jeudi 22 novembre 2012

Bruxelles veut être la capitale de la finance islamique



ENTRETIEN FRÉDÉRIC CHARDON
La Libre
"A Bruxelles , la finance halal fera du lobbying", explique Benoît Cerexhe, ministre bruxellois de l'Economie et du Commerce extérieur.
La Région bruxelloise s’apprête à mener une mission économique très stratégique dans les pays du Golfe. Selon nos informations, il s’agit d’attirer à terme des banques islamiques dans la capitale belge. Le cabinet du ministre régional de l’Economie, Benoît Cerexhe (CDH), confirme. Nous avons interrogé ce dernier.
POURQUOI VOULOIR ATTIRER PARTICULIEREMENT LES BANQUES DES PAYS MUSULMANS A BRUXELLES ?
On est encore en pleine crise et il est important de pouvoir mobiliser des capitaux pour des investissements. Bruxelles a toujours été très active pour aller chercher des capitaux étrangers. Regardez tout ce qui a été fait par exemple pour faire venir des investisseurs chinois… Désormais, notre objectif est d’aller prospecter dans les pays du Golfe où sont concentrés des moyens financiers extrêmement importants.
QUELLE EST L’AMPLEUR DE CES CAPITAUX ?
La finance islamique pesait 700 milliards de dollars en 2008 et 1 100 milliards de dollars en 2011… De 2003 à 2007, elle a progressé à un rythme de +15 % par an au niveau mondial, poussée par le dynamisme économique des pays du Golfe et de l’Asie du Sud-Est.
MAIS CES PAYS POURRAIENT-ILS VRAIMENT ETRE INTERESSES PAR DES INVESTISSEMENTS EN EUROPE ET A BRUXELLES ? LE VIEUX CONTINENT N’EST PAS VRAIMENT EN CROISSANCE…
Le Qatar, par exemple, a décidé d’investir 10 milliards d’euros pour prendre des parts dans des groupes français et nouer des partenariats dans plusieurs pays. Cela donne un indice de la force financière des pays du Golfe… Quand on voit ce que font la France, le Luxembourg et le Royaume-Uni pour attirer l’économie musulmane, Bruxelles ne peut pas rester les bras ballants… On doit aussi avoir notre part de ces investissements. Le contexte bruxellois va aussi jouer en notre faveur : un tiers de la population bruxelloise est musulmane. On assiste à la multiplication de la production de produits halal à Bruxelles.
CETTE POPULATION MUSULMANE BRUXELLOISE, C’EST AUSSI DES FUTURS CLIENTS POUR DES BANQUES Islamiques…
En effet, c’est un atout dans nos discussions avec ces pays. On veut aussi attirer des fonds d’investissement musulmans dans l’économie bruxelloise. Sachant qu’il y a, pour ces fonds, interdiction d’investir dans des entreprises liées aux jeux de hasard, à l’alcool et à l’armement. Attention, ces principes moraux ne veulent pas dire qu’il s’agit d’investissements à caractère religieux.
CONCRETEMENT, QUELS SONT LES OBJECTIFS DE LA MISSION DE DECEMBRE ?
Nous allons faire passer le message auprès des organismes de régulation de la finance islamique que Bruxelles est, comme centre politique de l’Europe, la ville idéale pour approcher les institutions européennes. Ces organismes pourront faire du lobbying auprès d’elles dans le but de pouvoir influencer la législation financière. Ce point est notre priorité.
QUELS SONT LES PAYS CIBLES ?
Lors de cette mission, on va prospecter en Arabie saoudite, au Bahrein et à Dubai. On va rencontrer, notamment, la Banque islamique de développement. Cette mission est réalisée par des membres de mon cabinet et l’agence régionale à l’exportation, Brussels Invest&Export. On veut convaincre les opérateurs financiers de ces pays que Bruxelles est “the place to be” et établir une relation de confiance. Au 1er semestre 2013, nous espérons signer un accord de principe avec ces pays sur le sujet. Pour mettre toutes les chances de notre côté, on a mobilisé les ambassades, un consultant spécialiste du droit et de la finance islamique, les attachés économiques représentants la Région dans ces pays, etc.
ET ENSUITE ?
Dans un deuxième temps, il s’agit d’attirer des banques islamiques à Bruxelles pour qu’elles y développent leurs activités commerciales. Mais, avant toute chose, il faudra modifier la législation. C’est donc un objectif à plus long terme. Dernier axe : les quartiers en développement. Je veux attirer les fonds d’investissement des pays du Golfe sur des projets d’entreprises bruxelloises.
ADAPTER LA LEGISLATION POUR ACCUEILLIR DES BANQUES ISLAMIQUES ? POURQUOI ?
La finance islamique est basée sur deux grands principes : l’interdiction du prêt avec intérêts et la responsabilité sociale dans les investissements. Les banques islamiques sont quasiment absentes à Bruxelles actuellement. Les faire venir demande plus de temps car il y a un obstacle législatif qui existe par rapport au prêt sans intérêts et aux constructions financières liées à cette interdiction.
PAR EXEMPLE ?
Au lieu du prêt hypothécaire classique à rembourser avec les intérêts, dans la finance islamique, c’est la banque qui achète la maison pour le compte de l’acheteur réel et qui la lui reloue alors pendant un certain nombre d’années avec des “frais de gestion” qui remplacent les intérêts. A la fin, le bien devient la possession officielle de la personne. Il y a donc deux opérations immobilières en une et cela coince au niveau légal.
MAIS, SI LES CAPITAUX DU MONDE MUSULMAN SONT SI IMPORTANTS, N’Y A-T-IL PAS URGENCE A ADAPTER LES REGLES BELGES ?
En France et au Royaume-Uni, des adaptations légales ont eu lieu. Mais, pour l’instant, en Belgique, on est nulle part… Les quatre partis francophones étaient tombés d’accord en 2009 pour lancer un groupe de travail pour une révision de la législation financière. Mais, à ma connaissance, ça n’a pas mené à grand-chose.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FINANCES HALAL
C'est assez inattendu mais mérite en effet d'être sérieusement mis à l'étude.
Tous les aspects de la question devraient être mis en lumière aussi bien économiques que juridiques, politiques et socio culturels tels que le renforcement de la communautarisation, le financement renforcé des mosquées et celui d'un réseau d'enseignement libre musulman qui, selon nous, serait de nature à encourager toujours plus les velléités identitaires.
MG


Aucun commentaire: