mardi 16 octobre 2012

Bruxelles : gros meurtres entre amis


Pierre Havaux

Journaliste politique au Vif/L'Express

Retournements de veste, trahison, duplicité, putsch : de Molenbeek à Bruxelles-Ville, de Watermael-Boitsfort à Ganshoren, les politiques bruxellois atteignent le sommet de l’art lors de ce scrutin communal. Même Philippe Moureaux (PS) y perd sa tiare de maïeur. C’est dire le degré de perfidie.



Saga Borgia en bord de Senne. La nuit des longs couteaux se prolonge en région bruxelloise. Le scrutin communal cuvée 2012 y dégénère en une cascade de révolutions de palais qui laissent de nombreuses victimes sur le carreau.

Personne n’est à l’abri, personne n’est épargné. Pas même l’indéboulonnable Philippe Moureaux, 73 ans, 20 ans de maïorat, qui se croyait invulnérable sur ses terres molenbeekoises. Le voilà évincé de son fief par une coalition constituée par le MR, Ecolo et le CDH autour de la future bourgmestre MR François Schepmans. Rideau sur Moureaux. Un séisme.

Cerise sur le gâteau à Molenbeek. Ailleurs, on avait déjà indiqué la voie.

Malheur aux vainqueurs et aux bourgmestres sortants. A Watermael-Boitsfort : Martine Payfa (FDF) se fait débarquer par une alliance conduite par l’Ecolo Olivier Deleuze qui lui rafle l’écharpe maïorale. A Woluwe-Saint-Pierre : exit le MR Willem Draps, ils se sont mis à quatre partis pour l’éjecter.

Bruxelles-Ville ? Le bourgmestre PS Thielemans débarque le CDH de Joëlle Milquet sous prétexte de bilan médiocre, pour tendre les bras au MR d’Alain Courtois.

On ne respecte décidément plus rien. Ganshoren en est devenu un labo, et sa bourgmestre sortante une miraculée : Michèle Carthé (PS), est d’abord éjectée puis revient dans le parcours grâce au MR à condition de renoncer au maïorat. C’est alors l’histoire de « l’évinceur » évincé : la liste Pro Ganshoren de Pierre Kompany, le père du joueur de foot, médite sur la félonie ambiante.

A Saint-Josse, pas besoin de renfort extérieur : c’est entre camarades qu’on sort les couteaux. Jean Demannez (PS), bourgmestre sortant, se sent trahi par son colistier et meilleur rival, Emir Kir (PS) qui a tenté de lui piquer la place. Tentative de putsch : Demannez encaisse mal.

La tendresse dans ce monde de brutes, c’est à Schaerbeek qu’il faudra aller la chercher. A côté de tant de vilenies, le choc transparent entre Laurette Onkelinx (PS) et le front commun Clerfayt (FDF) – Ecolo – CDH passera pour un combat d’enfants de chœur.

Concert de lamentations et d’imprécations. Menaces de représailles. Et culot généralisé dans les partis. Ici, on hurle au manque de respect de la voix de l’électeur. A côté, on s’empresse de bafouer le beau principe.

Tout cela laissera sans doute des traces. Sauf que tout le monde a joué dans la pièce. Y compris les Ecolos qui n’ont pas fait que de la figuration. Philippe Moureaux en fait l’expérience et les frais. A l’heure de tirer sa révérence, il leur tire d’ailleurs son chapeau. Bel hommage indirect pour un fin connaisseur.







COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHAISES MUSICALES
Les internautes de la Libre s'en donnent à coeur joie:
« C'est la danse des canards:  Milquet et Onkelinx éjectées, qui de Schaerbeek qui de Bruxelles ville et à présent, cerise sur le gâteau, Flupke moustache viré de Molenbeek ?
 Et le chantage continue à Uccle...
Ajouter à cela une opération "chaises musicales francophone" au fédéral, ... »

"Personnellement, je déteste que les politiques décident de lier la négociation d'une commune avec la négociation d'une autre commune.
C'est tromper l'électeur."

En lisant ce genre de commentaires, on s'étonne un peu moins que près de 25% des Bruxellois se soient abstenus d'effectuer, dimanche, leur devoir électoral.
Il est assez choquant de voir deux grandes figures municipales, Martine Payfa et Philippe Moureaux, éjectées de leur maïorat quand toutes les deux ont été largement plébiscitées par leur électorat local. C'est un manque de respect à l'égard de l'électeur.



C'est un peu comme si on avait viré Guy Cudell sous prétexte d'avoir perdu quelques milliers de voix.
Loin de nous de stigmatiser Olivier Deleuze (Boitsfort) ou Françoise Schepmans (Molenbeek), deux grands formats de la politique belge. Il n'en demeure pas moins que leur putsch démocratique manque totalement d'élégance.
On avait cru comprendre que Charles Michel entendait installer un axe PS-MR. On en est loin. Quant à Ecolo, on a l'impression qu'il est en train de devenir ce que toujours il refusa d'être:  un parti comme les autres, c'est à dire affamé de pouvoir et d'ambition. Effet Deleuze?  Mais qu'est ce qui a fait bouger les lignes à ce point en ébranlant les positions du PS? Effet De Wever?
MG

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