mardi 23 octobre 2012

Non, le succès de Bart De Wever n’est pas dû à « la crise »



Le Soir
Mia Doornaert, ex-éditorialiste au « Standaard », ancienne collaboratrice indépendante au cabinet d’Yves Leterme.
Vouloir l’indépendance de la Catalogne, de l’Écosse, de la Flandre (ou de la Wallonie) peut paraître une bêtise à beaucoup d’Européens. Mais cela fait partie de la liberté d’opinion. Les partis qui militent, de façon démocratique, pour cette indépendance ne sont donc pas pour autant des partis d’extrême droite. Les mettre sur le même banc avec des partis xénophobes, des partis d’extrême droite, des populistes, c’est faire un amalgame qui est faux sur le plan intellectuel et dangereux sur le plan politique. C’est pourtant ce qu’on fait un nombre de dirigeants européens, dont Mr. Di Rupo, après leur sommet fin de la semaine dernière à Bruxelles. Et pour comble de simplisme, ils ont imputé le succès grandissant de nombre de ces partis radicaux différents à ‘la crise économique’. C’est dommage, car ces différents phénomènes nécessitent des analyses beaucoup plus fines.
En ce qui concerne le succès du N-VA de Bart De Wever dans les récentes élections communales et provinciales, un nombre d’amis européens m’avaient demandé comment je l’expliquais. J’ai essayé de leur répondre le plus honnêtement possible, en leur expliquant des perceptions et des sentiments qui existent en Flandre, perceptions et sentiments que je ne partage pas nécessairement, mais qu’il faut connaître et essayer de comprendre pour pouvoir après y répondre. Voici ma ‘liste’ qui ne prétend pas être exhaustive.
1
.BART DE WEVER CONTINUE A RECOLTER CE QUE LES PARTIS POLITIQUES FRANCOPHONES ONT SEME APRES LES ELECTIONS DE 2007, en refusant de négocier sérieusement avec Yves Leterme et les partis néerlandophones classiques – à ce moment, le N-VA n’était que le cinquième parti en Flandre ! Ils n’ont pas voulu voir que l’acceptation de certaines vieilles revendications flamandes, comme la scission de Bruxelles-Halle-Vilvorde, était une condition sine qua non pour apaiser les relations communautaire. Résultat des déboires du formateur et premier ministre Yves Leterme : colère flamande, déception des électeurs envers le CD&V et les autres partis « mous », et transfert de voix vers le N-VA lors d’élections successives, avec la victoire du N-VA lors des élections législatives de 2010. Après la longue crise, et sous l’impulsion d’Elio di Rupo qui s’était enfin rendu compte de l’état d’esprit au nord du pays, des blocages tenaces ont enfin été levés. Mais les électeurs flamands n’en ont pas su gré aux partis flamands au gouvernement. Beaucoup en ont tiré une autre leçon : c’est grâce à Bart De Wever que les autres partis flamands cette fois-ci ont tenu bon et sont venu à bout de l’intransigeance francophone. Donc, pour faire respecter la Flandre, il faut renforcer le N-VA.
2
MEME SI ELIO DI RUPO EST CONSIDERE COMME UN HOMME PLUTOT SYMPATHIQUE EN FLANDRE, IL NE FAUT PAS OUBLIER L’INCOMPREHENSION OU L’IRRITATION DE BEAUCOUP DE FLAMANDS QU’UN HOMME AUSSI INTELLIGENT ET CULTIVE, ET QUI EN PLUS A DES AMBITIONS NATIONALES, AIT DE SI PIETRES NOTIONS DU NEERLANDAIS, LA LANGUE DE LA MAJORITE DES BELGES. Ils y voient le énième signe de mépris de la part de beaucoup de Wallons pour leur langue et leur communauté. Et ils se disent que l’on ne peut pas prétendre vouloir la survie de la Belgique fédérale et en même temps ignorer la langue de majorité des Belges.
3
Ce qui est considéré comme un mépris envers la langue en culture flamande suscite d’autant plus d’incompréhension ou de colère que depuis moult années, il y a des transferts budgétaires massifs de la Flandre vers la Wallonie. D’où un sentiment : NOUS SOMMES JUSTE BONS A PAYER, MAIS POUR LE RESTE ON NOUS DEDAIGNE.
4
Nous voilà arrivés à la situation économique de la Wallonie et les transferts. LA PLUPART DES FLAMANDS TROUVENT NORMAL QU’IL Y AIT UNE SOLIDARITE ENTRE LES DIFFERENTES PARTIES DU PAYS. CE QUI LES INQUIETE ET IRRITE C’EST QUE LES TRANSFERTS VERS LA WALLONIE SEMBLENT DISPARAITRE DANS UN PUITS SANS FOND. La perception persiste que, sauf au Brabant Wallon, on ne voit pas une politique dynamique visant à moderniser les moeurs politiques, syndicales, sociales et à créer un environnement dynamique pour la création d’emplois. L’impression persiste que le PS utilise les transferts pour des allocations sociales très généreuses qui installent les gens dans une « culture » de chômage et de dépendance, en qui plombent encore plus l’économie wallonne. Alors, le sentiment en Flandre est que l’on veut bien payer pour aider la Wallonie à se relever, mais pas pour continuer une politique archaïque qui manifestement ne marche pas, et qui en fait ressemble plutôt à une politique de clientélisme du PS. D’où l’argument très porteur de De Wever (et pas seulement de lui) que, si la Wallonie veut suivre une politique économique et sociale fondamentalement différente de celle de la Flandre, elle doit en assumer les responsabilités et les coûts, la solidarité ne pouvant pas venir d’un seul côté.
5
La crise européenne aidant, Bart De Wever compare cette frontière ‘culturelle’ en Belgique avec celle qui en Europe sépare les pays du sud dits irresponsables et dépensiers des pays sérieux du nord qui, eux, ont eu le courage de prendre en temps utile des mesures impopulaires pour préserver l’avenir. Vu la Grèce, qui s’est mise elle-même dans le pétrin où elle se trouve mais où la presse et certains partis traitent maintenant Angela Merkel de tous les noms parce qu’elle ne veut signer un chèque en blanc, cet argument-là ne porte pas mal auprès de l’opinion publique flamande. BEAUCOUP DE FLAMANDS EN EFFET NE SUPPORTENT PLUS DE S’ENTENDRE REPROCHER, CHAQUE FOIS QU’ILS CRITIQUENT CERTAINES POLITIQUES ECONOMIQUES ET SOCIALES EN WALLONIE, QUE CES CRITIQUES NE SONT QUE DES PRETEXTES ET QU’EN FAIT, ILS VEULENT TOUT SIMPLEMENT GARDER LEURS RICHESSES POUR EUX ET REFUSENT LA SOLIDARITE AVEC LE SUD DU PAYS.
6
Il ne faut pas oublier que le succès de De Wever est dû aussi au fait qu’il a attiré une grande partie des voix qui auparavant allaient au Vlaams Blok/Vlaams Belang. Vu son caractère xénophobe, il y avait un cordon sanitaire autour du VB. Ses blocs d’élus étaient ‘gelés’ et les voix pour le VB étaient en fait des voix perdues. Alors, beaucoup d’électeurs du VB – qui ne sont pas tous des racistes d’extrême droite, loin de là – préfèrent transférer leur vote protestataire vers le N-VA pour voter utile. Ceci enlève une ‘rente’ politique aux partis flamands classiques. En effet, comme le Vlaams Blok était isolé, il fallait souvent une tripartite pour avoir une majorité flamande à la Chambre et ces partis étaient donc presque assurés d’être continuellement au gouvernement. LES PARTIS N’ONT PAS ASSEZ BIEN COMPRIS QUE LE VB N’ETAIT PAS SEULEMENT LA FIEVRE MAIS AUSSI LE THERMOMETRE, ET N’ONT PAS FAIT ASSEZ POUR CONVAINCRE ET RECONQUERIR SON ELECTORAT.
