jeudi 15 novembre 2012

"Le catholicisme qui dicte le calendrier scolaire ? Injuste"



Alice Dive (La Libre Belgique)

Nadia Geerts vient de publier un ouvrage sur la neutralité de l’enseignement.
Entretien
Fervente militante laïque et ancienne présidente du Cercle républicain, Nadia Geerts est aussi maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles. Elle assure à ce titre la formation à la neutralité imposée depuis 2003 à tous les futurs enseignants du réseau officiel. Elle vient de publier un ouvrage sur la question cruciale de la neutralité de l’enseignement intitulé : "La neutralité n’est pas neutre !". Tour d’horizon avec l’intéressée.
LE DECRET DE 2003 RELATIF A LA “NEUTRALITE DE L’ENSEIGNEMENT OFFICIEL SUBVENTIONNE” STIPULE QUE TOUTES LES UNIVERSITES ET HAUTES ECOLES DU RESEAU OFFICIEL ONT L’OBLIGATION D’ORGANISER UNE FORMATION A LA NEUTRALITE A DESTINATION DES FUTURS PROFESSIONNELS DE L’ENSEIGNEMENT. EN BELGIQUE, ON LE SAIT, DE NOMBREUSES RELIGIONS ET CONVICTIONS COEXISTENT. COMMENT UNE TELLE NEUTRALITE DE L’ENSEIGNEMENT EST-ELLE REALISABLE SUR LE TERRAIN ?
En Belgique, il n’y a jamais eu de position tranchée à ce sujet. En réalité, on hésite encore entre une position qui serait davantage inspirée du modèle laïque français et une autre inspirée du pluralisme. En tant qu’Etat démocratique, la Belgique se doit d’être neutre. Mais de quel type de neutralité parlons-nous ici ? L’Etat est-il le plus neutre en ne reconnaissant pas les convictions des uns et des autres, en ne reconnaissant que des citoyens, que des élèves égaux entre eux (laïcité) ? Ou est-ce que l’Etat est le plus neutre en adaptant sa façon de faire et en considérant qu’une même règle ne peut pas valoir pour tous, parce qu’elle est plus difficile à appliquer pour les uns que pour les autres (pluralisme) ? Comment comprendre en effet qu’alors que 95 % des établissements scolaires de la Communauté française interdisent le port de signes religieux à l’école, ces mêmes établissements organisent, comme la Constitution belge le leur impose, des cours de religion correspondant à chacun des cultes reconnus ? C’est totalement paradoxal.
L’INSTITUTION SCOLAIRE EST DONC LOIN D’ETRE NEUTRE…
C’est précisément le premier constat que je fais dans mon livre. L’école telle que nous la connaissons aujourd’hui ressemble très peu à ce qu’elle fut jadis, au 19e siècle, ou à ce qu’elle est aujourd’hui dans d’autres pays du globe. L’école actuelle privilégie certaines valeurs de façon à former un certain type de citoyens. En cela, elle n’est pas neutre. Mais selon moi, ce serait vraiment faire un mauvais procès à l’école que de lui reprocher de ne pas être neutre sous prétexte qu’elle privilégie certaines valeurs au détriment d’autres.
LA NON NEUTRALITE DE L’ECOLE N’EST DONC PAS UN PROBLEME EN SOI ?
Seulement sur certains points. Sur d’autres, cela peut s’avérer très problématique. Prenons un cas concret. Celui du calendrier scolaire. Est-il juste, en termes d’équité, que les élèves de confession catholique soient privilégiés par rapport aux autres, étant donné qu’ils ne doivent faire aucun effort pour pouvoir obtenir un jour de congé correspondant à leur religion ? La Pentecôte, L’Ascension, le Mardi gras, ils les ont tous. Tandis qu’un élève juif ou musulman devra compter sur la bienveillance de son école pour espérer pouvoir se libérer pour une fête ou l’autre. C’est injuste. Cela doit changer. Comment ? Soit en instaurant des jours de congé pour toutes les religions reconnues (version pluraliste), soit en évacuant toute dimension religieuse de la sphère scolaire (version laïque).
EN FAISANT TABLE RASE DE TOUTE TRADITION ?
Non, attention, nuance ici. Il ne faut pas tout jeter pour autant. Il y a des traditions comme le dimanche, la Noël, qui ne sont plus "culturelles" mais qui sont désormais totalement ancrées culturellement. Beaucoup de Juifs, de Musulmans ou d’athées mettent un sapin chez eux à Noël. C’est un moment de réjouissance pour eux aussi. Il ne faut surtout pas tenter de tout raser, au risque de susciter finalement une haine envers une communauté. La polémique récente autour du sapin de la Grand-Place de Bruxelles (voir billet d’humeur ci-contre) illustre parfaitement mon propos.
QUID DE L’ENSEIGNANT ?
Malheureusement, le décret "neutralité" de 2003 ne donne aucune réponse à l’enseignant. Seulement des balises. Abandonné à sa seule subjectivité, le pédagogue se voit contraint de "bricoler" dans sa tentative de neutralité. Toute la tâche de l’enseignant réside ainsi dans l’équilibre à trouver entre le relativisme absolu consistant à accepter que "tout se vaut" - y compris l’excision et les mariages forcés par exemple - et l’impérialisme absolu de celui qui tient son seul point de vue pour valable.
"La neutralité n’est pas neutre !", Editions La Muette, 157pages, 15€.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

NEUTRALITE, TOLERANCE ET TRANSCULTURALITE
La plupart des gens ont tort de penser que l'intégration est le souci premier des immigrants.
Si l'on en croit Sultan Balli, une psychologue belgo-turque licenciée de l'université d'Anvers, ils ont bien d'autres chats à fouetter que de se préoccuper de leur intégration.
Observons d'emblée que Sultan Balli est fille d'imam. Un imam qui s'installa en Belgique pour y rester, une attitude assez peu courante au sein de la communauté turque immigrée. Sultan avait sept ans quand elle arriva en Belgique où elle vécut dès l'enfance dans un double climat culturel . Elle explique tout cela dans une remarquable interview publiée dans De Morgen ce WE que nous reprenons ici dans ses grandes lignes. Elle précise d'emblée qu'on n' investit dans sa propre vie et dans celle de nos enfants que pour autant qu'on soit ancré dans la société du pays d'accueil. Le terme intégration l’exaspère. Elle y voit en effet une volonté du pays d'accueil d'assimiler le nouvel arrivant en l'obligeant à s'adapter aux normes en vigueur. On n'explique pas assez, estime-t-elle à ceux qui viennent d'ailleurs dans quelle mesure on attend d'eux qu'ils s'adaptent et s'implantent. Elle donne volontiers à ses étudiants pour illustrer cela, l'exemple d'une femme turque ou marocaine qui, une fois mariée, s'en va vivre dans la famille traditionnelle de son mari. Sa nouvelle belle-famille exigera d'elle qu'elle s'adapte aux valeurs de son nouveau biotope. On lui demandera de faire fi de sa singularité et de se soumettre aux règles qui ont cours dans cette famille.

 PLURALISME ACTIF
Ses étudiants réagissent alors vivement en s'indignant du traitement qui est infligé à la jeune épouse. Et pourtant, précise Sultan Balli c'est exactement comme ça que réagit le pays d'accueil par rapport à ces immigrés. C'est sûr, il existe une législation belge et des lois auxquelles chacun doit se soumettre. Ensuite il y a la nécessité de maîtriser la langue du pays d'accueil. Mais pour tout le reste Balli plaide pour le respect des différences dans un climat de pluralisme actif. Oui, les différences peuvent être visibles. Mais surtout, au- delà du respect des ces différences Sultan Balli plaide pour un dialogue interculturel, c'est-à-dire un dialogue dépassant les différences, qui respecte l'autre et propose une forme plus humaine du vivre ensemble.
Émigrer est un évènement capital qui détermine la trajectoire de la vie de ceux qui décident de tout quitter. Cette dynamique psychologique de la migration est un phénomène d'une grande complexité qui dépasse de loin des notions telles que culture et intégration. Balli y voit un véritable processus socio-économique propre à l'émigration. Prenons l'exemple de l'éducation des garçons qui dans le pays d'origine étaient largement confiée aux vieillards du village. La migration vers les grandes villes a largement gommé cet aspect éducatif au bénéfice d'une culture des rues dangereuse.
Il va de soi que cette métamorphose exige une adaptation radicale de la part des parents. C'est ici que doit intervenir une assistance socioculturelle, de la part notamment des enseignants du pays d'accueil, de façon à atténuer le contraste brutal entre les normes éducatives de la famille et celles de l'école . Ceci rend nécessaire une attitude et une dynamique de participation. Participer certes, mais tout en demeurant soi-même. Les premières générations qui envisageaient un prompt retour au pays étaient forcément peu enclines à participer. Le pays d'accueil quant à lui mettait tous ses espoirs dans une prompte adaptation des deuxième et troisième générations d'immigrants selon un processus qu'on croyait naturel. C'est bien là qu'on se trompait. La question du foulard illustre bien cela. Les femmes turques de la première génération le portaient comme les paysannes flamandes, pour serrer leur chevelure. La deuxième génération subit l'obligation de le porter et le retiraient dès que les parents étaient hors de vue. La troisième génération milite pour pouvoir le porter dans l'espace public. Un vrai paradoxe pour ceux qui s'attendaient à ce que la religion perde du terrain.

Sultan Balli esr allergique au terme tolérance. Elle y voit une connotation très négative. Elle estime que les migrants n'ont pas à être tolérés, qu'ils doivent être reconnus dans leur être profond. La tolérance est le contraire du dialogue. Seule approche alternative possible: une dynamique de participation entre allochtones et autochtones. Il est impératif de prendre conscience de la présence sur le terrain du vivre ensemble de normes qui diffèrent. Il est important de dialoguer sur la nature de ces normes afin de déterminer ce qui est souhaitable et envisageable dans le cadre du vivre ensemble. Vaste débat. Il n'est toujours pas amorcé chez nous. Son travail de psychothérapeute de terrain lui a montré combien il est important pour comprendre les gens de parler leur langue et de partager leurs cadres de référence. On ne s'étonnera pas que sa clientèle soit essentiellement, comme elle, d'origine turque.
Concrètement, Sultan Balli plaide pour la biculturalité. Elle constate, en effet , que la souffrance commence précisément lorsque deux cultures se heurtent. Le biculturalisme permet de vivre et de s'épanouir dans des contextes soicioculturels différents.
On ne tient pas assez compte du fait que les couples issus de l'immigration subissent ce qu'elle appelle " le choc des sexes". Selon les normes qui ont cours dans les cultures d'origine, la femme est dans une position de soumission ce que ne tolère pas le modèle occidental. Cela est cause d'une forte pression psychologique au sein de beaucoup de couples. Globalement cela entraîne une forte perte d'influence pour le hommes. Certains se retranchent soit au café, soit dans les mosquées. Cela est-il de nature à changer dans les années qui viennent? Sultan Balli ne le croit pas. En effet, du côté autochtone on est persuadé d'avoir fait déjà beaucoup de concessions et on constate que l'intégration échoue. Du côté allochtone règne un certain désarroi et une soif de respect (un maître mot) pour ce qu'ils sont.
Diversité demeure le "maître mot" et c'est précisément ce que le premier parti de Flandre a l'intention de faire disparaître.


France: un frère du tueur jihadiste Merah dénonce l'antisémitisme de sa famille 

AFP

Filmée en caméra cachée dans un reportage diffusé dimanche soir par la chaîne M6, Souad Merah, entièrement voilée, dit être "fière" de son frère Mohamed, auteur de sept assassinats.
Abdelghani Merah, frère aîné du tueur jihadiste Mohamed Merah, a déclaré lundi avoir placé un micro pour "piéger" sa soeur sur des images tournées en caméra cachée et diffusées par la chaîne M6 afin de prouver l'antisémitisme entretenu dans sa famille.
"Si j'ai voulu mettre un micro et piéger ma soeur, c'est parce que je voulais prouver mes propos (...) J'ai fait ce qu'il fallait faire, j'ai dit ce qu'il fallait dire", a déclaré à la chaîne de télévision BFMTV Abdelghani Merah, en rupture avec sa famille qui est à ses yeux responsable de la dérive sanglante de Mohamed Merah.
Filmée en caméra cachée dans un reportage diffusé dimanche soir par la chaîne M6, Souad Merah, entièrement voilée, dit être "fière" de son frère Mohamed, auteur de sept assassinats.
Mohamed Merah a tué à Montauban et à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, trois militaires puis quatre Juifs dont trois enfants, avant d'être abattu par la police le 22 mars à Toulouse.
"Ma mère a toujours dit que les Arabes sont nés pour détester les Juifs, et cela, c'est une phrase que j'ai entendue tout le long de ma tendre enfance. Mohamed a baigné dans tout cela et les salafistes ont récupéré la bombe déjà prête à exploser", a affirmé Abdelghani Merah sur BFMTV.
"Oui, des Mohamed Merah, il peut y en avoir d'autres si on laisse des familles comme cela, surtout quand il y a des alertes. Mes deux neveux, on leur apprend la haine du Juif, la haine du mécréant, quand on leur montre des vidéos de jihad, on ne leur explique pas qu'ils sont dans le faux", poursuit-il.
"J'ai eu très peur pour mon fils, j'ai eu peur qu'on l'embrigade (...) On lui a demandé s'il était capable de se ceinturer avec une ceinture d'explosifs et de se faire exploser dans le métro ou bien d'aller voler une kalachnikov chez un trafiquant de drogue (...) Heureusement que mon fils avait une éducation digne, il avait de bonnes bases et ses racines étaient assez fortes pour résister à leur doctrine", ajoute-t-il, précisant qu'il veut s'éloigner le plus possible de sa famille et qu'il se tient à la disposition de la justice.
Dans le reportage de M6, où elle apparaît entièrement voilée, la soeur du tueur, qui dit pourtant soupçonner qu'on l'enregistre, répète à plusieurs reprises être "fière" de Mohamed Merah.
"Je suis fière de mon frère, il a combattu jusqu'au bout (...) je pense du bien de Ben Laden, je l'ai dit aux flics, je peux te le dire à toi", déclare-t-elle.
Elle ne cache pas ses sentiments antisémites: "Les Juifs, tous ceux qui sont en train de massacrer les musulmans, je les déteste".
Après ces propos de Souad Merah, le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête préliminaire pour "apologie du terrorisme", a appris l'AFP de source judiciaire.
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a estimé que les propos tenus par Souad Merah constituaient une "apologie du terrorisme et de l'antisémitisme et une provocation à la haine religieuse et raciale".
Le ministre "rappelle sa détermination à lutter sans relâche contre tous ces propos et comportements, dangereux et abjects, qui portent atteinte aux valeurs de la République".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
FAMILLES JE VOUS HAIS
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a estimé que les propos tenus par Souad Merah constituaient une "apologie du terrorisme et de l'antisémitisme et une provocation à la haine religieuse et raciale". Il rappelle "sa détermination à lutter sans relâche contre tous ces propos et comportements, dangereux et abjects, qui portent atteinte aux valeurs de la République". Qu'ils s'appellent Valls, Brice Hortefeux, Sarkozy ou Milquet, les ministres de l'intérieur disent à peu près tous la même chose, et que diraient-ils d'autre, on se le demande?
En somme c'est assez simple: il y a d'une part les valeurs du milieu familial qui seront soit salafistes, sionistes, charismatiques, communistes, fascistes, frontistes, belgicaines, nationalististes flamandes, rattachistes, anti ou philosémites, soit et c'est plus rare pluralistes, cosmopolites, tolérantes, interculturelles etc. etc. et il y a d'autre part les valeur de l'école qui incarnent en France les valeurs républicaines et se veulent neutres chez nous. (on lira à ce propos l'excellente analyse de Nadia Geerts) Comment s'étonner que ce choc frontal des valeurs ne conduise pas, dans le meilleur des cas à des tensions réelles? Mais il arrive que ces insupportable tensions nourries par les crispations identitaires débouchent sur la haine de l'autre qu'on ne comprend pas et qu'on rêve de détruire.
Il est facile de jeter la pierre à l'école quand en réalité, le problème se situe comme le montre cet article et dans le présent cas au sein d'une famille. Le question devient alors: qu'est ce qui fanatise à ce point les familles? Il n'y a qu'une réponse: la crispation identitaire renforcée par le fanatisme religieux. Reste alors la question fondamentale: comment combattre ce fanatisme-là? Pourquoi un des frères Merah, celui qui dénonce le dysfonctionnement familial  réagit-il radicalement autrement que son frère, sa soeur, sa mère et son père?
Puisque l'école, manifestement n'y arrive pas, il convient de réfléchir à d'autres pistes et c'est là que la réflexion  de Sultan Balli est tout à fait passionnante. Au vrai elle plaide hardiment pour la seule approche alternative possible: le biculturalisme et dialogue interculturel.
MG



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