samedi 20 octobre 2012

Milquet : « le PS a manqué d’une présidence forte »



Veronique Lamquin

S’exprimant pour la première fois depuis son éviction de la majorité à la Ville de Bruxelles, la vice-Première CDH ne veut « pas que les bassesses de la vie politique communale influent sur le gouvernement. »


S’affichant combative et volontariste, Joëlle Milquet veut se concentrer sur le budget. Mais la blessure de dimanche soir n’est pas refermée. Dès qu’on lui parle de l’attitude du PS de la Ville de Bruxelles, le verbe se fait acerbe. « Le PS s’est allié avec le troisième parti, dont la tête de liste fait moitié moins de voix que le bourgmestre ou moi, et est soumis à information judiciaire. Ils ont pris le parti le plus faible, le plus docile, avec une hypothèque d’affaires ; or, faire plonger sa ville dans ce genre de climat, c’est à éviter. »
Rappelant qu’elle avait signé un accord pré-électoral avec les socialistes, la vice-Première CDH dénonce le manque de respect du texte. « En politique, il faut respecter ses accords, sinon on fait un autre métier. C’est aussi un manque de respect par rapport aux personnes. La manière dont on a trahi une confiance humaine ! En plus, cela vient de gens avec qui j’avais noué une relation de quasi-amitié. »
« IL S’AGIT D’UNE ERREUR POLITIQUE MAJEURE »
Interrogée sur ses sentiments à l’égard d’un Elio Di Rupo incapable d’imposer à ses troupes le choix d’une alliance, Joëlle Milquet affirme recevoir de nombreux messages de soutien en interne au PS. « Tous disent que j’étais la dernière personne à qui ils pouvaient faire ça. Ce qui a manqué, c’est évidemment une présidence forte d’Elio Di Rupo. A un moment, il faut une vision collective, une vision stratégique interne et une analyse minimale qu’il s’agit, au-delà de l’outrance humaine imméritée, brutale et grossière, d’une erreur politique majeure. Ce n’était sans doute pas la symbolique que je représente qu’il fallait toucher. »
« Maintenant, c’est fait, à eux d’en tirer les conclusions. Au PS, ils doivent se poser des questions sur le management interne. A eux de voir si, comme je le pense, ils ont fait une erreur politique. Je l’entends de toute part, notamment de gens de chez eux. Mais ce n’est pas à moi de les commenter. »

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
EFFET DE WEVER (SUITE)
" A UN MOMENT, IL FAUT UNE VISION COLLECTIVE, UNE VISION STRATEGIQUE"
Elio Di Ripo a eu beau faire la sourde oreille à la harangue du vainqueur des élections anversoises (Bart De Wever n'est pas encore bourgmestre, faute de pouvoir réunir une majorité) en affirmant qu'il s'agissait d'un scrutin local.
En réalité la victoire du grand Caliméro flamand, tout le monde l'a compris,  a déplacé les lignes et provoqué de formidable dégâts collatéraux, singulièrement dans la Région de Bruxelles Capitale où trois pièces maîtresses de l'alliance PS-CDH ont été sacrifiées sur l'échiquier aux dépens de Elio Di Rupo: deux vices présidentes Joëlle et Laurette et un dinosaure, le bourgmestre de Molenbeek ont notamment fait les frais de ce tsunami.  Pire, c'est toute la tactique électorale de ces trois personnages qui a été mise à mal.
Qu'en pensent les lecteurs du forum du soir?
 "Ces Milquet, Moureaux et autres Onkelinx sont vraiment pitoyables. Depuis beaucoup trop longtemps, ils vendent notre culture à un islam conquérant uniquement pour conquérir des voix communautaristes aux élections."
"A Bruxelles, le parti de Joëlle Milquet est tout aussi coupable que le PS de la communautarisation de la politique locale."
 "Le PS a manqué d'une présidence forte. Par contre B. Lutgen, alors qu'il était encore à la Région, a osé dire qu'il n'était pas marié avec le PS. Dont acte"
"A un moment, il faut une vision collective, une vision stratégique"

C'est la vraie question, au delà du destin individuel du personnel politique.
Qu'on le reconnaisse ou non, le discours anti-Elio de De Wever et la stratégie anti-PS de la NVA ont fait bouger les lignes à Bruxelles.
Trop de communautarisme a été fatal aux trois champions du communautarisme.
Qu'on prenne toute la mesure d'une info de caractère anodin parue cette semaine dans la presse:  "Un échevin des affaires flamandes a été désigné à Alost pour lutter contre la francisation"
Et dans quel sombre dessein? "Sa tâche sera de lutter contre la francisation de la ville, explique le nouveau bourgmestre Christoph D'Haese, passé de l'Open Vld à la N-VA, dans le quotidien Le Soir."
"Nous assistons à une francisation de la ville." Traduction en termes clairs: Alost, comme Hal, Louvain ou Malines...assiste à l'arrivée de plus en plus massive d'allochtones qui quittent Bruxelles, poussés par le boom démographique et la précarité du logement.  "C'est ce que nous appelons le phénomène 'chemin de fer', lié au fait que notre ville se trouve non loin de Bruxelles sur la voie vers Gand. Nous accueillons le trop-plein de Bruxelles." Vient alors cette phrase inouïe digne de la prose du Dr Goebbels en début de carrière: " Nous ne sommes pas contre le français, tout le monde est bienvenu, nous ne sommes pas racistes. Mais on doit apprendre la langue pour s'intégrer", déclare M. D'Haese."
L'échevin aura pour tâche de renforcer le caractère flamand d'Alost, dit-il encore.
Que celui qui a des oreilles entende. En disant cela et en agissant ainsi, la N-VA reprend en mettant des gants et un boeuf sur sa langue la stratégie du Vlaams Belang avec des mots châtiés.

Nous assistons donc bien a un épisode du formidable bras de fer entre la vision wallonne d'un PS qui prend l'eau et la vison d'une N-VA flamande qui rêve d'hégémonie absolue en Flandre avec une structure confédérale face à un Wallonie aussi peu socialiste que possible.
2012, c'est les grandes manoeuvres avant le Waterloo de 2014. "Un apéritif avant le plat de résistance" pour parler comme le sénateur Delpérée.
Mais quid de la question du vivre ensemble?
MG


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