lundi 26 novembre 2012

Les chiffres du vote ethnique

Le Vif
A Bruxelles, Liège, Charleroi, Anvers et Verviers, notamment, les élus d'origine étrangère ont fait un nouveau bond en avant lors des communales du 14 octobre dernier. Faut-il s'en inquiéter, parce que nos valeurs seraient menacées? Faut-il s'en réjouir, parce que notre société s'ouvre et se transforme davantage? Les vrais chiffres du vote ethnique et l'enquête, dans Le Vif/L'Express de cette semaine.

Les deux élus de la liste Islam, à Anderlecht et Molenbeek, et leur intention proclamée d'instaurer la charia en Belgique ont occupé toute la place médiatique. Mais le 14 octobre, ils sont des centaines de candidats d'origine étrangère (maghrébine, turque et d'Afrique subsaharienne) à avoir été élus, sur des listes PS et CDH essentiellement. Ce vote "communautaire", ou "ethnique", alimente une crainte diffuse dans la population belge de souche: "nos valeurs, nos traditions, notre culture sont menacées, à terme." Et l'affaire du sapin de la Grand-Place de Bruxelles n'a pas calmé les inquiétudes et les accusations, plutôt infondées. Oui, les chiffres que révèle cette semaine Le Vif/L'Express démontrent une augmentation d'élus d'origine étrangère. Mais l'augmentation est logique, puisque la population d'origine étrangère augmente, elle aussi (25% des Belges ont au moins un grand-parent né à l'étranger). Le professeur Paul Wynants (Université de Namur) a calculé la participation et le profil des élus locaux d'origine extra-européenne en Région bruxelloise: "On est passé de 14 conseillers communaux sur 651 en 1994 (2,6% du total) à 90 sur 652 en 2000 (13,8%), 138 sur 663 en 2006 (20%) et 161 sur 685 en 2012 (23,5%). En cumulant les résultats de 2006 et 2012, il apparaît que près de 60% des élus de l'immigration extra-européenne dans les 19 communes sont d'origine marocaine, environ 16% d'origine turque et près de 9% d'origine congolaise." Les élus d'origine marocaine se trouvent d'abord au PS (51,2%) puis au CDH (20,3%) et chez Ecolo (10,6%). Les élus d'origine turque principalement au PS (54,8%) loin devant le CDH (16,1%) et le MR (12,9%). Le CDH reprend la tête avec ses élus d'origine congolaise (44,4%), devant le PS (38,9%) et le FDF (16,7%). Les élus d'origine étrangère se concentrent à Saint-Josse, Schaerbeek, Molenbeek, Saint-Gilles et Bruxelles-Ville.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOTE ETHNIQUE
Premier sujet d'étonnement: il se dit que la communauté étrangère la plus importante de Bruxelles serait d'origine française.On ne parle nulle part d'élus de cette origine, or il y en a... Parce qu'on se focalise sur les candidats d'origine extra-européenne .
Curieusement, en France, le vote le vote des étrangers n'est toujours pas autorisé, pas même au niveau municipal alors qu'en Belgique il va totalement de soi depuis bien des années déjà.
Selon l'éditorialiste du Vif, " l'immigration renforce le vote de gauche" qui ne se cache pas de pratiquer de son côté une forme de clientélisme ethnique de caractère communautariste.
Ce n'est pas un scoop, loin s'en faut.
Dans bien des domaines, la Belgique si volontiers décriée par les Belges, a pris une belle avance et caracole en tête dans le peloton européen.


QUI SOMMES-NOUS ?
Le Vif: « Il n’y a pas de vote ethnique [...]. Il y en a eu naguère un peu. Maintenant, c'est totalement fini », affirmait Philippe Moureaux, le 21 octobre dernier. On l'a connu plus inspiré. Notre enquête minutieuse le prouve sans détour, le vote ethnique a bondi aux communales de 2012. De quoi faire chavirer bien des fausses certitudes. Et mettre à mal les bonimenteurs qui préfèrent les mirages aux réalités. Et qui pourraient être contrariés.
Le vote ethnique, le dernier tabou, la question sulfureuse ? Pourquoi donc ? La vérité n'a rien à gagner à l'irréalisme et aux faux-semblants. Pour mieux l'appréhender, pourquoi ne pas regarder notre monde tel qu'il est ? Pourquoi s'auto-bâillonner au prétexte fallacieux que certains faits devraient être tus ? Informer, c'est être condamné à la rigueur. Au-delà du politiquement correct affiché, hélas, par de nombreux politiques et médias.
« Dis-moi qui tu es, je te dirai pour qui tu votes. » Oui, le corps électoral évolue en fonction de la démographie. La population belge connaît un accroissement historique qu'elle doit, pour une bonne part, à l'immigration. Ces nouveaux citoyens ont des devoirs, mais aussi des droits. Eux aussi doivent devenir les sujets et les acteurs de leur histoire. Faut-il donc être surpris qu'ils votent pour des candidats issus de l'immigration ? « Notre origine détermine notre rapport au politique. L'origine a donc un poids en soi et il n'est pas réductible aux logiques sociales du placement politique », conclut une étude récente réalisée en France par l'Ined (Institut national d'études démographiques). Qui révèle aussi qu'incontestablement l'immigration renforce le vote de gauche. Une analyse confortée par les experts révèle qu'à Bruxelles, les 51,2 % d'élus d'origine marocaine et les 54,8 % d'élus d'origine turque (résultats cumulés 2006 et 2012) du PS aux communales. Un record. Des électeurs attirés par le programme socio-économique « favorable aux défavorisés » du parti d'Elio Di Rupo ? Sans doute. Mais comme pour le CDH, aux résultats tout aussi interpellants, parce que le parti socialiste est à la source d'emplois municipaux, de logements sociaux et d'aide sociale. Identifier et flatter quelques groupes pour gratter des voix peut ainsi se révéler payant.
Clientélistes, les partis qui multiplient les candidatures « allochtones » ? Plus que probable. A contrario, leur mérite n'est-il pas de canaliser des flux susceptibles de s'éparpiller sur des listes nettement moins « recommandables » ? Mais qui sont ces nouveaux élus ? Quel projet caressent-ils pour la Belgique ? Quel modèle de société ? Notre vie politique ne va-t-elle pas se teinter, par petites touches, de thématiques religieuses ou de causes nationales étrangères importées, comme le conflit israélo-palestinien, par exemple ? Des interrogations, voire des fantasmes qui rencontrent rarement de vraies réponses. La faute à qui ? Aux partis, pardi ! Et aux élus eux-mêmes. Pour favoriser le bien vivre ensemble ne devraient-ils pas faire toute la lumière ? Lever les doutes ? Rassurer ces « majoritaires » déstabilisés par cette nouvelle donne, agités par les pires alarmes et qui craignent de perdre leur identité, leurs valeurs, leur culture dans cet immense brassage politique sans retour ? Ceux-là mêmes qui flottent au milieu de tout ce chambardement. Non, il ne s'agit pas de rétropédaler collectivement. Mais de couper court à tout racisme ou tout dérapage xénophobe qui pourrait poindre son nez. « Les gens ne pensent pas, ils ressentent », prétendait Margaret Thatcher. Aujourd'hui, le ressenti de nombreux citoyens, c'est la peur, irrationnelle certes, comme toutes les émotions. Mais elle est là. Et l'urgence, c'est bien de les rassurer.

Aucun commentaire: