mercredi 19 décembre 2012

ISLAMISME CONTRE L'ISLAM



De l'Indonésie au Maghreb, il est temps de créer une ligue mondiale des musulmans libéraux contre le wahhabisme, pour Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète, professeur de littérature comparée a l'Université Paris-x.
LE MONDE

IL EST NECESSAIRE DE METTRE EN PLACE UN RESEAU DES INTELLECTUELS ET DES ARTISTES MUSULMANS LIBERAUX POUR DEFENDRE NOS PAYS CONTRE LA DEFERLANTE WAHHABITE SALAFISTE. CELLE-CI EST EN TRAIN DE TRANSFORMER L'ISLAM ET DE CONDUIRE SES PEUPLES VERS LE PIRE, VERS LA REGRESSION, L'OBSCURANTISME, LA FERMETURE, LE FANATISME.
Il est étonnant de découvrir combien les problèmes sont les mêmes du Maroc à ces contrées de l'Asie du Sud. Toute l'horizontale qui oblique vers les tropiques à laquelle nous appartenons est contaminée, elle chancelle vers UNE UNIFORMISATION DEVASTATRICE.
Et cette situation n'est pas le fruit du hasard, elle est le résultat d'une politique raisonnée, qui a montré sa cohérence, sa rigueur, son souffle. Elle produit des effets qui transforment le réel, après une action inscrite dans la durée entamée à la suite du premier choc pétrolier de 1974. Choc qui déversa sur l'Arabie saoudite la manne pétrolière dont une partie a été méthodiquement utilisée en faveur de la propagation de la foi wahhabite de par le monde.
A partir de ce moment, l'islam n'a cessé de changer de l'Indonésie à l'Occident maghrébin. IL EST EN TRAIN DE SUBIR UNE UNIFORMISATION ET UNE UNIVERSALISATION DU CULTE A LA MANIERE WAHHABITE SIMPLIFICATRICE, EXCLUANT LA COMPLEXITE THEOLOGIQUE POUR FAVORISER LA CONSTANCE DE LA PRATIQUE, SOUS L'EGIDE DU DIEU UN TRANSFORME EN UN ETRE EXCLUSIF, DEPOUILLE DE TOUTE MEDIATION. Au point qu'on aboutit à l'adoration d'une idole menaçante, tyrannique, d'autant plus redoutable qu'elle demeure absente, inaccessible, irreprésentable en son immanence même. TELLE CONCEPTION REDUIT LE DIEU A UNE SENTINELLE TATILLONNE, VOUS SURVEILLANT EN CHACUN DE VOS GESTES POUR SAVOIR S'ILS SONT CONFORMES A LA NORME OU S'ILS LA TRANSGRESSENT.
Pour lutter contre ce péril, s'il n'est pas trop tard., il nous faut agir sur les quatre points qui ont été la cible préférée des wahhabites.
D'abord l'islam vernaculaire, celui qui tourne autour du culte des saints qui récupère le fonds dionysiaque et tragique (...)et récupère des matériaux qui proviennent de l'ère préislamique.
Ensuite, le deuxième point concerne l'approche doctrinale et la procédure juridique telle qu'elle a été adaptée et articulée à l'horizon du droit positif.

Puis, j'en viens au troisième point, celui qui réclame le retour au fonds théologique et soufi impliquant la spéculation et l'interrogation. Pour revivifier un tel fonds, il faut au préalable dépasser aussi bien l'adhésion à l'un des quatre rites sunnites que le clivage sunnites/chiites. Il convient aussi de s'affranchir de la contrainte de l'ijmâ', du consensus qui a figé l'édifice constitué par la tradition ; et renouer avec l'ikhtilâf, le désaccord entre oulémas. Celui-ci crée la polyphonie, ouvre grandes les portes de l'ijtihâd, cet effort d'interprétation qui suscite la controverse et maintient vive la diversité des opinions, ce qui relativise l'accès à la vérité. Ce mot-clé, l'ikhtilâf, rayonne dans le livre juridique du cadi philosophe Ibn Rushd (Averroès 1126-1198), dont le titre peut être traduit ainsi : "Ici commence celui qui fait effort d'interprétation, là finit celui qui en fait l'économie."
(...)
Au Bangladesh, il existe un problème dans le rapport du musulman avec l'autre, bouddhiste. Les actualités ne manquent pas de nous rapporter l'investissement de sites bouddhistes par des bandes salafistes qui brûlent les temples et détruisent ou décapitent les statues de Bouddha.
Enfin, j'en arrive au dernier point, celui qui recommande l'articulation de notre discours à la pensée moderne et postmoderne telle qu'elle s'est exprimée depuis le XVIIIe siècle, depuis Rousseau et Kant jusqu'à Karl Popper et Jacques Derrida en passant par John Stuart Mill et tant d'autres, celle qui prône l'ouverture et la liberté, qui use de l'arme de la critique et de la déconstruction d'un héritage qui ne vaut que lorsqu'il continue d'être porté comme trace interrogée avec constance.
L'assimilation d'une telle pensée nous restitue aussi à la complexité et nous réoriente vers l'interrogation, elle nous détourne des réponses toutes faites. Telles sont les conditions qui nous conduisent sur la voie de la liberté et de la reconnaissance de celui qui ne partage ni vos convictions ni votre croyance.
En honorant ces quatre points (honnis par les salafistes), nous serons en mesure de construire un discours alternatif destiné à contrer le propos wahhabite, à le réfuter et à en refuser le projet. Il s'agit d'un "contre-discours", selon le mot utilisé par un penseur bangladais, le professeur Imtiaz Ahmed, avec qui j'ai participé à une conversation publique au Senate Hall de l'université de Dacca.(...)
Après cette séance, des jalons ont été posés pour avancer vers le tracé de cette voie alternative sur laquelle devrait cheminer le produit de nos échanges qui pourraient être facilités par la constitution d'un réseau qui tisserait la toile des libéraux musulmans, d'Indonésie au Maghreb, comme partout dans le monde, et les encourager à s'organiser pour ne pas que leurs pays soient une proie facile entre les griffes islamistes.
Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète
Ecrivain et poète, Abdelwahab Meddeb est né à Tunis en 1946. Vivant en France, il enseigne la littérature comparée à l'université Paris-X et anime l'émission "Cultures d'islam" sur France Culture. En 2012, il est invité par l'Université libre de Berlin pour occuper la chaire Samuel Fischer Guest Professorship for Literature. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Maladie de l'islam (Seuil, 2002), Contre-prêches (Seuil, 2006) et Pari de civilisation (Seuil, 2009) ; Printemps de Tunis, la métamorphose de l'histoire (Albin Michel, 2011).



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
HERESIE SALAFISTE
C'est l'évident, il faut libérer l'Islam du modèle patriarcal archaïque du Moyen-Orient, faire éclater le carcan qui l'étouffe. Mais comment? Pour la France, la Belgique et l'Europe il est temps que l'islam, dans sa forme archaïque cesse d'être le principal marqueur du rattachement identitaire au pays et à la culture d'origine d'un très grand nombre de descendants d'immigrés.
Il est essentiel que se forge un Islam occidental qui serait capable, comme fut le christianisme de dépasser ses racines patriarcales pour accepter l'égalité homme femme, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et l'Etat de droit.
Le "printemps arabe" vire à la "glaciation islamiste" L’Islam est en train de subir de fait une uniformisation et un dévoiement inquiétant sous l'influence wahhabite.
Abdelwahab Meddeb est un penseur téméraire et magnifique. Il a raison, de tout évidence mais hélas son point de vue est peu représentatif et totalement déconnecté de la réalité. Autrefois on se gardait bien de désespérer Bettencourt. Faut-il désespérer d'un islam gangrené par l'islamisme?
"L'extrémisme est inhérent aux religions monothéistes (comme au communisme qui en est un avatar) car accepter l'irrationalité comme un dogme génère des mondes incompatibles avec la réalité." commente un lecteur.
Quand l'hérésie salafiste s'impose comme le dogme des temps modernes,l'islam et les musulmans sont en danger d'égarement.
Puissent les musulmans les plus sages opter pour la voie de rectitude.
MG

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