mercredi 23 janvier 2013

Bruxelles n’appartient ni au nord Ni au Sud


Beatrice Delvaux
Éditorialiste en chef (Le Soir)
Le futur de la Belgique passe par une évolution vers une Belgique à trois Régions : Wallonie, Flandre, Bruxelles. Dès que l’on a dit cela, il y a évidemment un corollaire, dans la définition de la gestion de l’espace francophone. Et de rapports précis avec la Flandre. Mais la Région Bruxelles doit définir son projet, qui n’aura de chance d’exister 1) que lorsque les Flamands auront abandonné l’idée d’une cogestion ou d’une main mise sur cette Région qui rapporte bien plus au nord et au sud du pays qu’à elle-même ; et 2) que si les Wallons n’en font pas un espace auquel ils dictent leurs instructions.
Pour Bruxelles, cela veut dire définir un projet avec des francophones et des Flamands qui ne feraient pas seulement de cette ville l’otage de la survie belge ou de l’indépendance flamande. Bruxelles mérite un projet à part entière, qui devra tenir compte de sa géographie, de sa sociologie, de son positionnement international et de ses enjeux économiques très singuliers.
La ville est toujours majoritairement francophone. Mais, – ne hurlez pas au FDF, s’il vous plaît –, elle est surtout désormais majoritairement multiculturelle. Cette caractéristique ne peut être résumée à la difficulté d’intégration. Non, il y a une multiculturalité dominante extrêmement riche, qui sera le moteur et la modernité de cette ville-Région. Le vrai projet bruxellois ne sera ni flamand ni francophone, mais mêlera toutes les composantes sociologiques de la ville dont le monde culturel s’est emparé et dont il montre déjà toute la force.
Des universitaires comme Philippe Van Parys (francophone) et Eric Corijn (flamand) nourrissent eux aussi cette réalité, ensemble, par des initiatives communes.

Reste le monde politique. Va-t-il continuer à se disputer cette Région ? Les francophones savent que l’échéance de 2014 est cruciale et que la bataille menée par la N-VA passera par Bruxelles.
Des hommes et femmes politiques francophones viennent de s’engager à son service. c’est positif. Côté flamand, saluons Kris Peeters, pour le CD&V qui a reconnu cette troisième Région. Il faut désormais que, dans chaque parti en Flandre, des hommes politiques incarnent cet enjeu propre bruxellois, défendent le devenir de leur Région « Bruxelles », détachée du contexte purement nordiste. C’est de ces forces politiques mixtes « bruxelloises » que la Région a le plus besoin aujourd’hui, pour exister autrement que comme une proie ou un bastion.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUXELLISSIME
Que ne l'a-ton dit: Bruxelles est le noeud qui maintient ensemble l'imbroglio belgo-belge. Un noeud gordien auquel s'attaque en vain Bert le Flamand (il n'accepte qu'un Bruxelles communautaire) et aussi Paul le Wallon (il rêve de bétonner Wallobrux dans la constitution). Ni l'un ni l'autre, ni leurs partis respectifs ne réussiront à dénouer cet écheveau. Seul un Bruxellois,à la rigueur une Bruxelloise, saura trancher ce noeud gordien comme le fit autrefois Alexandre.
Depuis cinquante ans au moins, Wallons et Flamands rêvent de "dégraisser Bruxelles" et ils y sont parvenu au delà de toute attente.
Que devrons-nous retenir de ceci:
1. Que "le futur de la Belgique passe par une évolution vers une Belgique à trois Régions : Wallonie, Flandre, Bruxelles.
2. Que " la Région Bruxelles doit définir son projet avec des francophones et des Flamands qui ne feraient pas seulement de cette ville l’otage de la survie belge ou de l’indépendance flamande.
3. Que si "la ville est toujours majoritairement francophone. elle est toutefois désormais majoritairement multiculturelle."
4. Que "le vrai projet bruxellois ne sera ni flamand ni francophone, mais mêlera toutes les composantes sociologiques de la ville dont le monde culturel s’est emparé et dont il montre déjà toute la force."
5. Que "c'est de ces forces politiques mixtes « bruxelloises » que la Région a le plus besoin aujourd’hui, pour exister autrement que comme une proie ou un bastion."
Cela le francophone Philippe Van Parys et Eric le Flamand Eric Corijn le clament depuis des années et ils concrétisent leurs réflexions par des initiatives communes passionnantes qui donnent une forme concrète à leurs puissantes intuitions. Chapeau.
MG

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