dimanche 4 novembre 2012

Jo, celui qu’on écoute en Flandre


K.U.Leuven / Rob Stevens

Portrait : Raphaël Meulders
L’homme a de l’humour. “Vous voulez faire mon portrait ? Attendez quelques jours que je me laisse pousser les cheveux”, explique-t-il en montrant son crâne lisse. Jo Libeer, administrateur-délégué du Voka (Vlaams netwerk van ondernemingen) depuis février 2011, pèse dans le débat économico-politique actuel. “En Flandre, on écoute ce que dit le Voka, explique le Wevelgemois. C ’était l’une de mes volontés lorsque je suis arrivé à la tête de l’organisation : je voulais qu’on se fasse davantage entendre. Les entreprises ne vivent pas dans une bulle, donc on fait entrer notre agenda dans le débat.”
Cette “toute-puissante” organisation patronale flamande, comme d’aucuns l’appellent (“on représente 18 000 entreprises, plus de la moitié de la valeur ajoutée produite en Belgique”), a souvent été associée à la N-VA, surtout depuis que Bart De Wever, “himself”, a affirmé que “son patron était le Voka”.
“On connaît l’humour grinçant de M. De Wever, temporise M. Libeer. Mais soyons clairs : notre organisation est apolitique. uelques-unes de nos idées ne sont pas simplement reprises par la N-VA, mais aussi par les autres partis flamands. Personne ne va nous acheter : notre seul patron, ce sont les entreprises flamandes.”
Cette association avec le parti nationaliste flamand “étonne” d’ailleurs toujours l’administrateur-délégué. “Côté francophone, les questions qui ont un but économique sont toujours lues comme des questions communautaires. Or notre démarche est purement économique.” Ceci dit, “par souci d’efficacité”, M. Libeer est en faveur d’une plus grande régionalisation de l’économie en Belgique. “La régionalisation est efficace, regardez la Suisse, cela marche très bien. Ici en Belgique, on n’a pas fait de choix. On est assis entre deux chaises : on n’a jamais scindé les compétences, mais on les a superposées. C’est improductif.”
L’efficacité, on y est. Voici le maître-mot du Voka, son critère de référence. “Une séparation qui serait inefficace équivaut une Belgique inefficace”, explique d’ailleurs M. Libeer. Or, la Belgique actuelle ne va pas “dans les bons rails”, d’après celui qui fut l’un des fondateurs du Voka en 2003. “Nous avons pris du retard sur les autres pays et le drame de Ford à Genk le prouve. Malheureusement cela devrait être clair, mais certains ne comprennent toujours pas le message.”
Ford Genk ou “le plus gros coup dur” depuis qu’il est à la tête du Voka. “Je me suis fâché car l’inertie m’énerve. On a eu 15 ans pour réformer, confortablement et en profondeur le marché du travail alors qu’on était encore en excédent budgétaire. Maintenant ce sera beaucoup plus compliqué. Le monde change de plus en plus vite et la Belgique avance à tout petits pas. C’est la fable de la cigale et de la fourmi. Or gouverner c’est prévoir.”
M. Libeer fustige la “mainmise” de l’Etat sur l’économie belge. “Je ne dis pas que le gouvernement actuel est marxiste, car je n’aime pas les caricatures. Mais les chiffres sont éloquents : 54 % du produit national brut et 40 % de toute la valeur ajoutée nette réalisée dans le secteur privé vont à l’Etat. Or 12 % des gens vivent sous le seuil de pauvreté. Quelque chose cloche et il faut pouvoir remettre en question notre système. On est en train de casser les ambitions de la croissance aux entreprises.”
Selon le patron du Voka, l’imposition actuelle est beaucoup trop importante et “décourage les gens”. “On va dans le mur. En Belgique, un type actif paie deux autres : un non actif et un autre payé par l’Etat. C’est beaucoup trop.” Le Voka remet en question l’indexation automatique des salaires, “non seulement pour des raisons de compétitivité, mais aussi parce que le 1er bénéficiaire de ce système est l’Etat (69 % de l’indexation va à l’Etat).” “Quand certains vous disent : on ne touche pas à l’index, ils pensent à qui ? Aux revenus de l’Etat ou aux revenus des travailleurs ? Il faudra qu’ils me l’expliquent. Le problème en Belgique, c’est le salaire net des gens : ils ne gagnent pas assez.”
Selon l’ancien étudiant de la KUL, même si la Flandre économique a de “gros soucis”, elle ne souffre pas des mêmes maux que la Wallonie. “La démographie est distincte. Nous avons une population vieillissante, alors qu’au Sud, c’est l’inverse : il y a une population jeune qu’il faut former. Pour moi, ce sont deux maladies différentes, et il faut y répondre par deux médicaments différents.”
Les visions politiques entre Sud et Nord seraient également aux antipodes. “En Flandre, on est plutôt orienté vers un libre marché corrigé, proche des concepts de la social-démocratie allemande. Le modèle préconisé par les partis politiques wallons ressemble à celui du PS français. La Flandre n’est pas une région de dialectique. On essaie d’aller de l’avant ensemble. On est moins latins, moins opposés à la base.”

