samedi 13 octobre 2012

Les révolutions arabes : prélude à un hiver islamiste




"Ces révolutions? Une involution, synonyme d'un saut en arrière en matière de droits de l'homme."
Une opinion de Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, auteur de “Critique de la déraison pure – La faillite intellectuelle des nouveaux philosophes et de leurs épigones” (Bourin Editeur)
C’est une étrange conception de la démocratie qu’ont les intellectuels vantant, contre l’évidence quotidienne, les prétendus mérites de ce que l’air du temps a appelé, avec un enthousiasme défiant tout réalisme, le "printemps arabe". Entendons-nous : jamais je n’ai nourri la moindre sympathie pour ces tyrans qui, jusqu’à peu encore, sévissaient, les mains gorgées de sang, de Bagdad à Tunis et du Caire à Tripoli. Au contraire : jamais je n’ai cessé de clamer mon indignation lorsque nos dirigeants européens leur déroulaient un indigne et servile tapis rouge. Et, certes, ai-je moi-même applaudi, au nom de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, à leur chute. Avec, toutefois, une réserve : c’est que, loin de me laisser galvaniser par ces foules en délire, je me suis efforcé de conserver, malgré le conformisme ambiant, quelque lucidité, sans laquelle il n’est point de résistance possible au totalitarisme idéologique, surtout lorsqu’il se voit doublé, comme c’est le cas avec ces révolutions arabes, d’une dictature religieuse.
L’objet de cette méfiance alors ancrée en ma conscience avait un nom, terrifiant pour qui, comme moi, est attaché aux valeurs de la laïcité : le fondamentalisme islamique, ni plus ni moins condamnable, au regard de la libre pensée, que tout autre intégrisme religieux, y compris celui afférent au christianisme et au judaïsme. Ce retour du religieux au sein de notre société pourtant théoriquement sécularisée, André Malraux l’avait anticipé : "Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux", déclara-t-il le 21 mai 1955, dix ans après la Seconde Guerre mondiale. Une manière de répondre, implicitement, à Friedrich Nietzsche lorsque celui-ci proclama, dans "Ainsi parlait Zarathoustra", la mort de Dieu.
La mort de Dieu, vraiment ? Car, à ne considérer que notre actualité la plus brûlante, depuis les carnages perpétrés par les kamikazes d’Allah jusqu’aux fatwas émises à l’encontre de ceux qui caricaturent le prophète Mahomet, c’est le contraire qui semble se passer, pour qui ne craint pas de regarder la réalité en face, aux quatre coins de notre planète toujours plus fanatique et, somme toute, bien peu moderne au regard de l’obscurantisme qui paraît s’y étendre chaque jour davantage.
Et, pourtant, cette métaphore nietzschéenne, destinée à illustrer à quel point le véritable sens du divin était en train de s’éclipser à l’horizon de notre bien rétrograde monde, énonce une vérité qui, pour provocante et peut-être excessive qu’elle soit, n’en demeure pas moins interpellante, sinon pertinente : oui, Dieu est mort ! Mais - la nuance conceptuelle est de taille - pas au sens où de trop superficiels exégètes, et d’encore plus mauvais philosophes, ont bien voulu le commenter. Car c’est d’une tout autre signification métaphysique, diamétralement opposée à l’opinion reçue, que Nietzsche a doté là son célèbre aphorisme. L’explication ultime, et sa véritable portée théologique, s’en trouve formulée dans "Le Gai Savoir" : "Dieu est mort ! Dieu reste mort !", s’y écrie "l’insensé". Mais il y ajoute aussitôt, d’une sentence définitive : "Et c’est nous qui l’avons tué ! [ ] Ce que le monde a possédé de plus sacré [ ] a saigné sous notre couteau." Paroles d’une dramatique contemporanéité, à défaut de réelle modernité, et qui semblent malheureusement s’appliquer aujourd’hui à ces fous d’Allah - salafistes, djihadistes, talibans - qui ont pris le beau printemps arabe, en en manipulant les jeunes et sincères rebelles à l’ordre alors établi, pour une sinistre croisade islamiste. Et des plus barbares : celle qui emprisonne les corps sous ces cages ambulantes que sont les burka et autres niqab ; celle qui lapide les femmes adultères et trucide les amants ; celle qui pend les homosexuels et égorge les mécréants ; celle qui proscrit toute indépendance d’esprit et interdit toue liberté d’expression ; celle qui coupe la main des voleurs alors que les vrais voleurs, ce sont ces fascistes verts : des voleurs de révolution ! Ces révolutions, donc ? Une involution, synonyme d’un périlleux saut en arrière en matière de droits de l’homme, plus qu’une évolution ! Et le printemps arabe ? Le prélude à un hiver islamiste ! Car c’est une bien tragique réalité que la charia, cette fallacieuse loi coranique, s’apprête à faire vivre désormais à ces peuples qui croyaient s’être libérés de leurs anciens oppresseurs. Ainsi, si Dieu est mort, comme l’annonça Nietzsche de manière aussi symbolique, ce n’est que par la faute de ces criminels que sont, y compris en cet islam ainsi outrageusement défiguré, ces faux hommes de Dieu.
Ils portent là, en cette hécatombe d’un autre âge, une énorme part de responsabilité : leur vision tronquée du paradis céleste n’est que l’enfer sur terre ! Cette perversion de l’image de Dieu au sein de l’islamisme, que je distingue ici de cette grande culture qu’est l’islam, c’est celle qui caractérisa aussi, dans le passé, un certain type de christianisme, dont les élites trahirent trop souvent, elles aussi, l’esprit tout autant que la lettre. C’est là ce qu’énonce encore en son "Gai savoir", en s’y référant là au catholicisme de son temps, Nietzsche : "On rapporte [ ] que ce fou entra [ ] en diverses églises et y entonna son ‘Requiem aeternam Deo’. Expulsé et interrogé, il n’aurait cessé de répondre [ ] : ‘Que sont donc encore les églises sinon les tombeaux et les monuments funèbres de Dieu ?’" C’est dire si la critique que Jean Soler, historien des religions, adresse à l’encontre des trois monothéismes, dans son récent "Qui est Dieu ?", s’avère fondée. Il y explique pourquoi cette croyance en un Dieu unique induit aussi souvent, lorsqu’elle exclut toute tolérance à l’égard des autres façons de le penser, l’extrémisme et la violence.
Car l’histoire regorge, hélas, de ce fléau pour l’humanité : depuis les Croisades moyenâgeuses jusqu’à l’actuel conflit du Moyen-Orient, en passant par l’Inquisition. Cette question portant sur le déclin du spirituel au profit de l’idéologique, dérive politico-intellectuelle que Nietzsche synthétisa donc sous la formule choc de "mort de Dieu", il n’est pas jusqu’à l’un des plus prestigieux théologiens de l’islam moderne, Mohammed Iqbal, qui ne la posât explicitement, ainsi que nous le montre aujourd’hui le philosophe Abdennour Bidar en un livre intitulé "L’Islam face à la mort de Dieu". On aimerait, du reste, un peu plus entendre, sur cette douloureuse mais importante thématique, l’intelligente et critique voix des penseurs les plus rationnellement modérés de l’islam contemporain. Car leur silence, sur cette épineuse mais essentielle problématique qu’est le retour du religieux au sein de nos sociétés, est assourdissant !
Quant à la réelle et profonde raison pour laquelle je m’insurge moi-même ici, elle s’avère simple à entendre : c’est que je tiens la démocratie en trop haute estime pour la laisser ainsi dénaturer par des gens qui n’en ont compris que le travestissement. En un mot : la caricature, et bien pire que celle, bien inoffensive au regard des milliers de morts jonchant aujourd’hui les rues de Damas ou de Tombouctou, illustrant la une, il y a quelques jours, d’un journal satirique tel que "Charlie Hebdo".
Ainsi est-il de notre devoir - c’est même là le seul impératif catégorique qui vaille en ces temps de nouvel obscurantisme - de sauver, de toute urgence, ce qui demeure malgré tout, même lorsque le monde tourne aussi mal, la meilleure part de l’homme : les civilisations qu’il s’est bâties, sous quelle que latitude que ce soit, qu’on les nomme Occident ou Orient, et sans lesquelles il n’est point d’humanité, encore moins d’humanisme, qui tienne la tortueuse route de l’histoire.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CES TEMPS DE NOUVEL OBSCURANTISME
Ce  texte interpellant n'appelle aucun commentaire, seulement une mise en abîme:
"Ces fous d’Allah - salafistes, djihadistes, talibans - qui ont pris le beau printemps arabe, en en manipulant les jeunes et sincères rebelles à l’ordre alors établi, pour une sinistre croisade islamiste  et des plus barbares celle qui proscrit toute indépendance d’esprit et interdit toue liberté d’expression (...)les vrais voleurs, ce sont ces fascistes verts : des voleurs de révolution !
Et le printemps arabe ? Le prélude à un hiver islamiste ! (...)Ainsi, si Dieu est mort, comme l’annonça Nietzsche de manière aussi symbolique, ce n’est que par la faute de ces criminels que sont, y compris en cet islam ainsi outrageusement défiguré, ces faux hommes de Dieu."
Islam défiguré, islam instrumentalisé, islam dévoyé certes mais islam libre de se régénérer en un islam européen émancipé de ses racines arabes, métamorphosé en une éthique de l'"Agir Bellement" (Berque). Patience est belle dit le Coran. Est-ce vraiment à l'ordre du jour d'envisager pareille métamorphose quand une génération de jeunes délinquants français radicalisés et en déshérence choisit de se convertir à une forme d'islamisme bandit à connotation salafiste?
La question appelle une réponse claire qui tarde à se faire entendre.
Faut-il s'en inquiéter quand l'Europe est prise en tenaille entre un islamisme extérieur qui se développe partout au Maghreb et jusqu'au Moyen Orient et un islamisme intérieur, véritable cheval de Troie qui s'acharne contre les valeurs de la République?   "Un phénomène d'autoradicalisation se développe de façon inquiétante, (...) manifestation visible d'un enracinement en profondeur de l'islamisme radical dans nos sociétés occidentales et de sa capacité à mobiliser, notamment via les réseaux sociaux."
Plus la crise fait de dégât parmi nos jeunes et plus les métastases du cancer jihadiste s'attaquent à ce que l'Europe a de plus précieux, sa jeunesse, ses valeurs démocratiques et culturelles. Déjà que notre héritage culturel est grignoté depuis des décennies par la cuculisation à l'américaine( cocalisation, macdonaldisme, jeux vidéos  et médias télévisés à la Disney qui décervellent nos ados).
"Ainsi est-il de notre devoir - c’est même là le seul impératif catégorique qui vaille en ces temps de nouvel obscurantisme - de sauver, de toute urgence, ce qui demeure malgré tout, même lorsque le monde tourne aussi mal, la meilleure part de l’homme : les civilisations qu’il s’est bâties, sous quelle que latitude que ce soit, qu’on les nomme Occident ou Orient, et sans lesquelles il n’est point d’humanité, encore moins d’humanisme, qui tienne la tortueuse route de l’histoire."
DANIEL SALVATORE SCHIFFER


