jeudi 1 novembre 2012

500.000






Ca y est, DiverCity a reçu sa 500.000 ème visite il y a peu.
Près de mille consultations quotidiennes au cours de la semaine des élections communales. Jingle!
Pas de quoi pavoiser au vu des critères actuels qui ont cours sur la toile. Paradoxalement, on s'obstine à dialoguer peu sur ce blog fruit d'une réflexion au quotidien sur le "Vivre Ensemble", singulièrement à Bruxelles.
Où en est-on dans ce domaine?
Nos derniers commentaires, au reste, assez désabusés, ont tenté de montrer que les champions du clientélisme communautariste étaient les grands perdants de ces élections communales. On s'en réjouit.
En revanche les mousquetaires du parti Islam, de "braves conducteurs" de la STIB convertis à la politique offrent de l'islam un visage pas très avenant.
Au vrai, la dynamique interculturelle n'est pas précisément le carburant qui propulse les moteurs politiques en région Bruxelloise en ce moment, ni ailleurs en Belgique, ni même en Europe. Au contraire, le repli identitaire et le national populisme opèrent partout un retour en force spectaculaire assez inquiétant.
Pour ce qu'il en est de l'interculturel belgo belge, rarement les Flamands ne se sont autant éloignés des Wallons et des Bruxellois. Ils ne se parlent plus, adoptant une pose de mépris réciproque et de défi. "Wallonisation de l'économie?" "Deweverisation de la Flandre?"
Jamais l'enseignement n'a aussi médiocrement rempli sa mission intégratrice, rarement le dialogue des cultures et des convictions n'a été aussi stérile qu'aujourd'hui.
Partout triomphe le repli identitaire stimulé par le communautarisme à outrance qui n'exclut ni les tournées de nos responsables politiques dans les mosquées ni leurs voyages éclairs au Maroc et en Turquie.
Ces pratiques démagogiques ont des relents populistes nauséabonds. Toutefois, il faut être réaliste. Quand près de 60% de l'électorat bruxellois est d'origine étrangère il est "normal" qu'on sollicite ses voix et qu'on aille à sa rencontre au propre comme au figuré.
Ce qui le plus a manqué à nos hommes et à nos femmes politique, c'est une vision nous invitant à aller ailleurs que droit dans le mur.
"L’islamisme radical et l’anti-islamisme radical seront les deux calamités majeures de notre siècle."
« Nous sommes en train de retourner en arrière, pour moi il y a un véritable risque que ce siècle soit celui de la régression morale». (Amin Maalouf)
Il n'y a actuellement aucune vision politique téméraire et cohérente en matière d'interculturalité en région bruxelloise, au sein de la capitale la plus cosmopolite d'Europe qui se trouve être sa capitale.

Et pourtant plus le temps passe et plus se renforce notre conviction qu'il n'y a guère de salut en dehors du respect, de l'écoute d'autrui, de la communication avec lui, de l'échange, du partages des idées, des nourritures terrestres et spirituelles, des musiques, des convictions et des indignations. Notre avenir européen sera cosmopolite où il ne sera pas.
Cela participe un peu la partie de bras de fer qui se joue entre De Wever et Di Rupo, entre Romney et Obama entre Hollande et Merkel.

Verhofstadt et Cohn-Bendit ont compris cela. Aussi différent que l'eau et le feu, ils ont choisi d'unir leurs forces et se sont assigné un but commun en hurlant ensemble "debout l'Europe" et vive le cosmopolitisme.
MG

AMIN MAALOUF: «IL N'Y A AUCUNE VISION POLITIQUE EN MATIERE D'INTEGRATION»
 « Ce n'est jamais facile d'organiser la coexistence harmonieuse de gens différents dans un pays, dans un quartier, dans une ville (...) malheureusement mon sentiment c'est qu'il n'y a pas de vision politique aujourd'hui en matière d'immigration. On est constamment dans des décisions médiatiques ou des solutions immédiates. Je ne vois nulle part une vision de long terme»
Sans vision on ne va effectivement nulle part, si droit vers le mur!
Et Amin Maalouf de donner sa définition de l'intégration. « Intégrer ce n'est pas mettre côte à côte des gens différents en les laissant développer, dans des sortes de ghettos, chacun sa culture en fonction de ses traditions. POUR MOI, L'INTEGRATION DOIT TENDRE A LA CREATION D'UNE COMMUNAUTE NATIONALE OU LES GENS QUI ETAIENT DANS LE PAYS ET LES GENS QUI ARRIVENT DANS LE PAYS ONT LE SENTIMENT D'UNE APPARTENANCE COMMUNE. C'EST CELA QU'IL FAUT CONSTRUIRE ».
A bien y réfléchir ceci  équivaut à un parcours cosmopolite.
Le cosmopolitisme est une disposition d'esprit qui conduit quelqu'un à considérer comme sa patrie, son pays d'origine aussi bien que d'autres pays. Il s'oppose au patriotisme exclusif et ne doit pas être confondu avec le métissage, qui est le mélange de plusieurs cultures.

Plus largement, le cosmopolitisme est la conscience d'appartenir à l'ensemble de l'Humanité et non pas à sa seule patrie d'origine. Il consiste à se comporter comme un membre de la communauté mondiale et non comme le citoyen d'un Etat.

Le terme de cosmopolitisme aurait été défini par Diogène de Sinope (v 413-327 av JC). Doctrine morale des stoïciens, la notion de cosmopolitisme a été reprise par le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) qui met en avant l'universalité de l'homme et en fait un citoyen du monde au-delà des nations, sans qu'il renie pour autant ses particularités.
De ce point de vue Amin Maalouf juge positive l'idée d'un parcours d'intégration « à condition que les gens qui suivent ce cheminement sentent qu'il y a une contrepartie, qu'ils auront des droits. Je ne pense pas qu'un pays d'accueil soit une feuille blanche où chacun pose ses bagages. On arrive dans un pays, on a des droits et des devoirs. Le devoir de s'intégrer, le droit de s'intégrer»
LA RELIGION COMME PHENOMENE IDENTITAIRE
Questionné sur le port du voile Amin Maalouf fait ce constat : « le phénomène religieux aujourd'hui est beaucoup plus un phénomène d'affirmation identitaire qu'un phénomène de foi » et l'académicien pense que l'affichage de signes religieux ostensibles ne s'arrêtera que s'il y a une véritable intégration, comme une conséquence naturelle. Vision utopiste ? « J'ai conscience de naviguer à contre-courant » dit l'académicien qui assène ce constat : « NOUS SOMMES EN TRAIN DE RETOURNER EN ARRIERE, POUR MOI IL Y A UN VERITABLE RISQUE QUE CE SIECLE SOIT CELUI DE LA REGRESSION MORALE».

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE SIECLE DE LA REGRESSION MORALE"
"l’islamisme radical et l’anti-islamisme radical seront les deux calamités majeures de notre siècle."
 « nous sommes en train de retourner en arrière, pour moi il y a un véritable risque que ce siècle soit celui de la régression morale».
Les éthiques qui se sont succédées au fil des siècles et des millénaires ont généralement, pour ne pas dire totalement, été d'inspiration religieuse. Une exception notoire: l'éthique des Lumières d'inspiration kantienne qui a débouché sur la révolution française et une éthique sécularisée fondée sur la raison et centrée sur l'impératif catégorique.
L'Occident et l'Europe en particulier n'en a pas pour autant renoncé au commerce des esclaves et à la domination par le colonialisme, à la guerre. Il semble bien cependant que son projet d'imposer au monde sa conception de la civilisation ait fait long feu.
En 1992, paraissait un livre au titre évocateur," Le Crépuscule du devoir. L’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques" de Lipovetski qui tentait de cerner ce phénomène apparemment paradoxal de la fin des années 80 : le retour à l’éthique ou à la morale accompagné cependant d’une suspicion généralisée à l’égard du devoir.  Nietzsche: « C’est un signe de progrès pour la morale, quand son domaine se réduit »
Face à la crise générale de la morale, l’école qui a, jusqu’ici, principalement misé sur l’insertion professionnelle comme vecteur de socialisation et partant d'intégration sociale, ne serait-elle pas bien inspirée de repenser sa mission de base et de prendre en compte, parmi les finalités éducatives le développement de compétences communicationnelles — comme le respect de soi et des autres, le dialogue, le respect de l'autre, autrement dit, le dialogue interculturel et interconvictionnel par l'échange, la discussion et l’argumentation. Car, que nous l'admettions ou non, nous vivons dans une société de "désorientés" (Amin Maalouf) en mal de balises ou plus simplement en déshérence.
MG


AMIN MAALOUF LES DESORIENTES
Un exilé, ce n’est pas quelqu’un qui part mais celui que son pays abandonne tant il a changé. Difficile à faire admettre à ceux qui restent, surtout si le pays se déchire. Ceux qui se sont éloignés, Amin Maalouf les appelle des « désorientés » car ils ont perdu leur Orient..
Certains étaient camusiens, d’autres sartriens ; il y avait aussi les nietzschéens et les surréalistes. Comme tant d’autres étudiants en Europe. Sauf qu’avec la guerre civile, ceux-là sont redevenus chrétiens, juifs ou musulmans avant tout. Difficile de reformer une bande qui se voulait une famille d’esprit. L’un a émigré au Brésil, l’autre aux Etats-Unis ; un autre encore s’est fait islamiste quand le dernier s’est retiré dans un monastère. Chacun a écouté la voix d’un appel, chacun a suivi ce qu’il croyait être son destin sans en faire un fatum.
Partir ou rester : qui, confronté à une situation de crise, n’a jamais été écartelé par un tel dilemme et peut prétendre en être ressorti intact ? Parfois, en partant on se sauve, dans la double acception du terme, seul moyen de conserver les mains propres. « Mon lâche privilège de déserteur honnête » reconnaît lucidement le narrateur, un libanais de l’extérieur, sinon de l’étranger, un homme de 47 ans qui se sent une âme de dernier de sa lignée. Animé de ce sentiment testamentaire, convaincu que rien ne survivra de la civilisation dont il a été témoin, Maalouf a un joli mot pour désigner cet état d’esprit assez mélancolique : « le préposé aux extinctions ». On le sent nostalgique d’un pays qui n’existe plus et n’existera plus : la fameuse Suisse du Proche-Orient, polyglotte, cosmopolite et multiconfessionnelle.
Même s’il le fait à travers l’un de ses personnages, l’auteur a souvent tendance, par pente de caractère, à renvoyer les belligérants dos à dos. Ce qui lui fait écrire que l’impunité et l’injustice sont « les deux faces d’une même monnaie », vraie question philosophique. Mais il va plus loin encore. N’est-ce pas Adam qui évoque à égalité le communisme et l’anticommunisme au titre des deux calamités majeures du XXème siècle, quand on aurait plutôt imaginé que les deux totalitarismes faisaient la paire ? C’est d’autant plus contestable que, par un syllogisme qui lui emboîte le pas, il en conclut que l’islamisme radical et l’anti-islamisme radical seront les deux calamités majeures de notre siècle.
En refermant cette fresque ample et généreuse, dont l’ambition est parfaitement maîtrisée jusque dans la houle poétique qui la gouverne de bout en bout, on relit, comme souvent, l’épigraphe déjà oubliée au bout de quelques cinq cents pages. Elle est de la philosophe Simone Weil : « Tout ce qui est soumis au contact de la force est avili, quelque que soit le contact. Frapper ou être frappé, c’est une seule et même souillure ». Encore et toujours ce relativisme renvoyant l’un et l’autre, et donc parfois le bourreau et la victime, dos à dos. Cette manière de considérer qu’en toutes choses et en toutes situations les torts sont partagés, dommage collatéral d’une empathie tous azimuts. Mais comment être toujours des deux côtés comme Amin Maalouf s’y emploie afin de ne jamais céder au refus de l’autre ? (Pierre Assouline, la République des livres, extraits)


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