samedi 17 novembre 2012

Les économies dans la culture


Guy Duplat
La Libre Belgique


Nous avions déjà évoqué les économies à faire en 2013 dans la culture. Voici les chiffres précis des efforts demandés, explicités par le chef de cabinet de Fadila Laanan, la ministre de la Culture. Comme l’ensemble des secteurs, la culture participe à l’effort. Aucun nouveau dossier d’infrastructure culturelle ne sera décidé en 2013. Seules les décisions antérieures seront exécutées. Les subventions consacrées à l’équipement sont fortement réduites, passant de 1,192 million à 545000 €, soit une diminution de 54 %. Le budget de fonctionnement des centres culturels est protégé. Par contre, les subventions hors fonctionnement habituel (dites subventions extraordinaires) sont réduites de 657000 à 490000 € (25 %). Dans les arts de la scène, l’intégralité des conventions et des contrats-programmes sont sauvegardés. Par contre, les dépenses d’aides ponctuelles régressent : de 9,248 millions, elles passent à 8,272 millions d’euros, ce qui représente un tassement de 10 %. La Commission d’aide aux projets théâtraux passera à 700000 € (pour 1,260 million en 2012 !), le Conseil des musiques non classiques à 340000 € (pour 475000 € en 2012) et le Conseil de la danse à 275000 €(pour 450000 € en 2012). Le secteur du théâtre pour l’enfance et la jeunesse et celui des arts forains, du cirque et de la rue sont protégés. Si l’on prend l’intégralité des budgets "arts de la scène" (conventions, contrats-programmes et aides ponctuelles), ils s’établissaient à 91,916 millions en 2012 et à 90,987 millions en 2013, ce qui représente une contraction globale de 1 %.
Le décret "lecture publique" poursuit son application : une trentaine de nouvelles reconnaissances de bibliothèques publiques sera accordée en 2013. Le budget progressera de 14,418 à 15,232 millions d’euros. Ici aussi les dépenses destinées à des aides ponctuelles seront fortement compressées : de 6,475 millions en 2012, elles passent à 5,826 millions d’euros en 2013. Dans le champ de l’éducation permanente, le budget consacré aux nouvelles reconnaissances progresse de 225000 à 356000 € en 2013. Par contre, les crédits destinés aux aides ponctuelles sont réduits de 1,822 million à 1,42 million d’euros, soit une régression de 22 %. Enfin, les montants concernant les opérateurs qui bénéficient d’une convention ou d’un contrat-programme dans les secteurs des arts plastiques et du patrimoine culturel sont conservés.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA CULTURE ON S'EN FOUT
La culture, on s'en soucie comme de colin tampon.
La crise aidant, l'austérité s'installant, la culture va déguster ou plus exactement être mise au pain sec et à l'eau du robinet.
Vaches maigres pour la culture qui ne survit que grâce aux subsides de la communauté française pratiquement exsangue, laquelle subventionne également la RTBF et surtout l'enseignement, lequel est pénalisé par un nombre excessif de réseaux qui se font une concurrence impitoyable et suicidaire.
Tout cela est à repenser de fond en comble.
Il est urgent et nécessaire de sortir du saupoudrage politique qui induit des gaspillages et n'est guère favorable à la promotion de la qualité en culture. C'est pareil pour le sport, la musique etc.
On vit sur des habitudes héritées de la Belgique de papa.
Prenons un exemple, à Bruxelles 19 échevins et échevines de la culture proposent 19 programmations culturelles différentes et concurrentes avec des budgets rikiki.
Résultat, 19 maisons de la culture (et seulement une maison Des Cultures à Molenbeek) qui font du minimalisme culturel quand la cohésion sociale et la qualité du vivre ensemble exigeraient une politique interculturelle commune (aux 19 communes) susceptible de jeter des passerelles entre les communautés et promouvoir un esprit et une dynamique cosmopolites qui font actuellement largement défaut.
Cela exigerait ce qui le plus manque à nos politiciens de village: de l'audace et de l'imagination.
Et surtout ne jamais perdre de vue que ce sont précisément les artistes qui sont le mieux placés pour démonter  les moellons des murs qui séparent les communautés et les utiliser pour bâtir des ponts à leur place.
La culture est le meilleur et peut être le seul antidote à la crispation identitaire et au réflexe communautariste ou nationaliste.
La culture est synonyme de civilisation. Son agonie ne peut que générer et un accélérer le retour qui s'annonce de la barbarie.
MG
AMIN MAALOUF:
« Intégrer ce n'est pas mettre côte à côte des gens différents en les laissant développer, dans des sortes de ghettos, chacun sa culture en fonction de ses traditions. Pour moi, l'intégration doit tendre a la création d'une communauté nationale ou les gens qui étaient dans le pays et les gens qui arrivent dans le pays ont le sentiment d'une appartenance commune. C'est cela qu'il faut construire ».
 « à condition que les gens qui suivent ce cheminement sentent qu'il y a une contrepartie, qu'ils auront des droits. Je ne pense pas qu'un pays d'accueil soit une feuille blanche où chacun pose ses bagages. On arrive dans un pays, on a des droits et des devoirs. Le devoir de s'intégrer, le droit de s'intégrer»
« nous sommes en train de retourner en arrière, pour moi il y a un véritable risque que ce siècle soit celui de la régression morale».
Ne serait-on pas bien inspiré de repenser la mission de base de la culture et de prendre en compte, parmi les finalités éducatives le développement de compétences communicationnelles — comme le respect de soi et des autres, le dialogue, le respect de l'autre, autrement dit, le dialogue interculturel et interconvictionnel par l'échange, la discussion et l’argumentation. Car, que nous l'admettions ou non, nous vivons dans une société de "désorientés" (Amin Maaluf) en mal de balises ou plus simplement en déshérence.









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