos pays voisins, on constate que la confiance dans l’enseignement est assez élevée partout, mais beaucoup plus élevée là où l’enseignement catholique est davantage présent. Ainsi, en Belgique, 67 % des élèves sont scolarisés dans l’enseignement catholique (50 % du côté francophone). J’en conclus qu’un lien reste solidement établi entre la confiance dans l’école catholique, dans son projet et dans son organisation, et la confiance de l’école tout court. A l’heure où d’aucuns évoquent si souvent l’idée d’un réseau unique, ces chiffres devraient faire réfléchir
QUE VOULEZ-VOUS DIRE ? L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE DOIT-IL ETRE LA SEULE ALTERNATIVE DANS LE PAYSAGE SCOLAIRE BELGE ?
Pas du tout. Que du contraire. Dans ce combat d’aujourd’hui, je pense que l’enseignement catholique et l’enseignement officiel devraient se considérer comme des alliés objectifs plutôt que comme des concurrents, tant il est vrai que l’affirmation positive d’une référence ne suppose pas, bien au contraire, la négation de la référence à l’autre. Pour moi, c’est un élément central dans notre travail de réinterprétation d’une tradition éducative.
UN TRAVAIL DE RECONTEXTUALISATION, C’EST DONC CETTE VOIE QUE LE RESEAU LIBRE ENTEND PRIVILEGIER ?
Précisément. Pour nous, il ne s’agit pas de penser sécularisation, reconfessionnalisation ou réduction de la référence chrétienne à l’éducation aux valeurs, mais bien d’évoluer vers une réinterprétation d’une tradition éducative. Il s’agit ainsi de mobiliser la référence à la tradition chrétienne de l’éducation pour contribuer à la formation de l’identité des élèves, mais dans un contexte de pluralité des convictions.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOUS AVEZ DIT "COMBAT"?
Pour le patron du Segec, "les deux réseaux doivent former la culture scolaire" avec cette différence que l'officiel est l'émanation de l'Etat et que le réseau catholique s'organise sur base "privée" avec des fonds publics.
La preuve: "Tant les mutuelles que l’enseignement libre se sont constitués sous la forme d’associations organisées à partir de la société civile, et non l’initiative de l’Etat."
Voilà qui a l'avantage de la clarté. Traduisons en bon français: l'enseignement officiel est une émanation de l'Etat (autrement dit: un monopole où le PS impose sa voix et sa loi) l'enseignement libre catholique "est constitué sous la forme d’associations organisées à partir de la société civile" autrement dit sur une base privée et avec l'aval du clergé.
C'est la raison pour laquelle le MR, fondateur historique de l'école officielle défend désormais plus volontiers l'enseignement libre catholique en raison de son caractère "privé" (lisez: échappant ainsi à l'endoctrinement socialiste). "La confiance dans l’enseignement est beaucoup plus élevée là où l’enseignement catholique est davantage présent"
"A l’heure où d’aucuns évoquent si souvent l’idée d’un réseau unique, les chiffres devraient faire réfléchir"
Voilà qui est limpide: le libre catholique annonce clairement la couleur: il ne veut à aucun prix d'un "réseau unique" de caractère pluraliste. (à moins qu'il n'en devienne le patron)
"Dans ce combat d’aujourd’hui, je pense que l’enseignement catholique et l’enseignement officiel devraient se considérer comme des alliés objectifs plutôt que comme des concurrents"
Vous avez dit "combat d’aujourd’hui" !? N'est ce pas affirmer de la façon la plus claire que le "combat" d'hier se poursuit aujourd'hui avec d'autres moyens?  Mais attention les moyens financiers attribués à l'enseignement en Communauté française diminuent comme peau de chagrin et les transferts venus de Flandre sont en voie d'assèchement.
"Pour nous, il ne s’agit pas de penser sécularisation, reconfessionnalisation ou réduction de la référence chrétienne à l’éducation aux valeurs, mais bien d’évoluer vers une réinterprétation d’une tradition éducative. Il s’agit ainsi de mobiliser la référence à la tradition chrétienne de l’éducation pour contribuer à la formation de l’identité des élèves, mais dans un contexte de pluralité des convictions."
Mais que voilà une bonne définition de l'école pluraliste (dans un contexte de pluralité des convictions.") dont le réseau catholique ne veut cependant à aucun prix. A moins bien sûr qu'il n'en soit l'organisateur et qu'il n'absorbe les autres réseaux à son seul avantage ce qui semble être son nouvel objectif, à lire entre les lignes de cette interview.
De toute évidence l'instauration de cette école pluraliste unique et indépendante du politique et du religieux (du libre comme de l'officiel)  serait la plus élégante, la plus rationnelle,  la plus efficace et surtout la plus économiques des solutions.
Mais je ne pense pas que c'est à cela que songe le patron du Segec lorsqu'il affirme de façon péremptoire: "L’enseignement catholique et l’enseignement officiel devraient se considérer comme des alliés objectifs plutôt que comme des concurrents"
Mais, encore une fois, comment ne pas s'étonner que personne ne s'élève avec force pour défendre à nouveau le principe de l'école pluraliste unique, neutre, indépendante et en accélérer la mise en place.
C'est en faveur de ce combat qu'il convient désormais de s'engager si on veut sauver du naufrage l'enseignement subventionné par la Communauté française.
Reste une question et non des moindres: l'école pluraliste combien de divisions?
MG

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