lundi 31 décembre 2012

Martens : "Di Rupo a sous-estimé la mauvaise foi de certains Flamands"


Dorian de Meeûs
Le Soir
"En tant que Premier ministre, j’aurais insisté pour ne pas garder la référence aux années '30 dans le discours."
Un passage du discours de Noël du Roi Albert II a soulevé une polémique en Flandre. Le Premier ministre est-il le seul à relire le discours du Souverain et à l’approuver ? Elio Di Rupo a-t-il sous-estimé l’importance de la référence aux années ’30 ? La N-VA profite-t-elle de la polémique pour discréditer la monarchie ? Wilfried Martens, Premier ministre de 1979 à 1992, est l’Invité du samedi de LaLibre.be
EN TANT QUE FLAMAND ET CD&V, ESTIMEZ-VOUS QUE LE PREMIER MINISTRE ELIO DI RUPO N’AURAIT PAS DU APPROUVER CE DISCOURS ?
D’abord, tous les discours du Roi doivent toujours être couverts par la responsabilité du gouvernement. C’est une tradition et habitude constitutionnelle très importante. Pour un discours de Noël ou de la Fête nationale, cette responsabilité revient au Premier ministre. Ensuite, j’ai lu et relu ce discours. En ce qui concerne la partie sur le populisme, il évoque notre pays mais aussi d’autres pays européens où – je crois – le populisme représente un risque pour nos démocraties parlementaires. C’est le cas en Grèce, en Italie et en France aussi. Sur le contenu, je suis tout à fait d’accord.
VOUS AURIEZ DONC ACCEPTE CE DISCOURS ?
Concernant la référence aux années ’30 et connaissant toutes les sensibilités qui existent en Flandre, si j’avais été Premier ministre et confronté à ce texte, j’aurais émis une observation. Clairement, j’aurais maintenu tout le discours mais j’aurais dit au Roi de ne pas faire référence aux années ’30 afin d’éviter qu’elle puisse être utilisée après coup pour alimenter une controverse… comme cela a été fait ! J’aurais insisté pour ne pas garder cette référence-là dans le discours... et évité ainsi son utilisation contre le Roi.
ELIO DI RUPO A MANQUE DE NUANCE DANS CETTE DECISION ?
Je peux comprendre Elio Di Rupo. Tout homme politique a sa vision propre. Je suis persuadé qu’il était tout à fait de bonne foi, mais il a sous-estimé la mauvaise foi qui existe quelque part en Flandre. La mauvaise foi de certains Flamands.
APRES LE DISCOURS, BART DE WEVER (N-VA) DISAIT NE PAS SE SENTIR VISE PAR LE DISCOURS DU ROI QUAND IL EVOQUE LE POPULISME ET LES ANNEES ’30. AVANT DE FINALEMENT SORTIR DU BOIS POUR DIRE QUE C’EST INACCEPTABLE… ON A L’IMPRESSION QU’IL PROFITE DE L’OCCASION POUR IMPOSER SON AGENDA ET SES THEMES, NON ?
C’est absolument certain ! Il aurait reçu des milliers de mails après avoir dit qu’il ne se sentait pas visé, donc il profite pleinement de cette occasion.
CRAIGNEZ-VOUS QU’EN VUE DES LEGISLATIVES DE 2014, ON VA VOIR CE GENRE DE POLEMIQUES S’ACCUMULER ?
Tout dépend de l’attitude des quatre partis traditionnels en Flandre. S’ils maintiennent leur loyauté vis-à-vis de notre pays, de nos institutions et du rôle du Roi… ils peuvent résister. Cela ne dépendra que d’eux.
VOUS PENSEZ QU’ILS EN ONT LA VOLONTE ET L’INTERET POLITIQUE ?
Je crois, oui. Là, on a vu quelques réactions à chaud sur l’actualité, mais cela se limite à une simple réaction embarrassée. Mais je pense qu’ils vont maintenir ce que j’appelle ‘une loyauté fondamentale’.
REVENONS AUX DISCOURS ROYAUX EN GENERAL. CONCRETEMENT, COMMENT LE ROI PRESENTE-T-IL SON PROJET DE DISCOURS DE NOËL OU DE FETE NATIONALE AU PREMIER MINISTRE ?
Pendant les 12 ans où j’étais le Premier ministre, le Roi Baudouin me montrait un texte à la fin de notre audience au Palais en me disant « Voilà mon projet de discours. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous des observations ?». Je pouvais lire le texte à côté de lui pendant cette audience. Je devais donner ma réponse ‘sur les bancs’, donc sans recul et sans l’avis d’un collaborateur. Cela se fait immédiatement, il était impossible d’emporter le texte au Cabinet ou ailleurs. C’est clairement un exercice intense où le Premier ministre – et lui seul – porte la responsabilité! Personnellement, j’ai fait des observations une ou deux fois sur des questions mineures. Pendant 12 ans, avec le Roi Baudouin, la décision se prenait toujours au Palais entre nous à la fin de l’audience. Le cabinet n’était jamais mêlé au discours.
A CE MOMENT-LA, LE PREMIER MINISTRE A-T-IL UN VRAI POUVOIR D’INFLUENCE OU LE ROI TENTE D’IMPOSER ‘SON’ MESSAGE ?
Non, non, non,… le Roi acceptait immédiatement les modifications. Car ce discours, comme tout autre acte du Roi, est fait sous la responsabilité politique du gouvernement. Il n’y a pas d’exception aux discours annuels.
EN OBSERVANT LES DISCOURS ROYAUX DEPUIS DES DECENNIES, OBSERVEZ-VOUS UNE EVOLUTION EN TERME DE NEUTRALITE POLITIQUE ?
Non. Je crois qu’il y a une très forte continuité, même entre les discours du Roi Baudouin et du Roi Albert. Même l’année dernière en pleine crise, le Roi est revenu sur les grands enjeux du moment. On est dans une grande continuité.
ON SENT DEJA LE DEBAT SUR UNE MONARCHIE PUREMENT PROTOCOLAIRE REFAIRE SURFACE. VOUS Y ETES FAVORABLE ?
Non, pas du tout ! Vous savez, pendant la crise politique de l’année dernière, même Louis Tobback disait « Si on n’avait pas eu le Roi Albert, on n’aurait jamais pu résoudre la crise politique ! On aurait dû l’inventer ». J’ai gardé cette citation, car je l’avais déjà dite à de nombreuses reprises bien avant! On fait souvent référence à la monarchie des Pays-Bas, mais c’est extrêmement simpliste comme raisonnement. On a là un pays non seulement unilingue, mais aussi beaucoup moins complexe sur le plan institutionnel. La situation belge est tout à fait autre : deux opinions publiques différentes, des régions et communautés… On ne peut pas comparer les deux systèmes!
MAIS ETES-VOUS DES LORS FAVORABLE A CE QUE LE ROI PUISSE AVOIR UNE FORME DE LIBERTE D’EXPRESSION DANS SES GRANDS DISCOURS?
Non, cela doit toujours se faire sous la responsabilité du Premier ministre. Ce n’est pas possible autrement.
Entretien : Dorian de Meeûs

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CD&V SERA-IL LE PREMIER A ROMPRE LA COALLITION ANTI DE WEVER?
Si Bart devient premier, tout changera très rapidement and not for the better. Verhofstadt a raison, il n'a qu'une idée en tête: détruire la Belgique et devenir le premier chef d'Etat d'une Flandre indépendante.
Reste à savoir s'il voudra être le prochain premier ministre fédéral ou régional pour parvenir à ses fins. Hypothèse beaucoup moins vraisemblable: il demeurerait bourgmestre d'Anvers.
Kris Peeters, cel ne fait pas le moindre doute, est prêt à se mettre à plat ventre pour demeurer Ministre président de Flandre.
Le cirque médiatique que Bart Premier vient d'organiser à l'occasion du discours royal et les très nombreux commentaires (notamment de Maddens et de Braeke) visant à mettre désormais le roi hors jeu dans le processus de formation gouvernementale semblent indiquer qu'il veut désormais le poste d'Elio.
Il est certain -et il le sait- que le Palais fera tout pour éviter ce cas de figure et le Ps également. Comme le dit Martens, tout dépendra de la réaction des trois partis traditionnels de Flandre lors du prochain scrutin fédéral en 2014.
L'interview tout en nuance de Martens est tout à fait intéressante à bien des égards ainsi que la réaction vive de Guy Verhofstadt.
Celui qu'on interroge aujourd'hui en sa qualité de sage notable n'était-il pas perçu autrefois par les francophones comme le De Wever de l'époque, le paragon du flamingantisme,l'organisateur du Walen buiten, le radical par excellence?
Et voici que cinq décennies plus tard, auréolé de respectabilité, il devient la référence et l'arbitre par excellence.
Le roi Bart pourrait changer de stratégie et viser une autre cible: tenter d'entraîner la défaite du parti d'Elio.
En attendant, on redoute, Philippe Moureaux a raison, une réédition du cartel CD&V-N-VA. il est clair que Kris Peeters, le Ministre président flamand se situe d'ores et déjà dans cette ligne.
Plus que jamais, Bart de Wever a le vent en poupe et on ne voit pas, à priori, ce qui pourrait faire tourner ce vent mauvais.
Le VLD est en pleine mutation, pour ne pas dire en déroute, le SPa est en mal de leader et le CD&V se prépare à s'unir, selon Moureaux à la N-VA.
Le prochain (et dernier?) gouvernement fédéral risque bien de voir le Ps dans l'opposition.
Reynders pourra alors reposer son éternelle question: "Que sommes nous encore prêts à faire ensemble." Reste à savoir quelle ligne adoptera le CDH post Milquet.
On l'aura compris De Wever et les siens font flèche de tout bois pour faire du discours du roi l'amorce d'une nouvelle affaire royale, monarchie étant le dernier ciment qui tient ensemble deux peuples qui s'ignorent de plus en plus superbement.
DiverCity dont l'objet est l'étude et la promotion du vivre ensemble ne saurait être indifférent au prurit nationaliste et populiste dont le premier dessein est de mettre fin à 182 ans de vivre ensemble.
C'est peu par rapport aux siècles de bon voisinage qu'ont toujours entretenu les comtés,les duchés et les baronies flamandes et francophones.
MG


MOUREAUX: "ON A TELLEMENT PEUR D’EFFLEURER DE WEVER"
Entretien, Mathieu Colleyn (Le Soir)

Philippe Moureaux craint un cartel N-VA/CD&V.
En vieux briscard de la tuyauterie belge, Philippe Moureaux (PS) revient sur la polémique qui agite la Flandre à la suite du discours royal de fin d’année. Et évoque un débat inévitable sur le rôle de la monarchie en Belgique.
CETTE REFERENCE AUX ANNEES 30 ETAIT-ELLE UNE ERREUR SELON VOUS ?
Je pense qu’elle n’est pas fausse. On me l’a d’ailleurs personnellement reprochée un jour. Maintenant est-ce que c’était indispensable dans un discours ? Je ne sais pas. J’ai des doutes sur l’opportunité de tout ce débat mais en tout état de cause, ce n’est pas la fin du monde. C’est un rappel de certains principes. Dans les circonstances actuelles, on aurait pu s’en passer. Ce n’est pas choquant en soi mais c’est peut-être une erreur face à l’atmosphère qui règne pour le moment en Flandre.
LE PREMIER MINISTRE AURAIT-IL DU ETRE PLUS ATTENTIF A CE RISQUE ?
Je ne sais pas dans quelles circonstances cela s’est fait.
COMME L’USAGE LE VEUT, APPAREMMENT.
Oui. Mais si on prenait ce texte in abstracto, ce n’est pas un discours fracassant. Je constate que dans la sensibilité actuelle au nord du pays, on ne peut quasi plus rien dire au départ du chef de l’Etat.
MEME LES FLAMANDS MODERES SE SONT OFFUSQUES DE CETTE REFERENCE.
Oui. Ce qu’a dit le Roi n’est pourtant pas une nouveauté. Il y a une nervosité de ce côté qui est assez extraordinaire. En plus, le vrai souverain de la Flandre est M. De Wever. On a tellement peur de l’effleurer, de faire des allusions qui pourraient faire penser qu’on s’attaque à lui. On n’ose plus rien dire.
C’EST TOUT DE MEME UNE FORMIDABLE OCCASION POUR LUI DE REVENIR AVEC SES REVENDICATIONS.
C’est pour cela que je pense que ce n’était pas tellement opportun. On sait bien que Bart De Wever allait jouer la victime. Mais ce qui est le plus inquiétant, c’est de voir tout le ramdam que l’ont fait autour de quelque chose qui, somme toute, aurait déjà été oublié si on n’avait pas fait tout ce chahut.


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