Philosophe, écrivain. Professeur de philosophie de l'art à l'école supérieure de l'Académie des Beaux-Arts de Liège. Invité au Collège Belgique sous l'égide de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique et le parrainage du Collège de France.
Je suis aussi porte-parole du Comité international contre la peine de mort et la lapidation.

Ouvrages : "Requiem pour l’Europe - Zagreb, Belgrade, Sarajevo" (Ed. L’Âge d’Homme), "La Philosophie d’Emmanuel Levinas" (PUF), "Grandeur et misère des intellectuels - Histoire critique de l'intelligentsia du XXe siècle" (Ed. du Rocher), "Philosophie du dandysme - Une esthétique de l'âme et du corps" (PUF), "Oscar Wilde" (Gallimard - Folio Biographies), "Le Dandysme, dernier éclat d'héroïsme" (PUF), "Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des 'nouveaux philosophes' et de leurs épigones"(François Bourin Ed.) et "Le dandysme - la création de soi" (François Bourin Ed.)


DOUZE APPRENTIS DJIHADISTES PRETS A MOURIR EN MARTYR
Par Christophe Cornevin



Des membres du GIPN.Crédits photo : JEAN CHRISTOPHE MAGNENET/AFP
Ces délinquants radicalisés, convertis à l'islam, formaient une cellule clandestine préparant une vague d'attentats antisémites.

«De fanatiques illuminés vivant en semi-clandestinité, sur le point de basculer dans une série d'actions violentes qui auraient pu faire très mal.» ¬Dimanche, un haut responsable de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ne laissait planer guère de doutes sur l'inquiétant profil des douze suspects composant la «cellule» islamiste désamorcée samedi à Paris, Torcy, Strasbourg et Cannes. Soupçonnés de projeter une imminente vague d'attentats contre des associations juives dont ils avaient dressé la liste, ces apôtres de la haine semblent a priori tous taillés dans le même bois.
Assez jeunes et issus de milieux modestes, ces Français sont pour la plupart des convertis à l'islam radical jusqu'à l'aveuglement. Connus pour des histoires de drogue ou de violence, ils semblaient prêts à mener le djihad au cœur de l'Hexagone avant de mourir en martyr. Âgés de 19 à 25 ans, les onze gardés à vue à la sous-direction antiterroriste s'apprêtaient à lancer ce qu'ils appelaient leur «guerre contre la France». L'un d'eux considérant même l'affaire Merah comme la «bataille de Toulouse».
UNE CELLULE «D'UNE MEFIANCE ABSOLUE»
Âgés de 19 à 25 ans, les onze membres de la cellule démantelée samedi dernier se sont pour la plupart convertis à la mouvance salafiste dans les arrière-salles des mosquées.
(...) «D'une méfiance absolue, les membres de cette cellule changeaient sans cesse de téléphones mobiles et de puces électroniques. Ils n'utilisaient Internet qu'avec parcimonie et ne restaient jamais au même endroit», précise un policier, parlant de «surveillances très difficiles». Le coup de filet a été déclenché samedi, peu avant que les apprentis djihadistes ne se regroupent.
(...)Alain Chouet, ancien chef du service renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), estime «de cent à deux cents» le nombre des «sociopathes susceptibles de verser dans la violence en France».

LES CONVERSIONS SONT SURTOUT SALAFISTES
«Nous assistons à l'émergence d'une nouvelle tendance du salafisme, l'islamo-banditisme, formée par des délinquants, souvent convertis en prison, qui gardent leurs habitudes de violence ou d'exactions, mais en les justifiant par des motifs religieux islamiques de lutte contre l'Occident.» Samir Amghar est l'un des spécialistes français de l'islam. Il vient de publier deux ouvrages de références chez Michalon: Le Salafisme aujourd'hui et Les Islamistes au défi du pouvoir.
 «En l'occurrence, explique-t-il, le salafisme est avant tout une interprétation littérale de l'islam. L'immense majorité des 12.000 à 15.000 salafistes français sont quiétistes, c'est-à-dire des religieux qui récusent le combat politique.» Le salafisme violent, révolutionnaire, ne concerne selon lui que «quelques dizaines, voire centaines» de personnes. Mais le salafisme est le mouvement musulman qui connaît le plus de conversion: «Entre un quart et un tiers», estime-t-il, alors que seulement 1% des musulmans français sont des convertis.
BRUGUIERE: LES CONVERTIS A L'ISLAM SONT LES PLUS DANGEREUX
Ancien patron de la lutte antiterroriste, le juge Jean-Louis Bruguière réagit au coup de filet antiterroriste lancé en France ce week-end.

L'ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière décrypte une nouvelle tendance d'action.
LE FIGARO. - QUE VOUS INSPIRE L'AFFAIRE LOUIS-SIDNEY?
Jean-Louis BRUGUIÈRE.- On est dans le droit fil de ce qui émergeait dans les années 1990. Le plus important est le phénomène des conversions. Souvent, les convertis à l'islam sont les plus dangereux
LES NOUVEAUX ISLAMISTES EN EUROPE N'ONT VISIBLEMENT PLUS BESOIN DE PARTIR SE FORMER A L'ETRANGER…
Il y aura toujours un djihadisme initiatique de ce type. Merah en est d'ailleurs la parfaite illustration. Mais, dans l'affaire Louis-Sidney, les premiers éléments recueillis semblent indiquer qu'un phénomène d'autoradicalisation s'est développé de façon inquiétante. Sur le sol français, les cellules agrègent des individus qui ne sont pas passés par les camps en zone pakistano-afghane ou ailleurs. Il y a une rapidité dans la mutation des réseaux qui me sidère. Et sans doute les services antiterroristes ont-ils négligé cette évolution. Et pas seulement en France. J'ai été frappé, pour ma part, par cette manifestation de salafistes, en septembre dernier, devant l'ambassade des États-Unis à Paris. Elle est, à mon sens, la première manifestation visible d'un enracinement en profondeur de l'islamisme radical dans nos sociétés occidentales et de sa capacité à mobiliser, notamment via les réseaux sociaux.
Y AURAIT-IL UNE GENERATION INTERNET CHEZ LES ISLAMISTES?
On peut monter un réseau et passer à l'acte sans Internet. Mais la Toile a indéniablement développé le vivier des radicaux. Elle a facilité l'autoradicalisation, donnant accès à des techniques de communication instantanées et quasi gratuites.
Nous ne disposons pas de moyens techniques ou juridiques suffisants pour contrôler cela, et la traçabilité de l'islamisme radical sur la Toile relève du casse-tête.

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