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA VOKA DU DIABLE
Attention le porte-voix de BDW se fait entendre jusque dans la Wallonie profonde. La preuve:
"Quand on lit les propos de cet homme influent, on comprend mieux le besoin de certains politiciens francophones de faire des sorties hysterico-communautaires. Le but est de noyer le débat qui peut se résumer en deux phrases":
"Est-il juste que le travailleur ne touche qu'un tiers de ce qu'il coûte à son employeur?"
"L'employeur a-t'il des perspectives pour mener une politique de croissance ou n'est-il pas plutôt encouragé à mener une politique de réduction de coûts?"

"Voilà le genre d'homme qu'il faut à la tête du pays ! Une analyse claire et réaliste."

"Difficile de contredire: un type actif paie deux autres : un non actif et un autre payé par l’Etat.
Difficile de contredire:Le problème en Belgique, c’est le salaire net des gens : ils ne gagnent pas assez.
Difficile de contredire: Les visions politiques entre Sud et Nord seraient également aux antipodes. En Flandre, on est plutôt orienté vers un libre marché corrigé, proche des concepts de la social-démocratie allemande. Le modèle préconisé par les partis politiques wallons ressemble à celui du PS français.
Bref, la fracture Nord-Sud en Belgique est à l'image de la fracture Nord-Sud en Europe."

"La Belgique va dans le mur...! Normal avec la classe politique belge au volant."
"Du bon sens"
"Encore un qui va se faire descendre pour des propos politiquement incorrects."
"M. Libeer garde un œil attentif à ce qui se passe au Sud du pays: “Je suis assez impressionné par le renouveau du tissu économique ces dix dernières années dans le Brabant wallon, le Luxembourg, ou le Hainaut occidental. On y a créé un tissu économique endogène.” Mais il reste, selon M. Libeer, un gros problème “d’image wallonne”. “Certaines régions du Borinage, comme l’ancien bassin minier et son énorme taux de chômage, ternissent ce nouvel élan en Wallonie.”
Problème d'image?
L'autre jour j'étais invité à déjeuner dans une pizzeria de Beauraing, à côté du lieu ou apparut la madone à trois jeunes Ardennaises juste après la crise de 29. Même Jean Paul II est venu se recueillir ici. Beauraing attend de nouveaux miracles, économiques cette fois.
Alain la brocante m'y attendait avec son fils ses filles et leurs petits amis: tous sont diplômés des écoles de la région, tous ont un emploi. Inoubliable moment de bons échanges et de franche lippée.
Quelques coups de griffes assenés aux nababs de Flandre qui rachètent les plus belles propriétés de la région et l'arrogance des gens du Nord en WE dans le Sud. Qu'ils mangent leur pain blanc; ils vieillissent, les Flamands, qu'ils en profitent, ça ne durera pas.
Un mec d'un seul bloc, een man uit één stuk, franc, drôle et rude à la tâche. Un Ardennais pur jus qui a acquis plusieurs bâtisses en faisant, comme il dit intelligemment, les poubelles des autres.
Une famille magnifique soudée autour d'un père veuf, gourmand, rude à la tâche et heureux de vivre. Un petit entrepreneur comme il y en a beaucoup en Wallonie mais sans doute pas assez.
MG


Aucun commentaire: