lundi 1 octobre 2012

Y a-t-il d’autres fédéralistes ?






Stéphanie Grofils  (La Libre)
Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit prônent une Europe fédérale, dans leur livre “Debout l’Europe”. Mais leur manifeste ne fait pas que des émules.
Une véritable Europe fédérale, comme seule voie efficace pour sortir le Vieux Continent de la crise. C’est ce que Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit prônent, tambours battants, dans leur livre-manifeste "Debout l’Europe !", présenté lundi à Bruxelles. Mais les chefs de file respectifs des libéraux et des Verts au Parlement européen n’ont pas que des alliés dans cette bataille. Leur "intégration finalisée" - appelant à la fin de l’Etat-nation et à une contribution directe des citoyens au budget européen -, ne fait pas que des émules.
"Bravo les artistes", s’écrie aussi Pierre Defraigne, le directeur exécutif de la Fondation Madariaga - Collège d’Europe. Pour lui, il y a au moins deux bonnes raisons de "mettre ainsi les pieds dans le plat" : "Que deux leaders charismatiques - il n’y a que ceux-là - ouvrent le débat et le fassent dans des termes très clairs et très substantiels, est une bonne chose pour la démocratie. Ça peut remobiliser les gens en faveur de l’Europe. Car les citoyens ne font plus confiance à l’Europe. Ils ne veulent plus de cette Europe-là", explique-t-il. Pour l’économiste et ancien fonctionnaire européen au sein de la DG Commerce, "on entre dans le fédéralisme à reculons. L’opinion publique n’est pas prête, elle ne le souhaite pas. Et les leaders n’osent pas prendre le risque d’indiquer que c’est cette voie-là qu’ils vont prendre" , précise-t-il.
Pierre Defraigne fait, là, allusion aux petits pas de la Commission européenne vers une Europe intégrée, comme la proposition d’une supervision bancaire qui doit mener à une union bancaire, le "tout petit début une union fiscale", et l’élargissement du mandat de la Banque centrale européenne. "Ce qui est surprenant dans le débat, c’est l’affirmation de principe très forte de Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit, d’une part. Et les réticences de tous les autres qui font cela étape par étape, sous la pression des événements, et toujours un peu à contrecœur", observe Pierre Defraigne.
Car on peut imaginer que la Commission européenne ne répondra pas au manifeste de Cohn-Bendit et de Verhofstadt d’une proposition pour une intégration complète et finalisée à l’image de "l’utopie plausible" des eurodéputés avant-gardistes. L’exécutif européen subirait illico le rugissement des Etats membres, qui refuseraient, d’un revers de la main, d’abandonner leur souveraineté à un gouvernement européen. La Commission préférera continuer à progresser pas à pas vers l’intégration, sans se mettre à dos les Etats membres. Son président, José Manuel Barroso a même prononcé, dans son discours annuel sur l’Etat de l’Union", le terme "fédéral", encore tabou il y a quelques mois. Une première pour un président en exercice.
Ce "f word" a toujours effrayé le Royaume-Uni, qui n’est pas près de s’engager sur la voie de l’Europe fédérale. Ce que déplore l’eurodéputé britannique Andrew Duff. Pour lui, il faut désormais éviter que Londres "bloque l’évolution fédérale de l’Union européenne". Sa solution ? La création d’une catégorie d’Etats membres associés où les Britanniques pourront profiter du marché unique, qu’ils affectionnent, sans être impliqués dans l’Europe politique, qu’ils abhorrent. Histoire que le Royaume-Uni puisse "se garer, sans se couper du reste de l’Europe", en somme. Même si Andrew Duff continue d’espérer que son pays se ralliera à la locomotive. "Mais pour le moment, mes compatriotes ne sont pas prêts à sauter le pas", rappelle-t-il.
Pour le think tank britannique Open Europe, Verhofstadt et Cohn-Bendit sont "des idéologues", "isolés", qui "ne sont pas prêts à discuter", alors que la crise économique actuelle "n’est pas due aux dépenses publiques [des Etats] mais la cause du système monétaire", soutient Peter Cleppe, le chef du bureau bruxellois d’Open Europe. Le think tank indépendant défend l’idée que l’Europe fédérale "n’est pas soutenue démocratiquement par les gens en Europe, et même en Belgique", citant le ministre Paul Magnette qui avait vigoureusement critiqué, en janvier, la politique "ultralibérale" de la Commission européenne, alors que "la décision doit être prise au niveau national".
Sur le plan économique, Peter Cleppe estime que "restaurer la compétitivité, résoudre le problème des dettes privées, comme en Espagne, ne peut pas être résolu par une plus grande centralisation des pouvoirs, donc les transferts fiscaux, car ce sont les conséquences d’une zone monétaire composée d’économies différentes". En attendant, Open Europe propose que "quelques pays qui sont capables d’avoir une monnaie unique créent une nouvelle monnaie", puisque "ça n’a pas fonctionné entre l’Allemagne, la Grèce et l’Irlande".
Pour Pierre Defraigne, sur le contenu au contraire, Verhofstadt et Cohn-Bendit "visent juste". "Mais on est dans une forme un peu théorique. C’est évidemment le risque qu’ils courent en affirmant que l’Europe fédérale est la bonne solution. La question que vont leur poser leurs adversaires est : comment y parvient-on ?", analyse-t-il.
La balle est dans le camp des Européens. On verra si, en 2014, les citoyens votent pour l’alliance pro-européenne, imaginée par Cohn-Bendit et Verhofstadt, pour contrer les eurosceptiques et "les pro-Européens du statu quo".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"L’UTOPIE PLAUSIBLE" : IL N'Y AURA PAS D'EUROPE SANS UN ENSEIGNEMENT EUROPEEN
"L’Europe que nous décrivons avec Dany (Cohn-Bendit) ne se contente pas d’avoir un marché unique, une monnaie unique, ni même une union politique. C’est une Union qui défend des standards sociaux et environnementaux. Disons aux citoyens : voici le socle que l’Europe vous garantit. On est coincé au milieu de la route, à regarder passer les Chinois, les Indiens au lieu de monter dans la voiture de l’Europe fédérale. Il faut aller au bout de la logique."
Attention, il manque un chaînon à ce raisonnement. Il n'y aura pas d'Europe tant qu'il n'y aura pas d'opinion européenne.
Il n'y aura pas d'opinion européenne tant qu'il n'y aura pas de citoyens européens munis d'un passeport européen.
Il n'y aura pas de citoyens européens sans un enseignement résolument européen. On en est vraiment très loin.
MG

VERHOFSTADT : "L’ETAT NATION EST DEPASSE"
Entretien Stéphanie Grofils et Olivier le Bussy

Le Belge et Daniel Cohn-Bendit publient un manifeste fédéraliste. La seule voie pour que l’Union redevienne maître de son destin, plaide le duo.
Guy Verhofstadt n’en démord pas : l’Europe sera fédérale ou s’exposera à un délitement fatal. En 2006, l’alors Premier ministre belge avait publié l’explicite "Les Etats-Unis d’Europe". Six ans plus tard, le chef du groupe libéral-démocrate au Parlement européen remet le couvert avec le manifeste "Debout l’Europe", rédigé avec le président du groupe des eurodéputés Verts, Daniel Cohn-Bendit. Le livre sort simultanément dans six pays européens (pour commencer), ce lundi.
LE CONSTAT POSE PAR “DEBOUT L’EUROPE” EST LE MEME QUE CELUI DES “ETATS-UNIS D’EUROPE”. CE QUI CHANGE, C’EST LE SENTIMENT D’URGENCE ?
Oui. Parce que, depuis, il y a eu la crise financière qui s’est déclarée en 2008. Les Etats membres ont investi 4 600 milliards d’euros pour tenter de l’endiguer et ça a provoqué la crise de la dette qui a causé la crise de la zone euro. Le problème, c’est moins les finances publiques de certains pays que le fait qu’il n’y a pas de Trésor européen, pas de marché obligataire unique, etc. La crise nous force à reconnaître ce que nous n’avons pas voulu voir pendant dix ans : un Etat peut vivre sans monnaie, mais une monnaie ne peut pas survivre sans Etat. S’il y a un moment pour faire le saut fédéral, c’est maintenant. Je suis optimiste sur la possibilité de franchir le pas, mais pessimiste sur ce qui arrivera si on ne le fait pas.
LE PROJET EUROPEEN ECHOUERA ?
Que veut-on ? Soit on devient les Etats-Unis d’Europe soit les Nations unies d’Europe. Dans le premier cas, ça signifie un Etat fédéral fort qui permettra de stabiliser l’euro, qui peut défendre les intérêts des Européens au niveau mondial. Ou alors, on continue avec des Etats nations incapables d’assurer leur souveraineté et de défendre leurs citoyens. L’Etat nation a été une étape importante de la civilisation européenne, mais il est dépassé. L’Europe fédérale, c’est le chemin pour regagner notre souveraineté et préserver notre modèle social dans un monde dominé par des empires : les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil
VOUS DEMANDEZ AUX CITOYENS D’OPTER POUR DES CANDIDATS FEDERALISTES AUX ELECTIONS DES EUROPEENNES DE 2014. NE FAUT-IL PAS D’ABORD EN ELIRE AU NIVEAU NATIONAL ?
Non, c’est au niveau européen que se situe le problème. Les eurosceptiques sont négatifs mais actifs. Et de l’autre côté, les pro-européens mous ressassent que l’Europe nous a préservés de la guerre depuis plus de soixante ans. C’est vrai, mais ce message ne suffit plus. Il faut une branche fédéraliste, ce qui n’empêche pas d’être critique envers l’Union. Sauf que notre conclusion est opposée à celle des eurosceptiques. Ils prônent le repli national pour nous préserver du multiculturalisme comme le veulent les souverainistes de droite. Ou pour préserver nos acquis sociaux comme le disent ceux de gauche. L’Europe que nous décrivons avec Dany (Cohn-Bendit) ne se contente pas d’avoir un marché unique, une monnaie unique, ni même une union politique. C’est une Union qui défend des standards sociaux et environnementaux. Disons aux citoyens : voici le socle que l’Europe vous garantit. On est coincé au milieu de la route, à regarder passer les Chinois, les Indiens au lieu de monter dans la voiture de l’Europe fédérale. Il faut aller au bout de la logique.
QUAND LE PRESIDENT DE LA COMMISSION JOSE MANUEL BARROSO PARLE D’UNE FEDERATION D’ETATS NATIONS DANS SON DISCOURS SUR L’ETAT DE L’UNION, IL NE VA PAS AU BOUT DE LA LOGIQUE ?
Non. La fédération d’Etats nations, c’est le Conseil européen, la méthode intergouvernementale. Ça ne marche pas. La crise de l’euro le démontre chaque jour. Elle a commencé en décembre 2009, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont vus plus de vingt fois et où en est-on ? Le Conseil est le syndicat des intérêts nationaux, pas de l’intérêt commun.
C’EST PLUS UN PROBLEME DE SYSTEME QUE DE PERSONNALITES, ALORS ?
Les deux ! Barroso devrait prendre ses responsabilités et user de son droit d’initiative en déposant un paquet législatif complet pour sortir de la crise. Quand le Parlement réclame une proposition sur le fonds de rédemption (qui permettrait aux Etats de mutualiser la partie de leur dette supérieure à 60 % du PIB, NdlR), la Commission ne le fait pas. Résultat : la moitié de l’effort accompli par les citoyens espagnols et italiens est mangée par les taux d’intérêt payés aux porteurs de titres : des banques américaines, japonaises, saoudiennes.

VERHOFSTADT LOOPT VER VOOR TROEPEN UIT

Daniel Cohn-Bendit en Guy Verhofstadt schreven samen een boek. reuters
REUTERS
BRUSSEL - Guy Verhofstadt breekt in een nieuw boek een lans voor een Verenigd Europa. Met zijn federalistisch pleidooi loopt hij ver voor zijn troepen uit, maar die vergeven het hem graag.
Sinds Verhofstadt in 2009 fractieleider werd van de liberalen in het Europees Parlement (Alde) poogt hij met zijn legendarisch voluntarisme Europa om te bouwen tot een federale unie met een echte grondwet, een regering, een leger en andere attributen van een echte staat. In zijn groene collega vond hij een zielsverwant.
Fractie
Verhofstadts fractie bestaat uit een dozijn nationaliteiten en die delen zeker niet allemaal zijn Europees enthousiasme. ‘We zijn geen voorstander van een federale unie, een Europese regering met een verkozen president noch van eurobonds’, reageert de Nederlandse VVD’er Hans Van Baalen aan de telefoon op de trein tussen Brussel en Amsterdam. De regering van VVD’er Mark Rutte stelde zich de voorbije jaren - zacht uitgedrukt - weinig pro-Europees op.
‘We willen de EU zoals ze nu is, geen federale staat. Dat is geen oplossing voor de problemen van vandaag en zou bovendien schadelijk zijn voor Europa’, zegt Van Baalen. ‘Maar Verhofstadt schreef dat boek niet als voorzitter van de Alde-fractie en ik respecteer de vrije meningsuiting.’
Al van bij zijn aantreden als fractieleider wordt voorspeld dat hij ‘wel eens goed op zijn bek zal gaan’, omdat zijn troepen hem niet volgen. Maar dat is tot op vandaag nog niet gebeurd. Er wordt Verhofstadt veel vergeven: dankzij Verhofstadt ‘bokst de fractie boven haar gewicht’.
’Verhofstadt is bijzonder getalenteerd. Hij heeft invloed, en dat waardeer ik’, zegt Van Baalen. ‘En hij is een heel harde werker.’
(...) ‘Ik wil de meest pro-Europese fractie maken. Een echte Europese machine en ideologie mag daarbij geen hinderpaal vormen’, zei Verhofstadt niet lang na zijn aantreden aan DS.
Verhofstadt pleit voor een Europese regering, en er is weinig verbeelding voor nodig om te vermoeden dat hij zichzelf aan het hoofd daarvan ziet staan.
Ziet Sterckx hem nog terugkeren naar de Belgische politiek? ‘Als hij premier kan worden, zeker.’ In afwachting preekt Verhofstadt als fractieleider van de Europese liberalen ‘de post-nationalistische revolutie’. ‘Het boek bevat interessante ideeën’, zegt Van Baalen. ‘Maar ze zijn weinig realistisch.’
‘Voor Europa’ van Guy Verhofstadt en Daniel Cohn-Bendit, uitgeverij De Bezige Bij Antwerpen.


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