7
IL Y UNE PLACE EN FLANDRE POUR UN GRAND PARTI CENTRE-DROIT, UN PARTI QUI DIT QUE CEUX QUI TRAVAILLENT DOIVENT GAGNER PLUS QUE CEUX QUI VIVENT D’UNE ALLOCATION, QU’IL N’Y A PAS SEULEMENT DES DROITS CITOYENS MAIS AUSSI DES DEVOIRS, UN PARTI A L’IMAGE DE LA CDU EN ALLEMAGNE OU DE L’UMP EN FRANCE. C’est sur cette base-là qu’Yves Leterme avait fait son alliance avec le N-VA qui, à ce moment, était le petit parti d’appoint. Le VLD de Guy Verhofstadt avait lui aussi l’ambition de devenir le grand parti populaire en Flandre. Mais le CD&V et le VLD n’ont jamais voulu dire clairement qu’ils étaient de (centre-) droite, et ont trop cultivé une image de ‘gauche’, le CD&V à cause de son aile syndicaliste (ACV) en gauchiste (ACW), le VLD avec ses positions en pointe sur les questions éthiques. Résultat : c’est le N-VA qui est en train de devenir ce parti populaire. Il n’attire pas seulement beaucoup d’anciens électeurs démo-chrétiens, mais risque aussi de laminer le VLD car son programme économique et social est le plus libéral de tous les partis néerlandophones. Bart De Wever est très populaire auprès des entrepreneurs et indépendants qui ne critiquent pas seulement la politique belge, mais sont de plus en plus excédés par la manie de réglementation de la part du gouvernement et de l’administration flamandes.
Conclusion
L’électorat du N-VA est divers et différents électeurs veulent différentes choses : plus de libéralisme économique, moins de tracasseries bureaucratiques et de charges sur les entreprises, plus d’autonomie flamande, des politiques plus actives pour défendre le néerlandais et arrêter la ‘tache d’huile’ francophone autour de Bruxelles etc. Il est frappant aussi de constater que la majorité des électeurs N-VA ne veut pas d’un point important du programme de ce parti, c’est-à-dire la scission de la Belgique. Tous les sondages sont là pour le montrer. LA MEILLEURE FAÇON DE CONTRER LES ARGUMENTS DE MR. DE WEVER CONTRE LA BELGIQUE, N’EST DONC PAS DE LE METTRE DANS LE COIN DES GENS INFREQUENTABLES – IL NE L’EST PAS. C’EST DE DEMONTRER, AUX ELECTEURS DU NORD ET DU SUD DU PAYS, QUE LA BELGIQUE A UNE PLUS-VALUE ET EST UNE PLUS-VALUE. CELA PASSE PAR L’ECOUTE, L’OUVERTURE D’ESPRIT, LE REFUS DES SCHEMAS ‘EUX CONTRE NOUS’, LE RESPECT, LE DIALOGUE. C’est tout le contraire des simplismes et amalgames dont semblaient se contenter nos dirigeant européens, Mr. Di Rupo inclus.

COMMENTAIRES D'INTERNAUTES
"Cet article considère comme des axiomes les principes du néo-libéralisme et de la concurrence entre territoires. Pour le reste, il faut évidemment punir ceux qui sont victime de ce même néo-libéralisme, il est inconcevable que les francophones n'adhèrent pas à cette évidence. Et évidemment, salauds de francophones qui ne voient pas, depuis 2007, combien c'est une évidence qui ne mérite même pas d'être discutée qu'il faut régionaliser le code de la route."
"La démonstration est faite que la Flandre ne parle que d'une seule voix, celle de Bart. Tous les partis sont solidaires de la pensée de la N-VA. Mme Doornaert, vous dressez là une série de stéréotypes aussi mensongers qu'insultants! Quel manque de recul pour une journaliste"

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REVIENS-NOUS VITE VERHOFSTADT, AVANT QUE NE S'EVAPORE TA CHERE BELGIQUE!
Comment ne pas être affligé en lisant les commentaires réducteurs d'internautes obtus, ignorant tout de l'évolution des mentalités en Flandre par rapport à la puissante synthèse qu'en donne Mia Doornaert, ex-éditorialiste au "Standaard" et par rapport au souci d'éclairage du fait flamand qui caractérise le travail remarquable de Béatrice Delvaux, depuis des années, au sein du journal le Soir.
Il y a cependant une exception notable:
"Rarement lu une analyse aussi cuisante et, dans son ensemble, correcet. Ceux qui pensent que Madame Doornaert appartient à l'entourage de Monsieur De Wever, font preuve de leur méconnaissance fondamentale de ce qui existe en Flandre. Gravissime erreur. Et...c'est trop tard."

Jusqu'il y a peu, il n'était pas permis de décortiquer et de dénoncer dans les medias francophones la politique hégémonique, clientéliste et très dispendieuse du Parti socialiste d'Elio Di Rupo.
Désormais, ce tabou est brisé, à l'exception de la RTBF qui continue à manier l'encensoir à l'endroit du PS qui a depuis longtemps phagocyté ses équipes journalistiques.
Incontestablement, tout ceci participe de l'effet De Wever sur lequel nous nous sommes longuement attardés sur ce blog.
Plus personne ne l'ignore: la Wallonie vit depuis plusieurs décennies aux crochets de la Flandre. (même si autrefois ce fut l'inverse).
Il est clair que la politique d'assistanat déresponsabilisante du PS plombe une Wallobrux qui a pourtant tout pour décoller comme le montre le développement d'une Silicon Valley autour de Louvain-la-Neuve.
Il manque un point essentiel dans cette riche analyse de Mia: la faillite du VLD et la médiocrité de la stratégie actuelle du MR, son pendant francophone
C'est un point essentiel que nous avons largement évoqué ici.
En abandonnant la direction de VLD a des mains inexpérimentées, le trio Verhofstadt, De Gucht et De Waele ont permis à De Wever de  cannibaliser leur parti, en "lavant plus bleu que bleu" et de réaliser ce qu'eux même avaient ambitionné : créer en Flandre un puissant parti de centre droit, un "volkspartij" qui prendrait la place du CVP (devenu CD&V). Ils ont failli réussir mais ce sont désintéressés de cette entreprise en optant pour l'Europe; Bart de Wever a repris leur projet à son compte.
A Bruxelles, le MR a eu grand tort de se séparer du FDF qui lui garantissait une suprématie locale sur le PS.
Pour le reste, Joëlle Milquet fut très mal inspirée de lier le destin de son parti à celui du PS.
Son successeur est en train de corriger cette erreur stratégique en tirant le CDH vers le centre, son toponyme de prédilection.
Il faut bien voir que c'est le clientélisme communautariste qui paralyse la vie économique à Bruxelles. C'est plus qu'un échec, c'est un désastre. En Wallonie, la suprématie absolue des socialistes dans toutes les administrations, au sein de l'enseignement, lequel est mal géré et sans ambition, plombe la région au bénéfice d'une nomenclatura d'aparatchiks PS confortablement installés dans leurs fromages.
Ce n'est pas par hasard que le PTB fait un tabac au détriment du PS et que le parti "Islam" obtient 4% des voix dans deux communes de la couronne du Nord et presque autant à Bruxelles-ville.
Après Louis Michel et Didier Reynders, le MR a besoin d'un homme fort ou d'une femme à poigne et pas d'un "fils de". On rêve de voir Guy Verhofstadt reconstituer un parti libéral national en le présidant avec panache.  C'est une idée folle, à première vue seulement, car l'homme a indiscutablement une aura européenne et un profil foncièrement cosmopolite. De plus cet ex-baby Tatcher a dénoncé avec force les dérives droitières du sarkozysme. Cet intellectuel de haut vol, apprécié en Hollande et en Allemagne, s'est allié avec l'ex-gauchiste Cohn-Bendit pour écrire à quatre main un best-seller sur l'Europe. Non, ce ne saurait être un mauvais homme.
Difficile de comprendre que le Palais n'ait pas joué ce joker, en accordant toute sa confiance au Machiavel Di Rupo qui joue la carte belgicaine comme De Wever joue la carte flamande: par opportunisme politique plus que par conviction. Tous deux sont assoiffés de pouvoir et de gloire personnelle. Les auteurs du vidéo montage sur der Untergang l'ont parfaitement compris.
MG
.



Aucun commentaire: