vendredi 30 novembre 2012

Bruxelles a surtout besoin d’un projet


Beatrice Delvaux
éditorialiste en chef Le Soir
Il est de bon ton aujourd’hui de parler de la Wallonie et des enjeux auxquels elle est confrontée : la fin des transferts, le retard économique, etc. Mais ce n’est pas le vrai problème de ce pays.
La Région wallonne doit certes d’urgence voir ses PME grandir, stimuler la création d’emplois privés, rationaliser ses structures… Mais elle a des atouts : 1) un « fighting spirit » – nombre de Wallons croient à leur capacité de prendre leur sort en main ; 2) un cadre et des idées ; 3) une intelligentsia qui met la pression.
On ne peut pas en dire autant de la Région bruxelloise. Charles Picqué s’en va. L’homme s’est beaucoup battu et il a assumé largement sa part du défi. Ce n’est pas lui faire injure de dire que les derniers mois ont manqué de force ; on sentait d’ailleurs le ministre-président usé par les menaces flamandes pesant en permanence sur sa région, accompagnées désormais des velléités wallonnes de laisser Bruxelles à ses impossibilités existentielles. Certains au sud du pays estiment ainsi qu’il faut éviter de mettre le sort des Wallons entre les mains d’un gouvernement bruxellois qui n’évitera peut-être pas la paralysie, suite aux élections régionales. Cru, mais pas forcément mal vu.
Le casse-tête bruxellois est kafkaïen, entre le besoin d’argent pour assumer ses besoins, les luttes entre les baronnies communales, les envies flamandes de la faire disparaître, mais surtout le taux suicidaire de chômage des jeunes, la concentration des problématiques d’intégration, de mobilité, le déni général face à un tissu économique qui déborde des 19 communes, etc.
Tout projet bruxellois reste l’otage des discussions communautaires belges. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à oser une véritable réforme de la gestion de la Région/communes, un plan Marshall de l’enseignement, de la formation, de l’intégration, une nouvelle gouvernance basée sur cette nouvelle génération de Bruxellois, qui ont une identité très claire, qu’ils soient d’origine flamande, francophone, maghrébine ou autre et qui, eux, bougent et veulent que leur région ose.
Il ne suffira donc pas pour les partis francophones de pourvoir tactiquement à leur casting politique dans la capitale. Il faut élaborer une stratégie et placer à sa tête des hommes qui ont les pouvoirs et le soutien pour enfin lancer la « révolution bruxelloise ». Il y a des idées à trouver dans le travail de fond réalisé en neuf ans à Anvers, par Patrick Janssens.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REVOLUTION BRUXELLOISE
Nous l'avons dit cent fois: nous apprécions l'angle d'attaque de Beatrice Delvaux. Une fois de plus, avec tact et respect pour l'homme Picqué, elle pointe la décevante fin de règne de celui qui fut un grand ministre président. On peut donc être et avoir été Charles Picqué.
Il fut longtemps un grand ministre président.
A l'évidence, le fédéral, la Flandre et même la Wallonie ont une très fâcheuse tendance à " laisser Bruxelles à ses impossibilités existentielles."
"Le casse-tête bruxellois est kafkaïen, entre le manque d’argent pour assumer ses besoins, les luttes entre les baronnies communales, les envies flamandes de la faire disparaître, mais surtout le taux suicidaire de chômage des jeunes, la concentration des problématiques d’intégration, de mobilité, le déni général face à un tissu économique qui déborde des 19 communes, etc."
Autrement dit, dans le contexte actuel, assurer la "gouvernance bruxelloise" pour utiliser le jargon moderne est devenu une mission impossible. A qui la faute? "Tout projet bruxellois reste l’otage des discussions communautaires belges. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à oser une véritable réforme de la gestion de la Région/communes, un plan Marshall de l’enseignement, de la formation, de l’intégration, une nouvelle gouvernance basée sur cette nouvelle génération de Bruxellois, qui ont une identité très claire, qu’ils soient d’origine flamande, francophone, maghrébine ou autre et qui, eux, bougent et veulent que leur région ose."
Or c'est bien le problème Bruxelles n'ose pas être Bruxelles à part entière.
