vendredi 23 novembre 2012

Le fiasco du Parlement bruxellois dans lutte contre la pauvreté


Mathieu Colleyn
La Libre Belgique
Dix ans plus tard, un projet est tombé dans les oubliettes de l’histoire.
La lutte contre la pauvreté ne mobilise que trop peu le monde politique. L’espoir né au Parlement bruxellois fin 2001 était donc beau : créer un vaste réseau de pouvoirs régionaux à l’échelon européen en vue d’en dégager et généraliser "les bonnes pratiques" pour endiguer la précarité. Le Réseau européen transrégional pour l’inclusion sociale (Retis) était né à l’initiative de la présidente de l’hémicycle d’alors, Magda De Galan (PS). Un important soutien financier de la Commission européenne s’élevant à plus de 500 000 euros par an servira, entre 2003 et 2007, à l’organisation de congrès, de colloques à travers l’Europe, à la publication de brochures, mais aussi à la rémunération du personnel de l’ASBL.
Dix ans plus tard, ce projet est tombé dans les oubliettes de l’histoire après avoir englouti des centaines de milliers d’euros de subsides. Plus grave, le Réseau présentait en juillet 2012 une dette ONSS de près de 100 000 euros, qui furent en leur temps directement réclamés à Magda De Galan (PS) alors que cette dernière avait quitté la structure à son départ du Parlement bruxellois (2004).
Comment en est-on arrivé là ? La gestion de Retis aura progressivement contraint la Commission à rejeter le remboursement de certains frais de l’ASBL. Outre la Région-Capitale, celle-ci réunit au départ la Toscane et le Comté Hampshire au Royaume-Uni. Au fur et à mesure des années, d’autres régions rejoindront le réseau.
D’après de nombreux document que "La Libre" a pu consulter, Retis a éprouvé les pires difficultés à justifier certaines de ses dépenses auprès de la Commission européenne. Dans sa lettre de démission envoyée au moment du naufrage, mi-2007, Jan Beghin (SP.A), administrateur de l’ASBL, met clairement en cause la gestion du directeur de Retis, Arrigo Zanella, proche collaborateur de Magda De Galan. "Le secrétaire général de Retis a une conception tout à fait différente de la mienne quant à la notion de bonne gestion administrative et financière" , écrit-il. Plus loin : " J’ai pris l’initiative, en tant que trésorier de Retis, d’écrire une lettre recommandée au secrétaire général Zanella et au comptable Stonska pour demander plus de rigueur et une meilleure préparation des dossiers et des contrôles de la Commission européenne. J’ai insisté [ ] sur leur responsabilité professionnelle."
Contacté par "La Libre", Jan Beghin confirme. Il ajoute que la Commission a refusé de prendre en charge la totalité du salaire de M. Zanella. D’après un document comptable relatif à l’année 2005, son coût pour l’ASBL s’élevait à 91 555 euros exactement. Retis fonctionnait avec un budget annuel de plus de 800 000 euros. En 2005, plus de 520 000 euros furent dépensés pour payer le personnel et un nombre important de voyages dans diverses villes d’Europe. Retis est ironiquement qualifiée d’agence de voyage dans les couloirs du Parlement bruxellois.
PETITS COPAINS ?
En juillet 2007, dans une lettre adressée à la députée socialiste Anne-Marie Mouzon, alors vice-présidente de Retis, Arrigo Zanella expose les difficultés liées à la justification de ces frais. Il précise aussi que la Région a fourni en 2003-2004 un important soutien logistique à Retis, citant locaux, photocopie, heures de prestations de fonctionnaires. Anne-Marie Mouzon ne met pour sa part pas en cause la gestion de Retis, mais conclut simplement à l’impossibilité de coordonner des pouvoirs publics différents dans un même projet, notamment pour les faire contribuer financièrement à son fonctionnement. Selon ses informations, la liquidation judiciaire de l’ASBL est terminée, l’ensemble des subsides européens ont finalement été versés. Dossier clos donc.
Qu’en restera-t-il ? "Un gâchis d’argent public intolérable, estime Emmanuel De Bock, le député FDF qui a levé le lièvre au Parlement bruxellois. On aurait pu aider beaucoup de gens avec ces subsides européens. Il faut lutter contre le subventionnement public d’ASBL qui n’ont d’autre finalité que le clientélisme politique et l’offre d’emplois aux petits copains." Parmi les acteurs de Retis, on préfère évoquer un beau projet qui s’est avéré impraticable.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TRIOMPHE DE L'INÉGALITÉ
Quand je redescends ma rue vers de Delhaize je tombe invariablement sur une demi douzaine de SDF polonais qui fourragent dans la bulle de déchets de verre pour en extraire des bouteilles à consigner, ils y bivouaquent de jour et de nuit. Quand je remonte ma rue je croise un mendiant amérindien éternellement assis sur sa chaise de toile pliante et, plus loin, un accordéoniste roumain jouant éternellement la même rengaine, un peu plus loin encore, un autochtone vend son éternelle gazette des SDF. Si j'en crois le traité des inégalités de Stiglitz, il y a peu de chances que la situation s'améliore demain.
A Bruxelles, la pauvreté devient de plus en plus visible, de plus en plus criante.
MG


Le top 10 des salaires en Belgique
Alexis Carantonis
Mis en ligne le 22/11/2012
La fine fleur patronale belge perçoit 15 fois moins que la crème américaine !
Ils sont riches, très riches. Trop riches ? Les grands patrons, aux États-Unis, comptent leurs émoluments annuels en dizaines de millions de dollars. Le champion poids lourd ? Tim Cook, CEO d’Apple, plus grosse capitalisation boursière de l’histoire.
C’est que si Apple semble courir derrière l’innovation et son sex-appeal, sa rentabilité est absolument exemplaire. Quelle que soit la source (New York Times, Wall Street Journal ou tout récemment la chaîne télé financière CNBC), tous s’accordent à le dire : le boss d’Apple ne croque pas que la Pomme, mais aussi le plus gros traitement annuel en tant que P-DG. Il a palpé, sur les cinq dernières années, quelque 95 millions $ par an !
Mais quid de la Belgique ? Une question que s'est posée la Dernière Heure. Nos big bosses les mieux payés du BEL20 ont-ils la carrure pour boxer sur les mêmes courbes financières que leurs homologues états-uniens ? Pas une seconde ! Par rapport aux grands patrons de la première puissance industrielle mondiale, les déjà immenses salaires des grands patrons belges paraissent bien… rikiki.
Rassurez-vous pour eux : le bas de laine est suffisamment épais pour que les vieux jours de leur lointaine descendance soient ensoleillés. Mais on ne joue pas dans la même cour : les cinq patrons les mieux payés aux States palpent, en chœur, 319 millions de dollars (250 millions d’euros). Là où le top 5 belge ne se contente que de 16,7 millions d’euros… La fine fleur patronale belge perçoit donc 15 fois moins que la crème américaine !
Gare toutefois : il convient de ne pas faire, dans l’un des nombreux pays où gagner beaucoup est souvent mal perçu, de démagogie dégoulinante ou de populisme : la Belgique est une terre au tissu patronal bien plus éthique qu’ailleurs. Si le patron de Delhaize gagne 150 fois plus que sa caissière la moins bien payée, Tim Cook rafle en un an l’équivalent de 15.000 années de salaire à l’usine Foxconn, qui monte les iPhone et iPad…
Ce qui ne veut bien sûr pas dire que les dérives (comme le bonus 2011 de 1,2 million de Mariani, ex-patron d’une banque Dexia aux abois cette année-là) n’existent pas…
Le top 10 des gros salaires belges:
1. Roch Doliveux (UCB) : 4.076.922 euros
2. Albert Frère (GLB): 4.068.122 euros
3. Gérard Mestrallet (GDF Suez): 3.089.367 euros
4. Pierre-Olivier Beckers (Delhaize): 2.890.000 euros
5. Didier Bellens (Belgacom): 2.580.147 euros
6. Carlos Brito (AB InBev): 2.490.000 euros
7. Roland Junck (Nyrstar): 2.451.359 euros
8. Christian Jourquin (Solvay): 1.984.156 euros
9. Bert De Graeve (Bekaert): 1.783.500 euros
10. Duco Sickinghe (Telenet): 1.551.597 euros

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