mardi 16 octobre 2012

Soyez bénis, bourgmestres de grandes villes !



Beatrice Delvaux
Éditorialiste en chef



Une bonne nouvelle issue des élections communales pour les francophones ? Il y en a une, excellente. Les villes reprennent du poil de la bête, redeviennent sexy et se dotent de bourgmestres a priori volontaristes, jeunes, avec ce brin de modernité annonciateur de bonnes choses. Ainsi Prévot à Namur et Magnette à Charleroi.
On a longtemps glosé sur le dynamisme économique de la Région flamande. Mais celui-ci n’aurait pu se déployer, s’il n’avait pas pu bénéficier du relais de centres urbains transfigurés. Gand, Anvers, Hasselt, Louvain et désormais Malines et Ostende participent à la dynamique flamande mais concourent aussi à donner une image positive à une région qui politiquement et dans sa communication a souvent été agressive, revendicatrice, misant souvent sur le politique et la flamandisation. Rien de tout cela avec les villes : elles sont ouvertes, multi- et très culturelles, extrêmement contemporaines. Avec à leur tête le plus souvent des bourgmestres emblématiques, véritables « patrons », tels « feu » Janssens pour Anvers et, le désormais canonisé, Termont à Gand.

Au moment où la Région wallonne semble divisée à son sommet, hésitante sur les accélérations radicales à donner, les villes du sud pourraient prendre un relais capital. Bien gérées, en mouvement, elles seront de meilleurs et rapides ambassadeurs de cette dynamique wallonne dont la Flandre doute toujours. Un bourgmestre charismatique (ou une équipe volontariste), une vision d’avenir, des projets culturels et urbanistiques audacieux, une mobilité repensée, une gestion habile du commerce, un investissement dans le patrimoine local, et voilà de quoi rapidement changer les perceptions et doter de moteurs additionnels de croissance le Plan Marshall qui cherche son souffle.

C’est en cela que la désignation des Prévot et autres Magnette est cruciale. Ils ont exposé une vision pour leur ville, n’hésitent pas à s’inspirer de Liège, déjà en mouvement, de villes flamandes ou européennes.

Please, MM. les présidents de parti : laissez-les travailler, ne leur confiez rien d’autre durant les six ans à venir. Les exemples de Termont et Janssens prouvent que c’est à cette seule condition qu’ils arrivent à des résultats et à redonner la fierté de leur ville aux habitants. Le bourgmestre d’une grande ville n’a rien à envier à un président de parti ou un ministre. La Région, elle, a besoin d’eux, full time, urgemment !

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE RETOUR EN FORCE DE LA VILLE
Béatrice Delvaux a le génie de pointer parmi le flot des infos, celles qui nous aident à saisir la réalité politique dans toute sa complexité.

Désormais, en effet, l’essentiel du pouvoir économique, politique et même culturel se situe dans les villes. Et les grandes villes se livrent mutuellement une concurrence âpre et sans pitié notamment pour attirer la « creative class » (Richard Florida) ces esprits innovants qui sont le levain qui fait monter la pâte.  Elles sont devenues, ces « creative cities »,  les moteurs économiques des nations. Songeons au formidable essor de Berlin mais aussi de Rotterdam, de Marseille et de Lille et sa fameuse communauté urbaine qui devrait servir d’exemple à Bruxelles. Bruxelles enfermée dans son carcan institutionnel la limitant arbitrairement à 19 communes. Bruxelles, ce brol, où le pouvoir est morcelé en 19 baronnies qui tirent à hue et à dia et sont incapables de regarder ensemble dans la même direction.
Ce brol ne décollera vraiment que le jour où un(e) ministre président audacieux et visionnaire proposera à tous les Bruxellois un dessein collectif cosmopolite et ambitieux. Le duel pour la succession de Charles Picqué en 2014 sera absolument crucial à cet égard. La capitale de l’Europe a besoin d’un Janssens (Anvers), d’un Termont (Gand) d’un Toback (Leuven) voire d’un Vande Lanotte (Ostende). Qui est candidat à sa succession ? Laurette Onkelinx ? elle vient de perdre la bataille de Schaerbeek. Bernard Clerfayt ? il vient de la gagner.  Didier Reynders, il en piaffe d’impatience.
Un internaute commente : « Déplacer les moteurs économiques des régions vers les villes? Oui, mais qui finance les villes? Si la tête est indécise, si des divisions commencent à apparaître parmi ceux qui ont pour tâche de "distribuer" la manne providentielle afin d'extraire certains foyers de leur état misérable comme Charleroi (pas seulement Charleroi), quel que soit le bourgmestre, il aura les pieds et poings liés parce que le carburant pour faire tourner le moteur économique, dégager des projets, vient d'abord du/des gouvernements régionaux, du privé ensuite. »
« Stadtluft macht frei » l’air de la ville nous rend plus libre. A condition que la ville ait de l’ambition pour ses citoyens ce qui est loin d’être le cas de Bruxelles aujourd’hui.
MG


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