Si Bruxelles est les verrou qui maintient fermée l'hypothèse Belgique (impossible de la scinder, comme on fit de BHL), elle en est aussi sa valeur ajoutée. Qui dans le monde ignore l'existence de Bruxelles? Et qui, par contraste connait celle de la Belgique, demandez le aux Tibétains, aux Somaliens ou Guatémaltèques , aux habitants de la Mongolie inférieure ou du Kamchatka de pointer notre petit pays sur le planisphère.
Bruxelles existe dans les têtes de près de neuf milliards de terriens. Elle existe hélas peu ou prou dans la conscience de ceux qui y résident et c'est le premier problème, un problème qui est aussi celui de l'Europe laquelle compte plusieurs centaines de millions d'habitants dont seule une toute petite minorité de citoyens vraiment européens, cosmopolites et fiers de leur identité plurielle.
Bruxelles est à l'image de l'Europe et inversement l'Europe en est le miroir, le macrocosme du microcosme bruxellois. C'est un chantier interminable et mal géré comme celui de la Babel biblique qui dégénéra dans la confusion.
Non, il n'existe pas de sentiment d'appartenance bruxelloise fort au sens où on est fier d'être Londonien, Parisien ou même Gantois ou Anversois. Non il n'existe pas de peuple bruxellois, pas plus qu'il n'y aurait de peuple européen.
Et ce n'est pas par hasard que nous citons ces deux villes dont l'exécutif est (ou fut pour le cas d'Anvers) géré par des socialistes comme Carles Picqué: Termont le Gantois et Janssens l'Anversois.
L'un et l'autre sont des sorciers qui ont fait de leurs villes respectives des chefs d'oeuvres du bien vivre et surtout, dans le cas de Gand du vivre-ensemble dans une ville dont la voiture est pratiquement bannie aux profit du cycliste et du piéton.
On se souviendra peut-être que Paul Magnette, futur bourgmestre de Charleroi a invité Termont dans sa ville pour demander conseil à ce municipaliste chevronné pour régénérer sa ville.
Et pourtant ce ne sont pas les études, les projets et plans qui ont manqué à Bruxelles, les tiroirs du cabinet Picqué en débordent, un cabinet qui cafouille de contradictions internes qui paralysent une administration régionale orpheline.
Que d'élans brisés et de brouillons jamais mis au net pour une ville qui est à l'image de son plus vaste chantier: la zone du canal. Une magnifique promesse en devenir mais en panne de réalisation. Autre métaphore, le fiasco de Bruxelles capitale de la culture, une montagne qui accoucha dans la douleur de la zinneke parade.
Qui a un projet pour la ville la plus originale du sous continent européen? L'Everois Rudy Vervoordt, bourgmestre d'Evere la plus terne des 19 communes? Le Liégeois Didier Reynders, excellent bilingue au demeurant, dont les dents griffent le parquet tant l'ambition le dévore. Bernard Clerfayt, étoile montante de Schaerbeek qui peut se vanter d'avoir collé sur son blason la tête de la méduse de Lasne?
Lequel des trois princes tirera Bruxelles "poubelle" de son sommeil de pas très belle au bois dormant?
Deux hommes de caractère ont incarné autrefois Bruxelles: son bourgmetre De Brouckère qui sous l'occupation allemande déposa simplement son stylographe à côté du revolver du représentant militaire du Reich allemand en 1914 qui se retira furieux de son cabinet maïoral et son successeur Adolphe Max le joyeux bourgmestre célibataire toujours accompagné, comme Tintin, de son fox terrier.
Mais comme l'écrit un internaute, "il ne suffira donc pas pour les partis francophones de pourvoir tactiquement à leur casting politique dans la capitale. Il faut élaborer une stratégie et placer à sa tête des hommes qui ont les pouvoirs et le soutien pour enfin lancer la « révolution bruxelloise ». Il y a des idées à trouver dans le travail de fond réalisé en neuf ans à Anvers, par Patrick Janssens et à Gand par Termont."
Pourtant, pour ceux qui ont répondu présent aux nombreux initiatives du trio Philippe Van Parys, Eric Corijn et Alain Deneef dans le prolongement des Etats Généraux, les idées de réforme citoyenne les projets en tout genre ne manquent pas.
Pointons tout de même la nécessité prioritaire à revoir la qualité de l'enseignement tel qu'il est prodigué chez nous.
Comprendre Bruxelles, l'aimer, la servir c'est déjà tout un défi.
A quand la grande révolution bruxelloise?
MG

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