lundi 17 décembre 2012

"La fin du monde est une notion relative"


Enseignant en art et auteur d’un beau livre* sur le sujet, Jean-Noël Lafargue revient sur les grands mythes eschatologiques.

LE VIF/L’EXPRESS : A QUAND REMONTE LA PREMIERE ANNONCE DE FIN DU MONDE ?

Jean-Noël Lafargue : Le plus ancien récit de fiction connu est le poème dit du « Supersage », écrit en sumérien, qui date du XVIIIe siècle avant notre ère. Il sera fondu plus tard avec l’épopée de Gilgamesh, narrant les tribulations de ce personnage héroïque de la Mésopotamie antique. Ce texte raconte comment les dieux décident un jour de noyer les humains au motif qu’ils ne les supportent plus. Un seul survit à cette apocalypse. On retrouve à peu près les mêmes descriptions dans la Bible.

LA FIN DU MONDE EST-ELLE SOUVENT CONFONDUE AVEC LA FIN DE L’HOMME ?

Ce terme recouvre en général la catastrophe elle-même, à laquelle survivent souvent certains justes. Le récit du Ragnarök des Vikings, cependant, parle de la destruction totale de l’univers, tout comme la science moderne, d’ailleurs, mais à plus longue échéance. En revanche, depuis l’invention de la bombe atomique, l’homme s’est mis à envisager la possibilité nouvelle de se détruire lui-même. Jusqu’alors, seules des forces supérieures étaient censées se faire le bras armé de cette punition.

TOUTES LES RELIGIONS PREDISENT-ELLES LA FIN DU MONDE ?

Cela dépend, là encore, de ce que l’on inclut dans cette notion. Les Grecs anciens, les bouddhistes, les hindouistes ou les Mayas croient aux cycles, et donc à la fin d’un monde plutôt qu’à la fin du monde. Pour les chrétiens, l’affaire est plus complexe. Dans le livre de Daniel, par exemple, la fin du monde est une sorte de réparation, ce que dit aussi l’islam. Dans son Apocalypse, Jean de Patmos confirme que Dieu tuera les hommes et ne fera revivre que ceux qui le méritent. Il décrit l’avènement de la Jérusalem céleste, un lieu de perfection où il n’y a plus d’Histoire, de temps ni de matière. La fin du monde est une notion relative.

A QUI PROFITENT CES PROPHETIES ?

Beaucoup ont joué le catastrophisme pour tenter d’imposer un changement social, comme par exemple certains successeurs du prophète calabrais du XIIe siècle Joachim de Flore. Ils prônaient une sorte de communisme avant l’heure et l’égalité entre hommes et femmes. L’apocalypse qu’ils annonçaient était le prétexte à ce renouveau politique. Luther les imitera pour mener à bien sa réforme ; il était sans doute persuadé, comme Calvin, qu’il connaîtrait la fin du monde de son vivant. Cela était fréquent en ce temps-là et ne paniquait pas plus que ça les populations. (...)

AVAIT-ON DEJA VU UN TEL BATTAGE AUTOUR DE CE THEME ?

Non, même l’éclipse de 1999 a fait moins de bruit. Mais, à l’époque, les gens n’avaient pas comme aujourd’hui le sentiment d’arriver à la fin d’un cycle, et les réseaux sociaux n’existaient pas. Aucune secte, aucun prophète ne revendique cette date précise du 21 décembre, lancée en 1987 par un obscur artiste new age, sans doute parce que ce jour correspond au solstice d’hiver. Jamais les Mayas n’ont parlé du 21 décembre ou de Bugarach. Ce remue-ménage est à mon sens un prétexte pour exorciser nos inquiétudes et pouvoir en rire.

PROPOS RECUEILLIS PAR OLIVIER LE NAIRE

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA FIN D'UN MONDE
Pour qui regarde l'histoire à travers les lunettes du temps long (F. Braudel), il est évident que nous assistons, impuissants, au crépuscule de l'Occident. La fin du monde? Non, la fin d'un monde: der Untergang en constitue une bien brutale métaphore. Désormais c'est l'Europe entière qui coule, à commencer par le Sud et jusqu'y compris la France. Ni Sarko, ni Hollande, ni Marine ni Coppé ne seront capables de colmater les brèches.
Le France, le Concorde et le porte-avion Clémenceau, allégorie de la grandeur gaullienne sont à la casse depuis longtemps où le Britannia , le yacht royal de sa gracieuse majesté les a rejoints depuis belle lurette.
Nous le savons, les années de décadance sont des années de bonheur. Elles ont cependant l'inconvénient majeur de ne jamais durer.

MG

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